[Les petites filles sauvages]

J'ai rêvé que j'écrivais un texte Qui s'appelait “Les petites filles sauvages”

Et je ne sais pas Si ce sont des petites filles qui poussent où elles veulent Comme les orties Les pâquerettes Et les pissenlits

Si ce sont celles qui habitent les bois Torse nu Cheveux hirsutes A se gaver de mûres et de myrtilles Au point d'avoir les lèvres teintées de bleu Et les dents de lait Teintées de rouge

Ou peut-être que ce sont celles Qui peuplent la jungle des villes Du terrain vague au bitume En jupe longue où jogging Cheveux courts ou battant dans le dos En baskets en trottinette Le regard rieur Et les genoux écorchés Comme les paumes

Qui sont-elles ensuite ?

Des grandes personnes qui ont leur désir tatoué Tracé Entrelacé Sur les lignes de la main Au creux de leurs poings

Les petites et les grandes filles sauvages Savent qu'elles ont le cœur Du lapin De la biche Du merle De la renarde Du lynx Et de la louve

Un cœur intranquille Impatient Indomptable

Qui suit une piste insondable Même pour elles Même pour le chasseur ou la chasseresse Qui aurait pour elles Le cœur le plus débordant d'amour Ou de tendresse