Première image du journal, sur trois. Le journal est posé sur une couverture, éclairé par une lumière chaude, l'ombre d'un bras traverse le cahier. Deuxième image. Dernière image.

J'ai passé une nuit très étrange, rêvant qu'un gobelin me tranchait le ventre, mais à la place du sang c'était du vin qui se déversait. J'en étais couverte. Il était magique car il me protégeait du feu, alors je me suis mise à courir en cherchant Karlach pour pouvoir l'étreindre avant de mourir, mais je ne la trouvais pas parmi les corps. Oh non, Karlach ! Je devais absolument m'excuser pour mon comportement. J'ai fait un autre rêve, où j'étais dans un autre plan, sur un roc en suspension dans le vide, et un homme se tenait face à moi. Il m'a dit que c'était lui qui m'avait sauvée de la chute du vaisseau et du contrôle de la larve, qu'une guerre avait lieu dont l'issue se répercuterait dans tous les plans, puis que je devais apprendre à utiliser les pouvoirs de la larve.

J'ai ouvert un œil, le deuxième était collé. Les rayons du soleil me perçaient le crâne. J'ai cru voir une fumée noire dans le ciel. J'ai poussé le sol pour m'assoir, ma tête refusait de tenir droite. Astarion était assis en tailleur un peu plus loin. “La déesse de la débauche et du vin nous fait l'honneur d'une apparition !” “Hmmm.” “Tu avais plus de répartie hier soir ma chérie.” “Hmmm.” J'ai regardé autour de moi. “Mnndéparfi ?” Astarion m'a dévisagée en levant un sourcil, j'ai baillé et éclairci ma gorge. “Tout le monde est parti ?” “Bien sûr ! Tes congénères infernaux ont repris leur route, et notre joyeuse bande d'excentriques s'est rendue au bosquet pour rencontrer Halsin.” “Et toi ?” “La diplomatie avec les sauvageons ne fait pas partie de mes intérêts. Oh, j'en aurais bien profité pour m'éclipser, mais j'ai été encouragé à attendre que tu daignes émerger de ta stase.” “Hein ?” “Karlach a juré de me couper en deux s'il t'arrivait quelque chose.” “Désolée d'être un fardeau !” “Ne t'excuse pas pour ça voyons, depuis que nous faisons équipe tu as su rendre chaque combat plus amusant que le précédent.” J'ai tourné la tête pour tenter de l'ignorer. “Oh allez, où est passé ton répondant ? Ce n'est pas drôle si tu me laisses faire.” “Fiche-moi la paix.” “C'est de bonne guerre pourtant, tu n'as pas été tendre hier.” “Je te rappelle que tu as mis une dague sous ma gorge quand on s'est rencontrés.” “C'était de la légitime défense.” “On avait accepté de t'aider !” “C'est... Oublie ça.” “Mais non, dis-moi, explique-toi ! Tu crois que tout t'est dû ? Tu crois vraiment que je n'ai pas déjà eu à faire à des bourgeois dans ton genre, qui se servent des autres comme bon leur semble ?” Il s'est levé brusquement, son visage n'exprimait plus la moindre désinvolture. C'était... De la douleur ? “J'ai rempli ma mission, maintenant que tu es réveillée je suis libre à nouveau.” Il a glissé ses dagues à sa ceinture et a quitté le camp.

Je suis restée interdite quelques minutes, puis j'ai péniblement réussi à me traîner jusqu'au fleuve pour m'y laver. Ma céphalée se calmait à mesure que j'entrais dans l'eau froide. En me séchant, je me suis inspectée : j'avais maintenant deux cicatrices bien visibles, une vilaine croix à côté du nombril, et un grand trait qui traversait ma cuisse. Je revoyais mon sang couler sur la lame ébréchée. J'ai secoué la tête. Peut-être que je m'en sortirais mieux si je m'investissais davantage dans les entrainements à la rapière. Mais d'abord, un thé. J'ai tenté de raviver les petites braises sous la bouilloire, puis j'ai relu mes écrits d'hier soir en sirotant mon infusion froide, et en essayant vainement d'ignorer la honte qui grandissait alors que les souvenirs revenaient. Je devais aussi des excuses à Wyll, je n'avais pas réalisé la gravité de ce qu'il m'avait annoncé. Wyll est le fils unique de l'archiduc Gardecorbeau, l'un des personnages les plus influents de la Porte, et celui-ci a été enlevé par les cultistes de l'Absolue. Que peut bien lui vouloir ce maudit culte ? Quel est le lien avec les flagelleurs mentaux et nos larves ? Quelle relation a Wyll avec son père ? Je réfléchissais à ces questions en pratiquant mes estocs sur un mannequin de paille.

“Votre pied gauche est trop avancé, vous tomberiez au moindre coup.” Surprise, je me suis retournée en me mettant en garde. Lae'zel, bras croisés, a levé les yeux au ciel et m'a projetée à terre d'un coup d'épaule. “J'espère que le reste de votre tribu s'en sort mieux au combat.” “Ma... Tribu ?” ai-je demandé en me dépoussiérant, vexée. “Votre meute. J'ignore comment qualifier un groupe de votre espèce.” “Groupe, c'est bien.” “Vous devez me suivre à la crèche si vous voulez survivre. Appelez les autres.” “Je ne peux pas les invoquer comme ça, nous devons attendre leur retour. Mais, que fais-tu là ? Je croyais que tu y étais déjà partie ?” Elle a froncé les sourcils. Son regard à la fois carnassier et sincère me déstabilisait, j'ai baissé les yeux. J'ai alors vu que ses bras étaient parcourus de veines noires. “J'ai commencé à subir les premiers effets de la sélémorphose avant d'atteindre la crèche. Cette nuit, une apparition m'a indiqué que je devais vous retrouver afin d'arrêter le processus. J'ignore par quel prodige vous détenez ce pouvoir, mais il semble qu'elle disait vrai.” “Oh... J'ai eu une apparition similaire cette nuit. Elle disait qu'elle me protégeait, mais que je devais apprendre à utiliser les pouvoirs de la larve.” “Chk. J'espère que ce n'est pas un piège des ghaiks.” “Tu penses que ce sont les larves qui nous ont donné ces rêves ?” “C'est une possibilité. Mais je ne comprends pas pourquoi elles empêcheraient le processus. Nous devons nous rendre à la crèche pour trouver des réponses.”

Halsin accompagnait la tribu de retour au camp. Ombrecœur a pesté en pointant Lae'zel : “Qu'est-ce qu'elle fait là ?” J'ai expliqué sa situation, Ombre était déconcertée. “Alors vous aussi vous avez fait ce rêve ? On en parlait ce matin, pendant que tu roupillais.” “Ce sont donc bien les larves ?” “Aucune idée, mais c'est probable.” Gayle réfléchissait : “Maints ouvrages détaillent le processus de sélémorphose, mais aucun ne mentionne de rêve partagé. Ces vers sont pour le moins atypiques.” “En effet,” a ajouté Halsin, “j'ai examiné certains d'entre vous. Il y a une magie à l'œuvre dont j'ignore tout. Il serait trop dangereux de tenter une extraction, la procédure pourrait vous tuer.” Lae'zel s'est avancée. “Alors vous devez vous joindre à moi. Toute crèche githyanki possède un Zaith'isk. Par le commandement de notre Vlaakith, tout individu infecté peut prétendre à la purification. Je me porterai garante pour vous.” “Hélas, je connais mal votre peuple, mais j'ai bien peur que cette opération n'ait de conclusion plus favorable.” “Oui, vous avez raison. Vous connaissez mal mon peuple.”

Selon Halsin, les cultistes ont emmené l'archiduc aux Tours de Hautelune, et nous y décrouvrirons certainement l'origine de cette histoire d'Absolue, ainsi que ce qui nous lie à cette entité soi-disant divine. La région a été maudite par un fervent de Shar, Ketheric Thorm, lorsque les druides ont mis fin à son joug il y a un siècle, et elle est depuis plongée dans un voile d'ombre mortel. Je n'ai pas entendu le reste, le croassement d'un corbeau m'a fait sursauter. On aurait dit le cri du gobelin qui m'a attaquée hier. Je revoyais son visage qui changeait sous mes coups. Combien de fois l'ai-je frappé ? Je ne m'en souvenais pas. Est-ce que j'aurais dû m'en souvenir ? Est-ce que ça faisait de moi une mauvaise personne ? “Hey soldat ! Pas trop compliqué ce matin ?” J'ai mis un moment à sortir de ma spirale. “Hum, un peu. Merci d'avoir, euh, convaincu Astarion de rester avec moi.” “J'aurais tellement aimé que tu sois avec nous. Tu aurais vu Halsin engueuler Kagha, c'était jouissif. Elle va devoir reprendre toutes les bases du druidisme en tant qu'apprentie, ça va lui faire les pieds. Ça ne va pas ma belle ?” “Si ! J'aurais aimé voir ça ! Mais je... Je suis désolée. Pour hier.” “Désolée de quoi ? J'espère bien que personne ne te reproche d'avoir lâché la bride hier soir, surtout avec ce que t'as subi !” “Je crois que je me suis un peu emballée, j'ai lu des choses dans mon journal.” “Je sais, t'es partie d'un coup en disant qu'il fallait que t'écrives.” “Oh non... Pardon, je t'ai vraiment dit que je voulais te... toucher ?” “Ha ! C'est ce que t'as écrit ?” “J'ai pas dit ça ?” “Non ma belle, t'as dit que tu voulais me goûter.” J'ai enfoui ma tête dans mes mains. Karlach s'est penchée. “J'ai répondu que j'adorerais ça.” “Oh... Oh. J'ai aussi écrit qu'on était ensemble...” “Et t'as changé d'avis ?” “Non ! J'ai peur de l'avoir imaginé.” “Écoute, quand t'es venue me parler j'avais l'impression de fondre, et pour une fois c'était pas à cause de mon engin. C'est moi qui t'ai demandé si ça signifiait qu'on était ensemble. Mais t'inquiète pas, si c'est l'alcool qui parlait je t'en veux vraiment pas !” “Non ! Non, promis. Je craignais d'avoir mal interprété.” “Dieux que j'aimerais t'embrasser maintenant.” “On peut essayer ? Foi de tieffeline, je n'ai pas peur du feu.” Elle s'est penchée doucement, j'ai fermé les yeux en m'approchant. Je sentais sa chaleur rayonner sur mon visage. Nos lèvres se sont touchées, et j'ai ignoré la douleur pour prolonger cet instant. Elle m'a repoussée. “Fais gaffe ! Ça va ? Je t'ai pas blessée ?” “Non, tout va bien !” J'avais les lèvres douloureuses et le bout du nez noirci, mais je m'en moquais bien. C'était un instant merveilleux. Elle m'a souri, ses iris étincelaient d'un bleu électrique. “C'était magique ma belle. Merci.”

Capture montrant Mel de profil, assise sur sa paillasse à proximité du feu de camp, les jambes en W. Un peu plus loin, Gayle est debout et a le regard nonchalamment tourné vers les mains de Mel qui ne le voit pas, occupée à écrire.

(Bonus) Image supplémentaire du journal. Sur la page de gauche, il est écrit en gros et souligné "Cérémorphose", puis une deuxième fois en décomposant le mot pour bien le retenir, et encore après, "Pas sélémorphose". Enfin, tout en bas, il y a écrit : "Merci Gayle de lire mon journal par-dessus mon épaule", avec un trait énervé pour souligner "mon journal". Sur la page de droite, il y a un portrait dessiné de Karlach avec un petit cœur ajouté en bas de la page.

Cérémorphose Cé-Ré-morphose Pas sélémorphose Merci Gayle de lire MON JOURNAL par-dessus mon épaule.

Autre capture du même jour. Mel est toujours sur sa paillasse, cette fois allongée sur le ventre, une main soutenant son menton. Elle sourit en regardant vers le bas. Karlach est allongée sur le flanc un mètre plus loin, elle appuie son coude par terre et elle regarde Mel en riant.

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