Première page, sur deux. Le journal est éclairé par une lumière chaude et proche, l'ombre d'un bras est partiellement visible dans le coin inférieur gauche de l'image. Deuxième page.

Nous avons passé la matinée à préparer nos bagages. Nous allions devoir abandonner le plus encombrant. J'aurais dû mieux profiter du bureau qu'on avait récupéré au camp des pêcheurs tant que je le pouvais. J'ai vu Ombrecœur pester en donnant un coup à la fermeture de son sac, puis s'éloigner du camp. Elle voulait traverser les Tréfonds Obscurs, mais la majorité en a décidé autrement. Je l'ai suivie jusqu'à une petite plage entourée de végétation dense. Elle était assise sur un tronc couché et me tournait le dos. “Fiche-moi la paix.” J'ai fait un pas hésitant vers elle. “Va préparer tes affaires au lieu de m'ennuyer.” “J'ai fini...” Je suis restée immobile pendant de longues secondes. “Ne reste pas là, tu me stresses. Viens t'asseoir ou retourne au camp.” Je me suis assise à côté d'elle. “Eh bien ? Tu voulais me parler, non ?” “... Ombre, je suis désolée. J'ai l'impression que je fais tout de travers pour toi en ce moment.” “Tu aurais pu commencer par me soutenir un peu, tu ne crois pas ?” “Mais qu'est-ce que je devais dire ? On m'a seulement demandé quel chemin je préférais. Même si j'avais menti, ça n'aurait rien changé, tout le monde veut passer par la montagne.” “On court à notre perte. Les giths vont s'emparer de l'artéfact, et s'ils ne nous tuent pas ensuite, les larves s'en chargeront.” “Je ne pense pas que Lae'zel nous trahisse. Elle est trop fière pour ça.” “Je ne parle pas de Lae'zel. Ils la tueront probablement aussi.” “J'ai confiance en nous. Si ça chauffe, on s'en sortira.” “Sans moi. Hors de question que je mette les pieds dans cette crèche.” “Même si je suis en danger ?” Je l'ai vue masquer un sourire. Oui ! “Tu te débrouilleras. Tu es plus coriace qu'une bulette.” Nous avons écouté le tourbillonnement de l'eau dans le coude que traçait le fleuve face à nous. “Il y a une autre raison pour laquelle je voulais passer par les Tréfonds... Est-ce que je peux te montrer quelque chose ?” “C'est au camp ?” “Non, c'est... Dans ma tête.” “Je ne tiens pas à utiliser les pouvoirs de cette larve...” “Mel, fais-moi confiance.” J'ai fermé les yeux. Je n'avais aucune idée de ce que je devais faire. Me concentrer ? Fermer les yeux plus fort ? Soudain, j'étais projetée au beau milieu d'une forêt, en pleine nuit. Une enfant courait, effrayée. C'était Ombrecœur. Elle s'est arrêtée, et a entendu un grognement derrière elle. Un loup qui s'approchait s'est mis en position d'attaque, mais il était aussitôt cerné par des lances pointées sur lui. Une femme vêtue de noir et portant un masque s'est agenouillée devant Ombrecœur, et l'a prise par la main pour l'emmener loin du loup. J'étais brusquement de nouveau assise sur le tronc. “C'est le seul souvenir que j'ai de mon enfance. Ma Mère Supérieure m'a sauvée ce jour-là, et m'a entrainée au sein de son enclave depuis. Je dois ma vie à Shar, et je veux lui montrer ma gratitude. Mère dit que nous ne devons pas nourrir d'ambition, mais je t'avoue que j'ai l'espoir d'un jour devenir un Tribun de la nuit. C'est le plus grand honneur qu'un disciple de Shar puisse atteindre, hormis diriger une enclave bien sûr. Les Tribuns gagnent leur titre en suivant des épreuves, la dernière consiste à trouver une relique appelée Chantenuit. Je crois que cette relique se situe au temple que les Tréfonds nous permettraient de rejoindre.” “Je comprends mieux. Je suis désolée. Mais j'ai cru comprendre que ce temple était à côté des Tours de Hautelune, qui sont notre destination dans tous les cas. Nous pourrions y aller même en passant par le col, non ?” “Peut-être, mais ce ne sera pas nécessaire de le traverser si nous ne passons pas par les Tréfonds. Je doute que les autres acceptent de perdre du temps si je ne leur force pas la main.” “Tu rigoles ? On va escalader une montagne et s'éloigner de notre route pour accompagner Lae'zel à cette crèche ! J'espère bien qu'on t'accordera ce temps. Moi en tout cas, je viendrai avec toi, que ça leur plaise ou non.” “Merci. On verra. Je vais retourner au camp, je dois encore trouver un moyen de fermer ce fichu sac.” Je suis restée seule un moment, sur cet arbre mort, à observer la forêt de l'autre côté du fleuve. Cette broche qu'Ombrecœur portait dans son souvenir, c'était un bijou sélunite ?

Le village en ruine était désert, les gobelins restants ont semble-il plié bagage eux aussi. Halsin était rassuré, cela faisait une menace de moins qui pesait sur le bosquet. Wyll redoutait qu'ils soient allés grossir les rangs de ce qui nous attend aux Tours, quoi que ce soit. Nous en avons profité pour récupérer les provisions qu'ils avaient abandonnées, et j'ai trouvé un collier d'osselets étonnamment élégant. Nous avons longé le fleuve jusqu'à un immense pont de pierre qui traversait un ravin, au-delà duquel on pouvait déjà voir le paysage accidenté qui nous attendait. J'aurai de ces mollets en rentrant, les autres vont m'envier. Après plusieurs kilomètres de pente raide, mes jambes étaient en feu. Elles bougeaient toutes seules, pourtant j'appréhendais chaque pas. J'ai souffert en silence durant un temps car j'étais visiblement la seule à avoir dépassé mes limites, mais j'ai commencé à avoir des vertiges et je me suis écroulée. Wyll s'est empressé de dire : “On va s'arrêter là pour la nuit, il y a suffisamment d'espace près de ces ruines.” J'ai cherché Astarion, m'attendant à une pique de sa part. Il me fixait en silence. J'ai frissonné.

Capture montrant une partie de l'équipe : Ombrecœur est assise sur des roches stratifiées au pied d'une falaise, Karlach est posée par terre au pied d'un mur couvert de végétation, Wyll est debout, bras croisés, et semble faire le guet, et Mel est affalée sur une paillasse près du feu. De la végétation cadre toute l'image.

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