Tonton Mollo

À propos de l'appréhension de la vitesse, Ados, Scoots/Motos et vous aussi.

Vous connaissez la question des collégiens quand on les approche en bécane : « À combien elle roule, M’sieur ? »

Leur rêve de s’éprouver, de tester leurs limites, de se procurer des sensations fortes et de frimer est bien légitime.

Reste qu’un casque moto dûment homologué ne protège que d’un impact direct à 27 km/h. (Je vous expliquerai pourquoi si vous voulez.)

Reste que ces petits bouts admettent parfaitement que l’on naît sans pouvoir marcher et qu’il faut environ 6 ans à un enfant pour maîtriser toutes les situations de déambulation, mais qu’avec un papier rose et 7 heures de formation c’est open bar pour faire vroum ! Quand bien même on leur aura aussi fait calculer qu’en classe de troisième ils auront suivi plus d’un millier d’heures de maths ou de français.

Alors si vous avez des ados qui ont des abeilles pour s’encanailler de la poignée et qui rigolent quand on leur dit vainement « ne roule pas trop vite ! », voici une modeste contribution.

Partons du postulat que leur dire « si tu roules plus vite que 50 km/h en ville tu vas avoir une contravention ! » c’est aussi efficace que le violon pour se protéger de la pluie de grenouilles.

Nous intervenons bénévolement avec la FFMC dans les collèges et les lycées, nous avons reçu une formation d’environ 30 heures pour ça au sein de notre mouvement et nous avons obtenu un agrément du ministère de l’éducation nationale renouvelé depuis 2012. Ce n’est peut-être pas utile de le préciser mais notre « protocole » nous impose d’intervenir à deux et le plus souvent leur prof n’est pas avec nous sur ce type d’interventions. Ça peut expliquer le comportement très volontaire des gamins…

Bien souvent des classes SECPA ou celles qui nous avaient été présentées ayant des réputations de « voyous » au sein du collège se sont montrées les plus participatives et mutu-enrichissantes, alors qu’à l’inverse les « dociles » vu·e·s de l’administration auront été de plus piètres participant·e·s.

Comment nous y prenons-nous, entre autres, pour essayer de faire appréhender la vitesse à ces gosses ?

C’est bien plus compliqué que de leur dire « tu vas prendre une amende si tu roules trop vite » mais à partir de notre expérience de cette tentative d’exercices scabreux, que je vais décrire, ça frappe un peu plus leurs esprits que la perspective de la prune.

On fait en 3 étapes :

— Perception des distances — Perception du temps — Le scooter magique qui passe au travers des murs.

*Distances

Nous sommes généralement dans leur salle de classe habituelle, alors on leur demande naïvement « Elle mesure combien de long votre classe ? »

— « Allez-y, nous allons noter, comme elles viennent, toutes vos propositions au tableau. »

Leurs propositions fusent, ça s’ébroue de partout et on entend des chiffres, tellement vite que l’on ne voit souvent pas l’élève qui avait son idée mais levait la main en attendant sagement pour qu’on lui dise de la dire, il faut faire attention à ces détails. On n’est surtout pas là pour en faire des huîtres.

Verdict : Disons une salle d’une longueur de 10 m, les propositions annoncées vont de 4m à 20m dans les cas les plus « extrêmes » que nous avons pu rencontrer. En moyenne c’est une marge d’erreur de −50 % à +50 %. Soit, passons à la suite :

  • La mesure du temps, ou plutôt des durées.

L’exercice qui ne dure pas longtemps non plus, est le suivant :

Nous demandons au sein de la classe si un « Huissier » peut se proposer pour observer ce jeu afin que les mioches soient assuré·e·s du résultat qui s’en vient. Contrairement à certains corps qui s’illusionnent comme la police, nous savons que notre parole n’a en principe aucune valeur à leurs yeux et que celle de l’un d’entre-eux compte beaucoup plus que nos doctes affirmations que nous évitons d’ailleurs.

Nous invitons l’« Huissier » à venir s’asseoir à une place où il voit toute la classe. Nous n’intervenons qu’avec des demis-classes et nous bouleversons l’implantation de la classe pour n’en laisser que des chaises en demi-cercle, et nous restons en leur milieu hors d’une quelconque élévation d’estrade.

Il leur est en principe assez facile de participer à ce jeu. Les règles sont les suivantes :

Nous leur donnerons un premier « TOP » où ils fermeront alors les yeux.

Puis à un second « TOP » ils doivent, toujours les yeux fermés, compter dans leur·s tête·s jusqu’à 10 secondes, des secondes pas des un-deux-trois soleil. On leur demande ici d’essayer de se comporter comme des horloges.

Puis quand ils.elles seront parvenu·e·s à 10 secondes dans leur « comptage », de lever un bras, de garder les yeux fermés jusqu’aux prochaines instructions (C’est presque fini !)

Quand toute la troupe a terminé son comptage « mental », nous les libérons de leur aveuglement volontaire, puis nous demandons à l’« Huissier » de nous décrire ce qu’il a vu à propos de la séquence des bras qui se sont levés pour signaler la fameuse mesure à « 10 secondes » de comptage qu’il a pu constater.

Vous-vous en doutez, la précision métrologique est une catastrophe, on est dans une fourchette de 5 à 15 secondes le plus souvent.

À ce stade, bien entendu, on se garde bien de fouetter au barbelé rouillé les mauvaises réponses, on se contente de noter et de remercier les contributions.

Puis, il faut leur dire gentiment que toutes leurs mesures relèvent du pifomètre complet.

Pour la mesure des distances on annonce l’imprécision, il y a toujours un Einstein en herbe qui a eu l’idée des dalles du plafond ou des plaques de carrelage pour vérifier le bon chiffre, très très souvent après coup.

Pour les durées, ma foi tout le monde admet que depuis qu’il n’y a plus d’horloges Comtoises qui battent la seconde dans les classes, hé bé on est bien emmerdés. :–)

Ça devient sensible, car ces mioches ont bien compris que nous les avions en quelque sorte piégés, ils ont alors des regards étranges, tellement habitués à être sanctionnés pour leurs erreurs. On n’est pas des chiens, on explique alors que l’on ne mesure pas leurs capacités propres mais un échantillon représentatif de l’espèce humaine et ses sens/capteurs qui ne sont pas adaptés pour ces unités ! Mesurer les mètres, les secondes ça ne sert strictement à rien pour échapper aux dangers, se nourrir et se reproduire.

Le plus dur est fait, il va falloir faire des genres de mathématiques. En expliquant que nous avons tenté collectivement de mesurer temps et distance. La crête est alors un peu raide pour parvenir à leur faire combiner ces deux « unités » pour comprendre que la distance par le temps c’est la vitesse.

À ce stade on perçoit combien cette notion est complètement vaporeuse, inscrite dans leurs (et nos) esprits par des images de compteurs de machines sportives, de panneaux de limitation de vitesse ou d’annonces fracassantes.

Ils admettent alors que leur voisin qui sort énervé sur la route pour dire « Celui-là il roule au moins à xx km/h c’est honteux ! » cela relève d’une abusive approximation.

  • On peut passer au scooter magique qui passe au travers des murs.

On leur demande d’imaginer que les murs opposés de leur classe, vous vous souvenez ceux qui sont distants de 10 m, sont des parois que l’on peut traverser à l’aide d’un scooter magique. En haut de chaque seuil il y a une lumière verte qui indique si la paroi est ouverte ou  rouge si elle est fermée.

« On roule à maximum combien en ville ? » demande-t-on.

On retiendra la bonne réponse majoritaire : 50. La proportion de réponses « 30 » progresse au fil des années, c’est bon signe.

Nous leur demandons d’imaginer l’expérience de pensée suivante :

Les deux lumières des murs sont vertes.

Derrière le premier mur, dans une autre classe, vide, un élève conduit le scooter et accélère pour franchir le premier mur à la vitesse de 50km/h, il traverse toute la longueur de la classe et disparaît derrière le second mur. Il va bien.

« À votre avis, combien de temps aura duré son transit dans la classe ? Entre sa sortie du premier mur et sa disparition derrière le second, sachant qu’il roulait à 50 km/h. Allez ! On note vos réponses.»

« 8 secondes », « 5 secondes », « 10 secondes », « 6 secondes », un timide « 3 secondes »

Ensuite ça devient compliqué pour des troisièmes ou des quatrièmes, il faut leur expliquer que l’on dispose de tous les paramètres pour calculer ce temps de transit sur 10 m à 50 km/h.

Je vous passe l’épisode de la conversion de km/h en m/s.

Des « gnans gnans c’était mieux avant avec le certificat d’études, groumpf » pourraient exploiter toutes leurs réponses farfelues car trop spontanées quand on demande « il y a combien de secondes dans une heure ? », ou « un kilomètre, c’est combien de mètres ? ». C’est vrai que dans le feu de l’action on entend des « 60 », des « 360 » ou d’étranges « 1200 ».

Spoil : 50 km/h c’est 13.88 m/s donc pour traverser cette classe de 10 m à cette vitesse il suffit de 0.72 secondes. Hé ouais !

C’est assez bouleversant de constater qu’entre leurs perceptions et la réalité on frise souvent un facteur 10.

Note de la rédaction : 50 km/h c’est la vitesse à laquelle on atterrit sur le bitume si l’on saute du troisième étage, tout nu ou avec un édredon ou un haltère.

Deuxième et dernière expérience de pensée avec le scooter magique, c’est bien, maintenant il est chaud.

C’est le même scénario que dans l’épisode précédent, mais une fois le premier mur franchi, notre vaillant conducteur de scooter magique constate immédiatement que sur le mur de sortie le voyant est rouge.

« Alors, que peut-il faire ? Freiner ? »

En fait à peu près rien, le temps qu’il aperçoive le voyant rouge sur le mur de sortie, dès qu’il a passé celui de son entrée dans la classe et qu’il décide d’envoyer un influx nerveux dans les muscles de ses mains pour freiner, et avant que les plaquettes mordent le disque il se sera écoulé dans le meilleur des cas une demi seconde.

Vous connaissez maintenant l’origine de la viande du hachis parmentier qui sera servi à la cantine pour midi.

Voilà, vous connaissez la trame à partir de laquelle on essaye de travailler.

Si ça pouvait vous servir en famille ou dans la cadre de votre enseignement à orienter vos cours d’ASSR1 et ASSR2.

C’est verbeux j’en suis navré, mais pour ça nous n’avons pas trouvé de moyens plus simples de leur faire appréhender cette notion de vitesse qu’ils vont côtoyer toute leur vie.

Remarques bienvenues en DM à @tonton_mollo@mamot.fr

Faites gaffe à vous !

Ah Xavier Bertrand !

À l'époque où il avait porté la loi pour interdire de fumer dans les lieux publics, les entreprises, je l'avais très nettement entendu dire dans l'une de ses allocutions télévisées que sa loi allait sauver 2500 vies par an en citant une étude de son ministère.

La loi en question : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000818309/

Encore fumeur, je pouvais cloper dans mon burlingue sans déranger quiconque. Ça me piquait comme tous les accros/dépendants de devoir arrêter et je voulais comprendre le bien fondé de son affirmation. Elle reposait en grande partie sur les “ravages” du tabagisme passif.

Le lendemain matin de sa déclaration j'ai téléphoné au ministère de la santé, dont il était ministre, pour m'enquérir de la source de cette fameuse étude.

Des agents, au demeurant très sympathiques, m'ont indiqué que l'étude qu'il avait citée n'était pas une production de leur ministère mais une étude européenne uniquement disponible en anglais. Soit !

Les équipes qui l'ont réalisé ont fait des analyses sur les décès hospitaliers dans la plupart des pays européens et tenté de les corréler avec les signes cliniques pour déterminer une ou plusieurs causes ou facteurs.

Bien entendu ils ont pointé le tabagisme dans des cas de décès diagnostiqués avec des cancers du poumon, de la gorge ou d'accidents cardio-vasculaires.

On frise déjà le quasi pifométrique.

Puis pour chaque pays, ils ont estimé le nombre de vies pouvant être sauvées en interdisant de fumer dans les différents contextes de vie.

Alors effectivement ils concluaient que si l'interdiction était prononcée dans tous les contextes, y compris au domicile, on pouvait escompter, pour la France, une baisse de 2450 décès dus au tabagisme passif par an.

Ils présentaient un joli tableau dont je ne me souviens que des colonnes 'Domicile' et 'Travail'.

La valeur pour la catégorie 'Travail' en France qu'ils estimaient par an était de : 24 !