Argeveller

Des petits bouts de trucs… {Licence CC by 4.0}

Les personnes dites « sans papiers » sont plus réellement des personnes qui n'ont pas les bons papiers pour accéder à des droits humains et bien plus encore. Leur refuser ses « papiers » comme valident c'est aussi nier tout un pan d'actes scellés dans des papier, toute une reconnaissance de leur vécu, de leur parcours, de leurs métiers, diplômes, narratifs, présents dans des écrits. Leur refuser aussi et conjointement de « nouveaux papiers » c'est les empêcher d'exister. Tout ceci est également leur enlever tout droit légitime au concept de documentation, tout ce qui existait l'instant précédent le franchissement d'une frontière. Elles sont Undocumented. Elles sont administrées très particulièrement à cette occasion. C'est pourtant en franchissant cette limite géo-administrative que ces personnes demandent aide et hospitalité, droit de vivre décemment alors que dans les faits c'est un autre basculement qui est opéré. Avec cette négation de leur histoire et de leur « papier », ces personnes sont enfermées dans une condition sous-humaine et invisibilisée. N'ayant plus de place de vie reconnue par un bon papier il ne reste que la survie. Le capitalisme étant le système dominant, ces personnes sont irrémédiablement forcées d'accepter de travailler sans bénéfice, ni protection, pour une demi-bouchée de pain. Cette misère instituée est la tapis de confort et de profit sur lequel roule les métropoles modernes et les couches sociales plus avantagées.

« Elles survivent dans l'extrême précarité, sans droit, dans la clandestinité et victimes de l'exploitation. Malgré leur rôle important pour de gros secteur de l'économie (Construction, nettoyage, soin aux personnes…) l'État les criminalisent. Et avec la crise Covid, la situation est devenu intenable […] Si on ne force pas le sujet sur la table, la question de la régularisation et du vivre ensemble sera remplacée par un discours hypocrite prônant ; l’hospitalité, l’accueil, bref une charité dont on ne veut pas car elle ne reconnaît pas notre place effective dans cette société... Pour cela nous, le Collectif Zone Neutre, appelons toutes les organisations, militantes, citoyennes Européennes à réagir le 31 mars en soutenant notre action, d’occupation de l’espace public »

Les mots du collectifs Zone Neutre en Belgique, D. KBC journal des sans papiers.

« Personne ne doit été mis de côté

En creusant un peu plus profondément, nous voyons que le capitalisme fait face à une contradiction familière : exploiter les travailleurs, mais s’assurer qu’il y aura des travailleurs à exploiter demain. Gérer le virus, gérer la production. Comme l’inflation, la courbe des décès doit être régulée, maintenue à un niveau correct. Partout, ce paradoxe est évident : “restez chez vous” mais “allez au travail” ! Technocrates et managers débattent de la règle des 2 mètres comme les Factory Acts du 19e siècle débattaient du rapport entre les profits, la santé et les mètres cubes par ouvrier. » Personne ne doit être oublié ni mis de côté – Anarchie, confinement et crypto-eugénisme (audio) ; Personne ne doit être oublié ni mis de côté – Anarchie, confinement et crypto-eugénisme (texte)

Au détour d'une discussion sur la Fediverse avec ·Gor lilith, je me retrouve l'envie d'écrire quelques mois plus tard.

C'était l'hiver dans l'hémisphère nord, une pandémie de SARS-CoV déjà âgée d'une année, un confinement en Europe.

Réalité, perception et individu

La question ainsi posée par mon interlocuteur était : « “la réalité, telle que perçue par un individu, dépend de son vécu” est une évidence ? »

« Ce phénomène a priori scandaleux aux yeux de scientifiques durs est pourtant déjà bien connu en sciences humaines, où l’on sait que la réalité, telle que perçue par un individu, dépend de son vécu⁷. » La Construction Sociale de la Réalité, Peter Berger et Thomas Luckmann, Armand Colin (2012). https://zet-ethique.fr/2017/07/13/pensee-rationaliste-et-anti-feminismes-1/

Peter Berger et Thomas Luckmann, Armand Colin, sont des cadres de la phénoménologie sociologique. La phénoménologie est un courant de pensée du XXe siècle fondé par Edmund Husserl dans l'optique de faire de la philosophie une discipline scientifique, en rupture avec le psychologisme et en opposition à la métaphysique (« Recherches logiques » (1900-1901)).

Réalité du temps

Le ressenti que nous avons du temps dépend de notre place sociale ( Le temps et les temporalités à défendre dans les politiques sociales et l'intervention sociale — Brigitte Bouquet). Par exemple, une valeur attribuée à 1 heure de votre temps de travail sera très probablement différente de celle attribuée à Monsieur Jeffrey Bezos. Autre exemple, lorsque vous une femme avec un nourrisson dans une société hétéronormée 4 heures d'une matinée sera un vécu et une réalité avec de multiples tâches, responsabilités, charges, énergies, pensées, qui sont bien différente d'un homme hétérosexuel, en cisidentité, du même âge et de même classe sociale.

« Du temps » de Nobert Elias est un sacré bouquin.

Il est sociologue, Allemand, docteur en philosophie, spécialiste d'une sociologie de la connaissance.

Il y creuse la question du temps dans la perspective sociologique du processus de civilisation (et pas mal avec le rapport de l'époque au concept de nature — toujours dans un dualisme nature / culture qu'il désagrège assez bien de mon point de vue) (ref)

Chez Norbert Elias, en sociologie des savoirs et de la connaissance, le niveau de développement de société dans lequel un individu est partie prenante (le groupe est la multitude – théorie de la civilisation), c'est à dire la capacité à intégrer des complexités, est corrélé avec la situation de danger individuel.

En d'autres termes, un individu d'un groupe peu « développé » lorsqu'il est en danger cherche fréquemment à expliquer son rapport au monde par des symboles (qui sont des instruments d'orientation) fantasmatiques.

Le développement de la civilisation tend à fournir plus de sécurité individuelle. Se développement est réversible.

« Le développement de notre fond commun de savoirs revêt pour l'humanité une importance qui est sans doute sous-estimée aujourd'hui, et c'est précisément pourquoi cela vaut la peine de lui accorder plus d'attention » (N. Elias, 1984).

« Le développement du savoir social, à l'instar de celui qui s’opère dans d'autres secteurs, joue lui aussi un rôle dans la survie de tous les groupes humains et de leurs membres, en ce sens qu'il participe de manière active à l'évolution de ces groupes ».

Son apport sur la question de la perception du temps au travers de plusieurs est une contribution importante pour la compréhensions de ce qui peut être vu et compris comme réalité.

« Comme les montres et les bateaux, le temps est quelque chose qui s'est développé en rapport à des intentions déterminées et des tâches spécifiques des Hommes. De nous jours le “temps” est un instrument de mesure indispensable pour effectuer une foule de tâches diverses »

Et les « temps » avec ces différentes formes d'acceptations se lie et se relit au travers de discipline.

« Et c'est finalement à Einstein qu'il revient d'avoir mis en évidence que le temps est une forme de relation et non, comme le croyais Newton, un flux objectif, élément de la création au même titre que les fleuves et le montagnes, et tout aussi indépendant qu'eux de l'activité déterminatrice de hommes en dépit de son caractère invisible. Mais Einstein lui-même n'est pas allé assez loin et n'a pu totalement échapper au fétichisme verbal. […] Il n'a évoqué les problèmes du temps que dans les limites du cadre des physiciens. Or un examen critique du concept de temps implique que l'on rende également intelligible la relation entre temps physique et temps social ou, en d'autres termes, entre la manière de déterminer le temps en référence à la “nature” ou en référence à la “société”. Mais Einstein ne s'était pas fixé cette tâche, qui, de toute façon, ne relève pas de la compétence du physicien ». Nobert Elias, « Du temps », 1984, Chez Pocket, Introduction p.55

Pour ce qui était de mon interlocuteur ·Gor lilith, au sujet précédemment cité chez Peter Berger et Thomas Luckmann, Armand Colin, il survient une question : « on ne parle pas de la réalité, mais des réalités subjectives, qui est bien notre expérience, mais ça n'est pas ce dont on parle quand on parle de la réalité. Dans ma compréhension, la réalité, c'est indépendant de l'existence d'animaux capable d'en percevoir des facettes. »

L'étude de la vie des vivants revient par fois dans les limites du cadre des biologistes.

Biologie et réalité(s)

Le mot et concept biologie lui arrive en 1766 par Michael Christoph Hanow ; puis en 1797 par les médecins Roose, Burdach et Treviranus (1800 -1802) puis par Lamarck (1800 – 1802) naturaliste, botaniste, zoologiste.

Comme discipline scientifique.

« Le positiviste en biologie évite les concepts métaphysiques en opérant une réduction dans ses questions. Ainsi, quand François Jacob déclare qu'on n'étudie plus « la vie » dans les laboratoires, on peut comprendre que le concept de « vie » s'apparente aux anciennes abstractions de la métaphysique. Que se passe-t-il dans les laboratoires ? On étudie des relations d'oxydoréductions, des méthylations, différentes réactions entre des molécules : mais voit-on jamais la « vie » ? Au lieu de la « vie », la biologie positive étudie les propriétés d'un des niveaux d'organisation caractéristiques du vivant (individus, issus, cellules, molécules). […] On pourrait convoquer d'autres exemples : la biologie étudia t-elle « l'animal » ou uniquement des séquences d'action-réaction, des réflexes, des comportements stéréotypés ? Étudie t-elle « l'humain » ou seulement sa physiologie, ses comportements sociaux ? » Métaphysique et biologie, par Thierry Hocquet dans précis de biologie https://fr.calameo.com/read/000015856d

Sur le rapport à la « réalité », notamment en biologie (et pourquoi malgré la proximité avec la philosophie) et les acceptions ou non de certains angles apportés par diverses branches de la métaphysique, nous pouvons apporter quelques regards en prémices d'examen.

Bien avant cette biologie, il y a des origines et des héritages que l'on ne doit pas masquer, notamment si l'on insiste à creuser la réalité et les rapports que nous entretenons avec elle.

« La magie se relie aux sciences, de la même façon qu'aux techniques » p.136 « si éloigné que nous pensions être de la magie, nous en sommes encore mal dégagés » (p.137) ; « Elles (les écoles de magie) furent les premières académies » ; « Ni les techniques, ni les sciences, ni même les principes directeurs de notre raison ne sont encore lavés de leur tâche originelle » (p. 137) Marcel Mauss (1902 – 1903), Théorie générale de la magie, Puf édition.

Le phénomène de la réorganisation des sciences du vivant au XVIIIe étaient déterminé par des réflexions logique sur l'essence du sujet et sur des exigences portées sur la connaissance authentique de la « nature ». C'est une volonté radicale, qui s'entreprend en profondeur racinaire, de fonder une nouvelle logique. Logique qui dirige à l'examen de la ou les réalité⋅s.

C'est ici un esquisse a minima pour donner à comprendre comment se passe aujourd'hui des « choses » dans les universités, écoles, labo, à des personnes qui sont en demande de participer à la discussion (voir même la disputatio) et qui n'ont jamais pu franchir les murs de ces institutions.

Maintenant, pour m'orienter :

  • Qui juge de qui / de quoi ?
  • Depuis quelle position ?
  • Sur quoi ?
  • Comment ?

Ensuite la « “vieille” épistémologie » avec objet et sujet bien distant, séparation étanche, a commencé à exploser au début du XXème siècle (philo, anthropo, socio, ect) et continue aujourd'hui. Par exemple, le changement de de l'hérédité tout génétique¹ à d'autres approches en biologie². Aveux et consensus se forment après les études sur le fait qu'il n'y que peu ou prou de cloison étanche entre objet et sujet, entre observatrice, observateurs, et observées ; entre milieu et individu. Les inter-influences existent (exemple: « Microbiote : dites-le avec des flores )

Par exemple, Maria Sibylla Merian, naturaliste et illustratrice science du XVIIeme siècle (le mot et concept biologie lui arrive plus après les naturalistes). Elle a longtemps été érigée en « rockstar » de la science.

Heureusement les disciplines collaborent et la science fonctionne aussi par réfutation (aka mise à l'épreuve des théories et hypothèses).

Maria Sibylla Merian vivait dans son « siècle » avec sa classe sociale. Elle n'a pas pris ce contexte comme biais possible dans ses recherches (c'est l'un des actes les plus difficiles en science : penser contre soi-même / sa « réalité »). Tel que sont l'esclavage, sexisme, soumission des femmes, etc

Ainsi, ses recherches les insectes et leur reproduction sont totalement teintés de « white supremacy » et de « masculinisme » : “Breeding Insects and Reproducing White Supremacy in Maria Sibylla Merian’s Ecology of Dispossession”.

Revenons plus de notre époque avec la proximité biologie / philosophie et le problème de « réalité ».

(Métaphysique et biologie, par Thierry Hocquet dans précis de biologie)

Rejet de la métaphysique fumeuse et saine méthode scientifique

le positivisme en biologie évite les concepts métaphysiques en opérant une réduction des questions […]

La science, dans sa forme (ultra)spécialisée, est devenue une « sorte de technique théorique qui comme la technique au sens habituel du terme, repose beaucoup plus sur une “expérience pratique” dans l'exercice lui-même d'une activité répétée et variée (aussi appelée “intuition”, tact, dans la praxis. » (Husserl, 1929).

Ainsi, la réalité nous vivons une relation avec elle, et certaines de ces relations passent par des cadres disciplinaires qui sont voué à décrire et étudier des existants. Il serait bon pour notre réflexion d'avoir plus d'apport en sociologie et en anthropologie sur ce sujet.

Par contre donner une matière, un corps à la réalité, la réifier, pousserait probablement à du fétichisme verbal (expression de N. Elias) et entretiendrait la substance d'un mythe de la réalité mesurable selon les outils, méthodes, appareils, de sciences « formelles ».

Disputatio

(J'empreinte ici les mots de mon interlocuteur premier)

Mon propos et mon étonnement était face à une vision caricaturale avec d'un côté des défenseurs de La Réalité, avec La Science qui en serait la description exact, neutre, infaillible, et de l'autre les tenants de la réalité comme construction sociale, donc le règne des réalités subjectives, en partie irréconciliables. Je pense qu'on ne parle pas des même « réalités ». (ici j'ai voulu insérer une citation à visée de discussion dans nos échanges)

“it may be, that long after the theories of the philosophers whose achievements are recorded in these pages, are obsolete, the vision of the poet will remain as a truthful and efficient symbol of the wonder and the mystery of Nature. ” Thomas Henry Huxley (1869), 4 novembre 1869, introduction au premier numéro paru de la revue scientifique Nature.

J'en vois au moins 3. Les sciences (et pas la science…) serait au milieu des 2 autres. Ce sont des tentatives de décrire une réalité objective (et voilà l'une des 2 autres), de manière faillible et perfectibles, sujettes à nos biais culturels et sociologiques, mais avec des pratiques qui cherchent à les réduire, au moins en partie, progressivement, notamment grâce à des regards nouveaux. Dans ce sens-là, les propositions des sciences sont des réalités socialement construites mais plus générales, plus partageables, plus collectives que mon expérience individuelle. La troisième réalité, qui en fait n'est pas la réalité, mais mon expérience subjective, réelle en quelque sorte, mais qui n'est pas générale, qu'en partie partageable.

Dans La science, sa méthode et sa philosophie³, Mario Augusto Bunge, philosophe des sciences argentin, propose 4 désignations pour loi scientifique. Je n'ai pas encore tout bien compris, mais la première, loi-1, c'est « toute relation constante et objective dans la nature, dans l’esprit ou dans la société ».

La deuxième, loi-2 « ou énoncé nomologique ou énoncé de loi, désigne toute hypothèse générale qui se réfère indirectement à une loi-1 et qui constitue la version conceptuelle de celle-ci. » (ici encore j'insère une citation dans nos échanges en guise de discussion)

« Nous avons compris que les non-humains étaient tout sauf la nature. La nature est un dispositif métaphysique, que l’Occident et les Européens ont inventé pour mettre en avant la distanciation des humains vis-à-vis du monde », Philippe Descola

Et c'est bien là que se glissent les constructions sociales, dans le fait que c'est un énoncé, et même avec toutes les précautions possibles, ça reste emprunt de subjectivité.

Je pense quand même que les sciences reposent sur le postulat qu'il existe une réalité objective et qu'il est intéressant d'essayer de la décrire. Certes, comme nous sommes des animaux, nous devons accepter qu'on n'y arrive jamais vraiment, on y approche, on ne fera jamais que d'en approcher.

Sinon, qu'est-ce qui nous empêcherait de dire n'importe quoi ? Ou alors de dire des propositions selon une logique interne et des méthodes rigoureuses (les sciences formelles) sans se préoccuper des faits.

Et ça n'empêche nullement à des groupes sociaux exclus, dominés, de ne pas se laisser faire, de renverser les tables et de montre que « cette » description du réel est injuste, partiale, biaisée.

Ni à la poésie d'exprimer nos vécus, nos rêves, nos folies, nos subjectivités.

(Et en rebond à mes insertions, mon interlocuteur ajoute)

La nature != la réalité. C'est une autre question. Sur ce point, on peut dire que les artefacts de l'animal humain sont encore de la nature, ou que l'artificiel appartient à la nature.

À noter que dans l'ontologie matérialiste de Bunge⁴, la réalité, la matière, la nature, etc., sont des concepts, pas des entités réelles. J'imagine que l'espèce en fait partie. Le réel (concept, non réel donc) est fait d'objets individuels et uniques. Mais c'est encore une autre question.

Cognition

Le fait de connaître passe aussi par les outils, physiques et conceptuels, que nous avons à notre disposition.

« La cognition est l'ensemble des processus mentaux qui se rapportent à la fonction de connaissance et mettent en jeu la mémoire, le langage, le raisonnement, l'apprentissage, l'intelligence, la résolution de problèmes, la prise de décision, la perception ou l'attention. » Wikipedia

Ces outils servent d'instruments d'orientation, d'utilisation et de production. Des lances de Néandertal aux actuels téléphones dit intelligent en passant par les montres du temps depuis 1510, nos cognitions passent par des objets. Les connaissances, les descriptions, que nous pouvons tenter de produire sur la notion de réalité sont filtrées dans ce maillage.

D'une certaine position de vue, nous tentons d'examiner réalité / réalités avec une effectuation technique naïve. Aussi, s'efforcer à travailler la méthode avec laquelle nous tentons cette entreprise est nécessaire. Comme par exemple, nous poser cet enchaînement de questions lorsque nous regardons le concept de réalité⋅s :

  1. Quelle logique est mise en œuvre (formelle, aristotélicienne, transcendantale, sophiste (beurk), etc)

  2. Quelle philosophie radicale soutenant cette logique (essentialisme, matérialisme, etc) ?

  3. Quelle normalisation et quelles directions établie cette logique choisie consciemment ?

  4. Dans quel régime de principes est-elle réalisée ?

  5. Quels effets, effectuation, pattern d'effets sont observables en « sortie » ?

C'est un travail sur quelle méthode et quelle place pour cette méthode dans le regard que nous portons sur la « réalité ».

D'un point de vue depuis l'anthropologie générale, plus encore en anthropologie de la technique, « dès le langage apparu, le monde dans son entièreté est devenu signifiant » (Mauss, M. 1901 -1902, Esquisse d'une théorie générale de la magie). Des millénaires plus tard nous peinons toujours à signifier, dire, expliquer ce monde.

Notre réflexion ici et les discussions que nous ouvrons sont assujetties à une inclinaison en 2 pentes qui apporte un angle qu'il faut souligner. Le choix, ou choix peu réfléchi, de boussole et de compas, oriente notre cheminement. D'une part, toutes nos références utilisées sont Européennes (ou Européo-Nord Américaine pour Peter Berger) ; de l'autre toutes les personnes qui portent ses références sont masculines (hors Brigitte Bouquet) et du sérail universitaire. Notre réflexion et nos discussions gagneraient à être abondées d'autres sources, angles, et racines. Réalité, réalités, subjective(s) et/ou objective(s) et les questionnements inférant et affordant ne feraient que souffrir d'une approche uniquement provinciale et d'une vision normative héritée d'un passé que nous n'avons pas décidé.

NDLR : Voilà, nous avons discuté de réalité(s), d'objectivité(s) et et du subjectivé(s) lors d'une saison hivernale au sein de laquelle nous étions sous un régime de confinement. Aujourd'hui nous vous en partageons une retranscription. Grand merci ·Gor lilith <3


Notes et références

  • 1: 6 Juillet 2021 : Décès de Richard C. Lewantonin Biologiste, philosophe des sciences du vivant, généticien, marxiste matérialiste, de 92 ans. Il a œuvré avec force, conviction, et rigueur au démantèlement des théories racistes, déterministes (biologiquement parlant), et néo darwinisme et aussi sociobiologie et psychologie évolutionniste.Notamment par la rigueur d'étude de la génétique des populations. https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_C._Lewontin & https://www.newscientist.com/article/2283160-richard-lewontin-pioneering-evolutionary-biologist-dies-aged-92 . Avec le décès par cancer ce jour de Axel Kahn, C'est une immense page des sciences qui se tourne, alors que nous vivons sous le porche des obscurantismes idéologiques fascistes violentes, du racismes, et des agressions contre les LGBTQIA+.

  • 2: Si les origines des humanités vous intéressent :

Anthropologie, paléo, biologie, génétique, archéologie, philosophie… il est aussi beaucoup question de techniques, outils, cognition, culture et ce qui fait Humanité(s)

1 documentaire Arte de 50 minutes sur « à la rencontre de Néandertal ». Bien foutu, bien accessible, quelques ratés de traduction en fr et un ou deux bullshit de la voix off. https://www.arte.tv/fr/videos/081663-000-A/a-la-rencontre-de-neandertal/

4 billets de ma part. 4. https://xavcc.frama.io/humain-4 (avec lecture enregistrée) 3. https://xavcc.frama.io/humain-3 2. https://xavcc.frama.io/humain-2 1. https://xavcc.frama.io/humain

Cartes géographique « interactives » de l'évolution de l'humain·e au travers des espèce qui composent celle, celui, ci. Et des filiations génétiques https://todon.eu/@XavCC/106483210231501680

Un podcast Une histoire génétique : notre diversité, notre évolution, notre adaptation, leçon inaugurale de Lluis Quintana-Murci https://www.franceculture.fr/emissions/les-cours-du-college-de-france/une-histoire-genetique-notre-diversite-notre-evolution-notre-adaptation-lecon-inaugurale-de-lluis

  • 3: traduction de La ciencia, su método y su filosofía (1960).

  • 4: MAHNER, Martin, 1997. Foundations of biophilosophy. Berlin : Springer. ISBN 9783540618386.

Fabuler n'est pas interdit en recherche et pratique scientifique. Fabriquer et utiliser puis diffuser des fables, par l’ingéniosité et la technique, peut même se révéler utile. Il y a des fabuleuses et fabuleux scientifiques et chercheuses, chercheurs.

C'est pour cela que nous investissons le bioart, biohacking sous certains angles ici, et aussi bio jamming.

Cette dernière méthode est liée a une approche culturelle et critique.

« Culture jamming, que l'on peut traduire en français par sabotage culturel ou détournement culturel, est l'acte de subvertir de l'intérieur le fonctionnement d'un média de masse existant, en usant de la même méthode de communication utilisée par ce média. » Wikipédia

Par exemple, nous explorons les chemins critique pour exposer l'hyper solutionnisme en science du vivant et biologie, le dangereux ridicule du libertarisme qui se lie à une des vision eugéniste dans le transhumanisme (lui même plus vaste et divers), et aussi les oppressions et violences raciste, sexiste, classiste, genriste, dans le espace-temps de croisement entre biologie et soin. Cette exploration et révélation peut passer par l'acte artistique en biologie synthétique pour donner corps, fabriquer, un gène chimère issu du « big data » qui donne réalité à une mutation provoquant la luminescence de nos/vos poils d'avant bras.

https://www.hackteria.org/wiki/Mind_thGAP

Ce genre de pratique permet aussi d'explorer et de travailler les liens entre technique, science, éthique, et technologie (étude de l'histoire, de l’évolution, de l'état de l'art de la technique), participant à dessiner de nouveaux contours d'une science en perpétuel mouvement et en dialogue avec la société.

Si j'ai piqué votre curiosité : Venez on discute, on se rencontre ici ou ailleurs. Peut être même qu'on envisage des trucs à mettre en œuvre ensemble.

Bio jamming et des usages de la fabulation.

Merci aux soins portés par Amélie Tehel. Nous avons maintenant à nous pencher sur : + Les types de privilèges qui permettent la fabulation dans le système actuel. + Qui pratique cela ? Des chercheuses et chercheurs bien établi·e·s ou dans la marge ? + Avec quelle(s) visibilité(s) externe(s) et interne(s) ?

Quelques pistes sont déjà ouvertes par l’intermédiaire d'’un sujet de recherche jusqu'à la forme d’une écriture de recherche : Autoéthnographie et fabulation de la thèse + https://infusoir.hypotheses.org + https://infusoir.hypotheses.org/8689

Et CERN en 2017, De l'usage de la fabulation en recherche.

TransOrgansOnAchip

Concept:

The newest speculative project to arise from Biotranslab, Trans.Organ.on.a.Chip seeks to blur the boundaries of categorized life and to dilute the lines of sexual differentiation.

http://paulapin.net/transorgansonachip/

Aussi par l'intermédiaire de Vanessa Lorenzo

“cuerpos se vacían reciclándose como estructuras para alojar nuevas entidades híbridas [...] #ingenieríainversa interviene como tecnología de destrucción creativa, estrategia de supervivencia [..] devuelven al cuerpo a una nueva condición de posibilidad emergente” Marzia Matarese

ref: + Source image: https://hybridoa.org/marimutare + https://hangar.org/ca/labs/produccio/ + [PODCAST] : + https://soundcloud.com/vanessa-lorenzo-662135359/podcast-marimutare + Soundscape hybrides entering the hybrid queerdom of marimutar https://soundcloud.com/vanessa-lorenzo-662135359/overture

Les alternatives infernales

Et les « alternatives infernales » comme manifestations du capitalisme Ces alternatives infernales, comme les appellent Isabelle Stengers et Philippe Pignarre (2017), pièges dans lesquels nous laissons piéger, capturer, envoûter, pour nous condamner à « l'alternative ». (Bien que je repousse certains points d'une intrusion de « Gaïa mère de toute chose » version Lacan chez elle et lui).

Infusoir https://infusoir.hypotheses.org/8407 Benedikte Zitouni https://usaintlouis.academia.edu/BenedikteZitouni

Çar étouffé, suffocant, je cherche…

Et j'entrevois des pistes de réflexions sur mes refus du concept « alternative » et aussi de mes fuites, goûts pour la fiction et fabulation. Et plus profondément ma tendance depuis 5 ans vers forensiques, rétro-ingé, paléo-bio, l'enquête, et l'investigation, parfois en jamming ou biojamming… plus que le « simple biohacking » Et surtout je ne me laisse pas éblouir bien qu'attiré.

Une smartcity qui ne serait qu’une accumulation d’objets connectés, d’algorithmes, de lignes de codes informatiques alors que moins d’ 1% concentre pouvoir de décision et capital financier ; alors plus 95% de la population sait ni lire et ni écrire dans ces langages numériques et de programmation ; ce phénomène ne serait qu’un territoire de totalitarisme non citoyen exploitant jusqu’à l’épuisement des ressources naturelles puisées dans d’autres espaces moins puissant économiquement. (2016)

« Alors, voici une question pour vous, chère lectrice, cher lecteur, voulez-vous vraiment que vos gadgets et vos réseaux commencent à anticiper vos besoins et vos souhaits et à tout préempter pour vous ?

Voulez-vous arriver chez vous, dans votre maison à environnement contrôlé, avec un programme télévisé présélectionné en fonction de votre humeur, un dîner commandé pour être livré (par un drone intelligent) en fonction de votre nombre de calories quotidiennes et de votre état biologique, une liste de courses prête à être approuvée et une réservation au court de squash pour les quinze prochains jours que vous devrez approuver ?

Voulez-vous vraiment regarder des publicités personnalisées pendant que votre assistante sociale virtuelle répond automatiquement à tous ces courriels sans importance (sur la base d'une analyse des sept dernières années de votre activité de courrier) ?

Voulez-vous que la planification de vos week-ends de vacances soit automatisée, que votre emploi du temps soit réorganisé en fonction de votre rendez-vous chez le médecin et que votre service de voiture soit coordonné en même temps pour qu'il soit prêt lorsque vous sortez du cabinet médical ? C'est une bonne idée, n'est-ce pas ? » Is 'Dumb' the New 'Smart'? [Notes from the Editor] – IEEE Journals & Magazine. 2015

Un ville dans laquelle les clauses des différents contrats formels, même ceux tacites et ceux dont vous n'avez pas lu les CGU, seraient exécuter de manières automatisés par un algorithme.

C'est la smart City.

Par exemple, vous entrez dans un magasin qui vend, entre autres, de la nourriture et de l'alcool. Vous en prenez aussi un peu pour la personne qui mendie dehors dans le froid. Hors, l’arrêté préfectoral interdit la vente d'alcool après 18h, vous avez votre smartphone et avez payé avec votre CB. La mendicité est interdit en ville par la municipalité. Il est 18h24.

Automatiquement vous recevez une amende, la personne SDF est mise en GAV, le magasin reçoit un avertissement et menace de fermeture temporaire, la banque qui est aussi dans le groupe de votre compagnie d'assurance augmente vos cotisation d'assurance vie. Vous avez été filmé⋅e par la vidéosurveillance, désormais votre face et votre style de marche sont indexés dans une base de données de référence de police. L'ensemble de bailleur sociaux et des gestionnaire privé de location reçoive un point orange concernant votre dossier, ainsi que la CAF et l'assurance maladie. Votre employeur vous convoquera prochainement pour un entretien de compétence.

C'est ça la Smart City

La feuille d'arbre : pire ennemie de la smartcity résiliente durable écologique moderne métropole tech.

Elles tombent et poussent sans ordre administratif. Elles colorent le monde de mille nuances hors tout UI Design ; Elles bouchent les tout-à-l'égout, détournent l'écoulement des eaux prévues par l'hyper-ingénierie dans l'urbain. Elles rendent les territoires et trottoirs glissants ; les trajets impurs et insécures. Elles menacent la pelouse rase parfaite des green de ville, les conductrices et conducteurs des lourds véhicules smart-high-tech les redoutent.

Elles sont les feuilles autonomes qui luttent contre nos abscons contrats sur-implicites et sur-automatisés.

On fera des études, des brigades, des innovations, des technologies, des services agiles, des traitements, des plans d'urgence, des numéros verts contre elles.

Mais...

La feuille d'arbre vaincra !

All Feuilles Are Beatiful #Afab

Les feuilles des arbres sont les médiums sur lesquels écrire et partager des pensées critiques, sur lesquels pratiquer la chromatographie¹ pour relire un monde incarné.

« Le non fonctionnement est la condition de la pensée critique »

Éloge du non fonctionnement http://blog.sens-public.org/marcellovitalirosati/cequipourrait/fonctionnement.html je veux des outils qui surtout ne fonctionnent pas − Marcello Vitali-Rosati

Un billet avec éloge de l'anarchie et/comme contre GAFAMisation

« Je souhaite que rien ne marche, que rien ne fonctionne, que tout soit cassé, qu’il y ait plein de bugs. Je voudrais des designers capables de concevoir des outils compliqués, contre-intuitifs et mal fonctionnant »


[1]: Expérience de chromatographie de végétaux sur feuille papier https://notecc.frama.wiki/norae:biologicus:groupes_chromatographie_sur_feuille

J'ai 4 points avec lesquels j'essaie d'envisager un carré, terrain d'étude, de même aire que mon cercle de tropes, avec seulement une règle et un compas.

1. Quel est le soin et le souci qu'un régime / une configuration sociale en responsabilité / un groupe a et entretien pour les libertés et les droits de ses minorités ? « La démocratie des interstices − Que reste-t-il de l'idéal démocratique » ? David Graeber. Dans Revue du MAUSS 2005/2 (no 26)

2. « Woke et déconstruit·e, critique d’une posture »

[Critique] Intersectionnalité, matérialité, héritage

« Comme on n’analyse plus les bases économiques, politiques, sociologiques, structurelles des dominations, mais qu’on ne les pense qu’en termes de « privilèges » [...] découle une moralisation de la politique & une culpabilisation des individu·e·s »

  • Et un regard sur des origines parallèles de la tentation du pure du coté du christianisme
  • Aussi un effet de « retour à une forme d’essentialisation des positions sociales »

3. « Droite Médiatique et fonctions du novlangue »

« Pourquoi est-ce que toutes les prises de parole dans les paniques morales ressemblent à un truc genre “La déconstruction woke des campus américains inspirée par Derrida contre l’humanisme universaliste des Lumières rationnelles des valeurs républicaines” ? »

4. « De « On ne naît pas femme » à « On n’est pas femme ». De Simone de Beauvoir à Monique Wittig »

« […] leurs travaux ont participé à la dénaturalisation et au questionnement du déterminisme biologique des catégories de genre, de sexe et de sexualité. Ils ont permis de questionner la supposée neutralité des sciences dans leur ensemble, reproductrices d’une pensée doxique androcentrée, jusque-là non soumise à l’épreuve des faits et de leur rationalité »

J'ai 4 points avec lesquels j'essaie d'envisager un carré, terrain d'étude, de même aire que mon cercle de tropes, avec seulement une règle et un compas.

  1. Bruno Latour, leçon inaugurale, rentrée 2019 Campus de Paris. « Politiques de la Terre » et vision de l'urgence climatique : « de la conscience à l'action »⋅ https://invidious.site/Db2zyVnGLsE?autoplay=0&continue=0&dark_mode=true&listen=0&local=1&loop=0&nojs=0&player_style=youtube&quality=dash&thin_mode=false

  2. Rachel Carson, Biologiste, écologiste et féministe. « Printemps silencieux » : la biologiste qui avait prédit la catastrophe écologique à venir https://www.franceculture.fr/emissions/la-marche-des-sciences/rachel-carson-celle-qui-transforma-lamerique

  3. Lionel Maurel, « Des utopies métaphysiques aux nouveaux territoires de l'hétérotopie − Faire atterrir les communs » https://www.franceculture.fr/conferences/maison-de-la-recherche-en-sciences-humaines/faire-atterrir-les-communs-numeriques-des-utopies-metaphysiques-aux-nouveaux-territoires-de

  4. Alain Giffard: « La fille de Descartes était un robot » https://alaingiffardblog.wordpress.com/2019/09/04/la-fille-de-descartes-etait-un-robot/

J'ai 4 points avec lesquels j'essaie d'envisager un carré, terrain d'étude, de même aire que mon cercle de tropes, avec seulement une règle et un compas.

  1. Marcel Mauss « Essai sur le don » https://notecc.frama.wiki/_media/essai_sur_le_don.pdf

  2. Désidération

  3. On creating life & discours about life: Pest, Monsters & biotech Chimeras

  4. Understanding biology by reverse engineering the control

J'ai vécu et parcouru mille aventures, traversé des catastrophes, rencontré des peines.

Les maladies et les morts furent même mon quotidien pendant 10 ans. Urgentiste et soldat du feu qui court dans chaque catastrophe et accident. 8 années ont été vécues autrement depuis. Mille et une si chère vie.

J'ai mis mon corps et mon esprit à l'épreuve. Par le sport, par le métier, par les excès, la luxure et gloutonnerie.

J'ai une impression d'avoir toujours grandi au travers de ces événements — comme un casier où l'on range les petits caractères acquis qui serviront à imprimer typologie et typographie sur un être constitué. Un tatouage de le vie.

Depuis 2 ans je suis malade, chroniquement, hasardeusement et aléatoirement frappé. Là, je suis démuni et anxieux comme jamais auparavant.

C'est arrivé et apparu un jour. Irruptions et gonflements, rougeurs et transpiration, aux points d'une urgence médicale rash qui pensa à un choc anaphylactique dans un premier abord.

À la loterie des maladies j'avais gagné une intoxication probablement alimentaire selon le médecin — lui même épuisé par d'autres problèmes. Dans les conditions anormales du corps et de l'esprit il n'y a jamais de chance ou de malchance, il n'y a que maladie(s). Je n'étais pas intoxiqué puisque malgré le traitement et pas d'aliment risqué la crise revint — certes moins forte comme si mon corps commençait dès les tous premiers jours à encaisser. Tous les jours durant la première quinzaine, heures différentes, quoique je tente ou que médecin et pharmacien essaient.

Knock-out physique, j'étais épuisé pendant la crise d'une à deux heures, et après évidemment. Augmentation de la température corporelle, boursouflures, trouble gastrique, douleurs comme pour une piqûre venimeuse à chaque endroit du corps défiguré. Démangeaisons odieuses ajoutant du stress ici où il existait déjà. Les journées de travail était largement amputées. Ma vie sociale et les rencontres très impactées.

Zona, eczéma… rien de tout cela selon plusieurs médecins.

Plus d'une année à se faire boxer par cette maligne pathologie qui fixe elle-même nos rendez-vous sans ni me prévenir, ni toujours honorer sa présence.

Ça, cette chose là lorsqu'elle déforme votre visage et toute votre peau, elle rend inquiète toute personne autour de vous. Plus encourager si cette personne à des sentiments forts pour vous.

Ma seule réponse était et est encore de m'allonger, d'encaisser et d'attendre que ça passe.

Elle avait déjà disparu depuis de longs mois jusqu'à cette semaine post-déconfinement. La tête, l'esprit et le corps n'ont plus les règles qui me conviennent. Ils m'impriment un message d'alarme que je reçoit sans consentement et qu'il m'est difficile de décoder. Je me pensais guéri, voir aguerri, elle est revenue me rappeler ma condition.

Les angoisses que j'avais traversées depuis de longues années avec une impression de victoire se rappellent à moi. Un feu brûlant aux odeurs de Pyrrhus — barouds trop généreux qui ne laissent que des cendres derrière eux.

Je constate et subit aujourd'hui que des choses de la vie me clouent au lit. Je suis le sujet involontaire d'angoisses que je ne ressens pas avec les moyens dont je dispose. Elles s'expriment alors autrement sur moi et en moi.

Il est assez probable, sans évidence garantie, qu'un combat entre moi et moi-maladie ne ferait pas de gagnant. Les combats sont fatiguants, blessants, stressants et ces conséquences sont dans les causes de mon dysfonctionnement.

Probablement que les vécus lourds et constituants des passés qui se sont empilés jouent un opportun * bordel* aujourd'hui.

Je dois ré apprendre à vivre et appréhender le monde autrement. Thérapeutique, méditation (transcendance ?), acception de la chronicité et de l'imprévisible d'un corps biologique que je ne contrôle plus. Ré accorder toutes mes fragilités avec ma différence et désabuser mes privilèges.

J'ai assez d'espoir d'être en bonne voie. Un petit signe est qu'aujourd'hui j'utilise cette crise pour (vous) écrire quelque histoire le visage déformé et brûlant.

J'observe avec inquiétude des occurrences en augmentation de l'emploi du « (re)mettre l'humain au centre » dans des communautés de pratiques dont j'apprécie le niveau élevé de maturité politique des individus.

Essayons de fournir en effort mérité sur cette mécanique agissante et ce vœu formulé.

Définissons ce que nous exprimons

Tropisme (du grec τρόπος) signifie la tendance à accroître, un organisme ou une connaissance, dans une direction donnée.

La force de répétition d'un vœu formulé produit des effets, du moins celles et ceux qui poussent cette répétition pédagogique espèrent des résultats.

Que se passe t'il alors lorsque l'objet lui-même de la proposition est mal ou pas défini ? Il est alors martelé un concept mal forgé et l'on risque d'abîmer la matière, l'outil, la technique et même le corps qui travail.

S'efforcer de vouloir placer un « humain » dans un « centre » sans pendre a minima la peine de définir l'humain est dans les origines des risques que s'infligent les communautés de pratiques qui invoquent cela.

« Qu'est ce que l'humain ? », d'autres avant nous se sont attaché⋅e⋅s aux enquêtes et réponses à cette question fondamentale. J'ai essayé d'améliorer ma compréhension de celles-ci au travers de 4 exercices sur textes d'éminents spécialistes en biologie, en paléoanthropologie et en philosophie. En plus des réponses envisagées à la réponse à la problématique de définition, nous apprenons aussi que l'humain n'est absolument pas au centre de quoi que ce soit, du moins en biologie, en paléoanthropologie et en philosophie. Mieux encore, lors des velléités d'investigation de la question de l'humain, il faut décentrer l'humain de la loupe utilisée pour espérer le définir.

S'évertuer à invoquer un placement de l'humain dans un centre, quelle que soit cette centralité, avec un humain peu ou mal envisagé et prou compris nous mène avec grande probabilité dans une direction que fera croitre de nombreux maux. La répétition mécanique de mots impensés nous fait marcher vers une croissance inconsidérée.

Politisons sérieusement ce que nous désirons faire

Dans une loupe composée de biologie, de féminisme, de cyberféminisme, et les questions d'aliénation, nous pouvons également regarder avec grande intentions de « Anthropocene, Capitalocene, Plantationocene, Chthulucene: Making Kin » par Donna J. Haraway.

Là encore, dans le champ des Environmental Humanities, l'humain n'est pas au centre et ne semble pas devoir y venir pour résoudre des défis écologiques, politiques, qu'ils soient responsabilisés et individués ou collectivisés.

Que nous reste t'il ainsi du vœu d'un « humain au centre » ?

Une invocation répétée qui exprime un désir sur un besoin − qui eux préexistent à cette invocation. Quand bien intentionné⋅e⋅s nous aurions pris l'effort de définir, un tant soit peu, cet humain, il nous incombe de mieux dire et décrire au centre de quoi nous voulons le placer et de quoi est fait cette centralité.

Nous pourrions envisager que ce phénomène, celui de placer au centre et donc de construire ce centre, se lie assez aisément dans une tentative d'établir un « ensemble d'attributs essentiels nécessaires à l'identité et à la fonction » (Wikipedia) de ce centre. Autrement dit, il pourrait s'agir d'un construit d'une essentialisation d'une centralité dans laquelle est espéré la placement d'un humain. C'est d'ailleurs l'essence de ce centre composé par un imaginaire, plus ou moins politisé, qui porte une attraction sur cet humain invoqué. C'est pour cela que des personnes voudraient l'y placer.

Matérialisme, libre arbitre, différentialisme et d'autres coutures pour nous lier au monde mériteraient d'être un peu

En répétant « placer l'humain au centre » nous imprimons au fer rouge des rapports au monde. Ce marquage est effectif quel que soit le degré de considération appliqué au courant que nous empruntons.

Gageons et pendons langue

Disons avec sincérité que le vœu d'un « humain au centre » est employé tel un gage d'amélioration de conditions.

C'est d'ailleurs cette promesse que les chantres de la start-up nation promulguent au rang de devise sur fronton d'institution. Ils expriment un rapport au monde en jouant de la flûte de Hamelin. Cet « humain », qui ne se résume qu'à son essence de chaire à larbin, est alors enfermé dans ce monde infernal sans espoir, ni imaginaire, de s'en libérer par émancipation. Et toute critique portée sur cette effectuation se verra tabassée par une salve de riposte en invoquant le crime qu'est l'acte de refuser cette bienveillance.

Certes, nous pouvons aussi considérer que d'abandonner le concept « de l'humain au centre » à la start-up nation serait tout aussi idiot et dommageable que de leur offrir l'exclusivité de terme « liberté ». Oui, il y a des mots pour exprimer des concepts que sont utilisés avec des sens différents dans des communautés de pratiques différenciées.

Nous l'avons vu précédemment, mettre « l'humain au centre » comporte quelques angulosités saillantes, souvent peu ou pas abordées. Nous venons ajouter à cela le pari (risqué serait un euphémisme) de partager l'emprunt, avec dette de langage et lieu commun, de ce concept de « l'humain au centre » avec les personnes qui détruisent la planète et les humains.

N'avons-nous pas assez de fer pour forger de nouveaux concepts via des mots déjà existants ou nouveau à écrire afin de nous articuler au monde ? Ou pour décrire les situations et conditions et d'un monde que nous désirons ? Si oui, alors faisons cela et réalisons cela avec soin et précaution. Si non, gageons que nous serons vigilant⋅e⋅s nous éviter un contrat faustien avec ceux qui nous exploitent telles des matières premières à extraire de leurs environnements.

Il est dans notre devoir d'êtres humains de défendre des libertés et d'en ouvrir d'autres. Pend ce temps, des personnes s'ingénient à nous perdre dans des débats faussé, ne nous faisant que la charité que d'un os médiatisé à ronger.

On ne dit pas *application de tracing**, nous disons violation de droits fondamentaux et privation de liberté

Les ingérant⋅e⋅s disent l’humain au centre des réunions − configuration sociale particulière − qui alimentent ces bruissements qui agissent tels des divertissements, de détournements de nos attentions, de considérations de fonds et de formes. Ils le disent aussi pour leur application, leur projet, leur politique. Bref, d'un humain au centre de sa propre exploitation assujettie et asservie, dans un monde qui leur appartient. Nous privant ainsi, dans cette centralité, des possibilités d'appartenance à un ou des mondes autres et différents. Privatisant et dépolitisant le rapport au monde.

Habituellement j'aime bien les vendredi. Ils appellent les ami⋅e⋅s, signifient l'arrivée d'un droit à la paresse, ils sont comme habités d'une atmosphère joviale dans les rues que je fréquente.

J'aurais dû me méfier de cette amicalité avec les vendredis.

L'origine de la méfiance

Tout récemment il y eut ce vendredi 13 mars 2020, dans lequel j'aidais à organiser une soirée « Débat sur la technopolice à Rennes ». Je ne suis pas superstitieux, pourtant l'accumulation de signes et de symboles était si bonne que j'en rigolais : Vendredi 13, Boulevard de la Liberté, arrivée en France de la pandémie du coronavirus…

Puis le 20 mars, vendredi durant lequel nous avions dû prendre la pénible décision de suspendre nos permanences d'accueil et d'aide aux personnes étrangères sans papiers.

Le 27 mars, alors que je bossais sur une signature par « Chaos Game Representation of a genetic sequence » du petit vilain virus et ses versions mutées, mon ordinateur passa à trépas. La perte de ce fidèle compagnon de plus de 10 ans de vadrouilles et vagabondages était chargée de conséquences possiblement dramatiques pour moi. j'ai donc criée mon désespoir dans le minitel du Fediverse des Internets. Oui ma précarité chevillée à ma condition sociale ne fait de moi un flocon de neige unique qui faudrait à tout prix sauver de la disparition. Je suis tout au plus un saltimbanque qui déchaîne les vendredi, un pauvre ordinaire comme des dizaines de millions d'autres personnes juste pour ce pays nommé France.

Les routes de la confiance

Dans mes peurs et mon cafard j'ai ressenti à nouveau le parfum de vendredi de convivialité, un air de « le plaisir de vivre ensemble, de chercher des équilibres » ( Jean Anthelme Brillat-Savarin − 1825), des épices de quelque chose de « déterminée » (Illitch − 1973) dans un chaos du monde que je me perds parfois à comprendre.

Des personnes du Fediverse, dont certaines que je n'ai rencontrée que leur être des internets, ont proposé de m'aider, de s'organiser pour ne pas me laisser glisser vers plus de pauvreté. J'étais dans le luxe de respirer à plein poumon les effluves des élans de solidarité, des pollens de convivialité. Solidaryverse¹…

Je voudrais vous écrire explicitement mes profonds remerciements et partager un une foule les sentiments de papillonnement tout en couleur et saveurs que vous m'avez mis dans les tripes. Vous êtes des géant⋅e⋅s aux doigts magiques.

Une reine des Elfes et une Airbird (si, si je vous jure) m'a aidé. Rien qu'avec cela je pourrais affronter tous les vendredi maléfiques qui adviendraient.

Mon avenir sans outils de travail, sans mon ordinateur de gagne miette de pain, semblait moins pénible, pourtant pas encore au soleil. J'aurais pu vivre pire dans une République en Marche, on aurait pu me proposer un numéro de téléphone et site web d'urgence tout frais du matin pour m'aider à traverser la rue de ma misère. Heureusement pour moi, en lieu et place des petits arnaqueurs du dimanche, je suis attrapé par un Héros du vendredi.

Les voiles de générosité

Une personne qui souhaite conserver une forme d'anonymisation de son geste m'offrait un ordinateur portable tout neuf et de très bonnes qualités. À des centaines de kilomètres de moi, dans une période de pandémie mondiale, simplement et presque timidement une personne que je ne fréquente que via les internets vient au chevet de ma situation pour y déposer toute cette immense anticyclone de générosité.

Je voudrais ici et maintenant précis et concis. Il n'y a pas de mot assez fort, pas un merci assez grand écrit, pour exprimer ce que j'ai ressenti.

<3 <3 <3 <3 <3 <3

J'ai inspiré profondément, expiré longuement, répété cela plusieurs fois, pendant plusieurs jours. Puis quelques coups de pinceaux plus tard…

Mon nouvel outil de vadrouille depuis lequel je vous écris

Les invisibles qui nous relient et nous sauvent

Il y a des héroïnes et des héros dans mon histoire, des géants, une Reine des Elfes. mon histoire est vraie puisque je l'ai vécue et aussi elle racine sa factualité dans ces lignes que je vous écris.

Cette histoire s'est déroulé dans une société qui est orientée par des choix politiques qui sont mis en œuvre à l'aide d'architecture et de configuration.

« Cette “crise” de plus fait office de révélateur des structures sous-jacentes mais invisibles de nos sociétés ... et le ridicule qui va avec. L'opportunisme et le colonialisme se lâchent sous prétexte de crise, alors même que ces modèles devraient changer pour éviter la prochaine ... ne pas réagir mais structurer et prévenir » Olm_e

Les protagonistes de cette histoire, de notre histoire puisque composées à plusieurs, ont ouvert couloir d'air vers des champs de liminarité. Elles et ils m'ont offert l'immense privilège de bénéficier de celui-ci.

Cette histoire n'aurait jamais été autre chose qu'un accident confiné, enfermé, cris et peines étouffées entre quatre murs, sans les interventions des invisibles qui tissent et maintiennent les conditions d'existences de mondes.

Les personnes du service postale, les caissières du supermarché la buraliste de ma rue, toutes les personnes de la santé et des hôpitaux, les profs qui ont eu à l'école toutes ces personnes, les éboueurs, les devs de liberapay, les admins des instances du Fediverse, Tedomum team, les pseudonymes des internets, et tellement d'autres… C'est avec vous que l'on écrira les conditions « transfrontalières et transliminaires » (Léna Dormeau 2020). Nous n'oublions et n'oublieront pas celles et ceux qui nous assujettissent à l'invisible et aux souffrances forcées.

Notes