Quelques textes un peu trop longs pour mastodon

Florence Maraninchi

Du rythme effréné de la recherche au 21ème siècle

En approximativement 20 ans, la recherche est passée d'un mode de fonctionnement d'allure raisonnable, avec des financements récurrents des laboratoires, des appels à communication en nombre également raisonnable, à une frénésie permanente de sollicitations en tout genre. Il paraît tous les 3 ou 4 mois un nouvel appel à projets, grand programme national, défi, challenge, constitution de “task force”, etc. Les instances universitaires se comportent à chaque fois comme si ce train qui passe était le dernier, comme si ne pas sauter à bord condamnait à la relégation à perpétuité. L'ensemble des instances et un nombre déraisonnable de collègues seniors s'attèlent à la tâche, toutes affaires cessantes, organisent dans l'urgence des groupes de travail et des visio-conférences, afin de délivrer dans des délais proprement intenables des documents de synthèse et des grands programmes de recherche, des cartographies des forces en place et des projections à 10 ans, des promesses de réalisations innovantes et de publications prestigieuses, des avancées marquantes capables de faire de la France un champion du sujet X ou Y, en 18 mois, départ arrêté ou presque.

Une fois ce travail réalisé (bien souvent avec l'aide dans une urgence absolue des services financiers et juridiques de l'université qui croûlent sous les demandes), le projet est lancé avec inauguration politique en grande pompe et force petits fours. Le démarrage officiel, dans ses aspects les plus terre à terre (qui embauche, sur quel statut, qui loge, qui gère les financements, comment concilier les ZRR et les embauches internationales prestigieuses, comment trouver un vivier de doctorant.e.s, comment aider un chercheur étranger perdu dans la jungle administrative française, etc.), peut prendre jusqu'à 12 ou 18 mois supplémentaires. Au moment du démarrage effectif, les personnes impliquées dans le montage initial peuvent avoir accédé à la retraite, avoir été promues dans un autre établissement, avoir accepté d'autres charges, etc. Une reconfiguration avec les forces disponibles a donc lieu comme première étape.

Pendant ce temps-là, le lecteur attentif aura compris qu'il est passé 2 ou 3 autres trains. Chacun également ultime, menaçant de relégation à perpétuité les universités qui ne sauraient pas se mettre en ordre de bataille pour sauter à bord tant qu'il est encore temps. Adieu donc les promesses grandioses affichées comme réponse au passage du train précédent. L'ensemble des instances et un nombre déraisonnable de collègues seniors s'attèlent à la tâche, toutes affaires cessantes, etc.

Il semblerait parfois que la communauté de recherche ne soit plus capable de s'organiser que pour rédiger des promesses. Mais le temps long de la recherche, nécessaire à produire les contenus qui pourraient ensuite figurer dans la vitrine, est totalement perdu. Cela a des effets parfaitement délétères sur les collectifs humains, sur la production et la transmission de connaissances, et à terme sur la réputation de la recherche française. Il n'est pas rare d'entendre les collègues expliquer qu'ils ont réussi à travailler sur un sujet, non pas grâce à un appel à projets, mais malgré lui. Ce mode de management de la recherche, pourtant si évidemment inefficace et contre-productif, écarte parfois durablement les chercheurs et enseignants-chercheurs de toute activité de pensée critique. Pour les politiques inquiets de la liberté académique, c'est probablement le point le plus positif. Il n'est pourtant pas exclu que seule leur grande méconnaissance du fonctionnement de la recherche soit à blâmer.

Pour les chercheurs et plus encore les enseignants-chercheurs, cela peut conduire au burn-out ou à un cynisme désabusé. Les promesses qu'on a faites au passage du train numéro n n'engagent évidemment à rien, puisque le fait de sauter dans le train n+1 est prioritaire sur le fait de simplement travailler sur les sujets qu'on avait mis en avant pour le train n.

Creusement des inégalités

Le système des appels à projet incessants est profondément toxique, à tous les points de vue. Il est aussi une source supplémentaire d'inégalités, en particulier entre les hommes et les femmes, dans un cercle vicieux implacable. En effet, quand passe le train n, les personnes déjà les plus chargées (dont les femmes) sont plus susceptibles de jeter l'éponge que les autres. Les personnes qui ont encore le temps et l'énergie nécessaires à la course effrénée des réunions et des montages de projets constatent que toutes leurs demandes visant à établir un peu de diversité se heurtent à une réponse de la forme “Je n'ai pas le temps, je suis déjà trop chargé.e”. Parfois elles anticipent cette réaction et décident eux-mêmes de ne pas sur-solliciter leurs collègues déjà chargé.e.s. Quand ces mêmes collègues s'émeuvent de ne figurer nulle part dans les instances décisionnaires des grands programmes lancés en grande pompe, il est alors facile de leur répondre qu'ils ou elles avaient refusé de participer aux étapes de montage. En revanche ils ou elles apparaissent souvent parmi les exécutant.e.s (rôle ingrat puisqu'en général les marges de manoeuvre sur les contours du projet sont très limitées une fois le projet lancé) qu'il a fallu trouver en catastophe une fois le projet réellement lancé, les porteurs des projets du train n ayant déjà lâché leurs engagements pour se ruer sur le train n+1. La situation est même encore pire : ne pas participer à l'assaut du train n signifie aussi pour les plus jeunes collègues manquer d'entraînement le jour où passera le train n+1. Le piège se referme.

Vers une prise de conscience et des actions collectives ?

Tant que les collègues moins chargé.e.s et bien entraîné.e.s accepteront de se plier à l'exercice de ces courses effrénées, et même plusieurs fois d'affilée, cette situation ne pourra que se dégrader. Recevoir l'expression de la profonde compréhension de la part de collègues ayant monté un projet en urgence — parfois même les félicitations — quand on démissionne de ces courses au montage de projets (ou qu'on refuse a priori d'y participer), ne suffit pas. Encore une fois la raison du manque de diversité dans ce fonctionnement de la recherche n'est pas à chercher dans le manque de confiance en elles des personnes qui ne participent pas. Ralentir exige une prise de conscience et une action collectives. Continuer à accepter ce rythme effréné creuse l'écart et condamme les plus chargé.e.s.

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

La théorie du donut

Le concept de donut de Kate Raworth est une image puissante à laquelle confronter ses propres visions du futur.

Le donut illustre la notion de soutenabilité par deux cercles concentriques qui délimitent une zone intermédiaire. Le cercle intérieur représente un plancher minimal qui garantit une vie décente pour toute la population mondiale. Le cercle extérieur représente les limites planétaires : si elles restent en deçà de ce cercle les activités humaines sont soutenables. La zone intermédiaire du donut doit être partagée entre les diverses activités humaines, et les arbitrages sont éminemment politiques. Même s'il est légitime de s'interroger sur la pertinence de la mesure du dépassement des limites, ou sur le choix des limites elles-mêmes, il n'en reste pas moins que l'image est frappante : il faut penser toute activité humaine entre un plancher et un plafond, et donc considérer ce et ceux qui sont à côté de nous, ainsi que ce qui est déjà là et dont nous sommes responsables sans avoir aucun moyen de l'éjecter en dehors de la figure (les communs négatifs de A. Monnin).

S’interroger sur le lien entre impacts environnementaux du numérique et soutenabilité consiste donc à se demander quelle portion de la zone intermédiaire du donut peut être consacrée au numérique, et comment arbitrer le partage de cette zone avec d'autres activités. L'hypothèse qu'il faille réduire la place occupée par le numérique ne peut pas être exclue a priori.

L'image du donut permet ainsi de reconsidérer les discours usuels qui parlent de numérique et d'environnement :

  • Le green-IT consiste à optimiser le fonctionnement du numérique pour réduire les impacts des objets individuels. C'est un espoir de contraction du numérique, mais cet imaginaire se heurte à deux obstacles. D'une part le secteur du numérique est particulièrement prompt à générer des effets rebond, donc les gains sur des objets individuels sont souvent immédiatement effacés par une augmentation des usages. D'autre part il s'agit encore d'un imaginaire tourné vers un futur à l'extérieur du donut, sans tenir compte du plafond et du stock : on parle par exemple de construire un numérique plus durable. Mais cela n'a pas de sens si l'on ne s'interroge pas sur l'état actuel. Même s'il était possible de construire effectivement un numérique “durable”, que faire de tout le numérique déjà là ? On ne peut pas tous les 6 mois faire table rase du passé pour construire un nouveau numérique, fût-il durable. Cette fuite en avant est clairement incompatible avec l'image du donut.
  • Le green-by-IT consiste à réduire les impacts d'un autre secteur d'activités grâce au numérique. Là encore c'est un espoir de contraction, mais qui dédouane en quelque sorte le numérique. Si vraiment on était capable de contracter très significativement les impacts du secteur des transports (par exemple) grâce au numérique, cela autoriserait effectivement une place plus conséquente au numérique dans le donut. Mais ces promesses attendent toujours d'être réalisées. Et cette vision partage le travers de la précédente : il s'agit de construire pour un demain qui s'éloigne au fur et à mesure qu'on avance, sans tenir compte de tout ce qu'on a déjà construit et qu'on abandonne sur la route derrière nous sans plus s'en préoccuper, comme si la route était infinie et le passé oubliable.

Changer de point de vue

Pour penser réellement le numérique dans les limites planétaires, il s'agit de changer de point de vue. Au lieu de s'imaginer quelque part dans le donut, posé sur le plancher et, soit ignorant de sa propre trajectoire inexorable vers le dépassement du plafond (comme le green-IT), soit pensant pouvoir s'étendre “en largeur” grâce à la contraction d'une autre activité (comme le green-by-IT), il faut s'imaginer collé dos au plafond, regardant vers le bas les activités aux impacts croissants qui se rapprochent de nous comme des cumulus en formation, les stocks des générations successives de numérique toujours plus vertes que les précédentes qui s'accumulent au sol et réduisent d'autant plus l'espace disponible comme dans une pièce fermée qui se remplirait d'eau. Il faut s'imaginer écarter les bras et tenter de contenir cette croissance en cherchant quoi contracter ou arrêter, tout en prenant garde à ne pas pousser certaines activités ou populations sous le plancher, et en s'assurant qu'on tire au-dessus du plancher celles qui sont encore en-dessous.

C'est un retournement complet de la perspective qu'on devrait appliquer à toute innovation dans le secteur du numérique ou dans d'autres secteurs technologiques.

Application à la cartographie numérique

Il y a peu je disais sur mastodon :

Je vois passer des tas de messages enthousiastes sur Panoramax, le nouveau commun numérique alternative de StreetView. Et quel que soit mon fond résiduel de technophilie enthousiaste devant toute cette énergie bien coordonnée qui permet d'atteindre le niveau de qualité que google a atteint avec des moyens énormes, j'ai quand même de + en + de réticences devant cette frénésie de cartographier/photographier tout au ¼ de poil. En dehors de l'espace de stockage nécessaire, où cela va-t-il s'arrêter ? Quelle est cette obsession de la précision et de la connaissance des moindres détails d'un lieu, à distance ? Quelle est la limite entre ça et la dinguerie du concept de jumeau numérique total de la terre (avec les gens dessus) défendue par les techno-solutionnistes ++ ?

Un peu plus tard, je demandais :

Mais qui se sert de StreetView ? Et pour quoi faire ? (Vraie question)

J'ai eu de nombreuses et très intéressantes réponses. Mais aucune (sauf une) ne revient vraiment sur ma question initiale : où est la limite ? Je ne doute pas un instant que StreetView, ou mieux encore ses alternatives libres et collaboratives, ait de nombreuses applications. On est en plein dans le green-by-IT pour la plupart, et il y a effectivement des arguments de type green-IT sur les avantages de l'approche collaborative et ouverte (mais sans garantie d'échapper aux effets rebond, peut-être même avec plus de risques). Mais quand on travaille à une cartographie lidar précise à 50cm selon ce document (voir page 18), quand on collabore aux informations d'OpenStreetMap en mode micro-mapping, quelle vision du futur a-t-on ?

Penser les limites de la cartographie numérique, ce serait décider à l'avance qu'une précision de 50cm est déjà largement suffisante. Que même s'il apparaît une technologie révolutionnaire qui permettrait d'établir des cartes au cm près, on ne s'en servira pas. Qu'il n'est peut-être pas absolument indispensable au bien-être de l'humanité de répertorier toutes les boîtes à livres de France et de Navarre, quelqu'intérêt que cela puisse avoir pour les lecteurs boulimiques —– dont je suis d'ailleurs. (J'attends le moment où l'on pourra également inclure leur contenu, grâce à une armée de citoyens allant scanner les codes barres des livres présents. Cela vous paraît moqueur ? je prends les paris... ). Et enfin que l'espoir des archivistes de conserver pour toujours les informations sur le territoire est vain et totalement incompatible avec quelque notion de limite que ce soit dans le stockage d'informations.

Autres aspects liés à la cartographie numérique

Je laisse de côté pour ce billet le rêve implicite d'atteindre la carte du monde à l'échelle 1x1, je renvoie comme toujours à l'indépassable texte à la fois poétique et percutant de Borges : Del Rigor en la Ciencia. Ce rêve de maîtrise totale du territoire, à distance, risque fort de dériver vers un rêve de perception en temps-réel. Il y a pourtant déjà bien assez comme ça de caméras installées dans l'espace public.

Je laisse de côté également les usages de surveillance et de contrôle qui ont toujours été associés au développement des cartes, et la nature politique de ce qu'on inclut ou exclut dans une carte. On m'a signalé l'ouvrage Cartographie radicale. Explorations. de Nephtys Zwer et Philippe Rekacewicz à la Découverte, 2021. C'est dans ma pile à lire.

Je ne commente pas plus les effets pervers de la mise à disposition de cartes précises et mises à jour régulièrement aux individus, (trop) largement. Waze en est un très bon exemple.

Et enfin je m'interroge sur cette frénésie de prévision parfaite qui pousse à repérer les sites et les itinéraires à l'avance dans leurs moindres détails, pour n'avoir aucune surprise sur les lieux ensuite. L'argument de sécurité des itinéraires, en particulier à vélo, est sérieux, mais que dit-il sur notre vision d'un monde où c'est l'individu qui doit se prémunir contre une puissance publique qui laisse l'aménagement du territoire partir à vau-l'eau ? L'argument de gain de temps sur place est évident, mais que dit-il de notre soumission à la grande accélération due au numérique ? L'argument d'accessibilité est plus convaincant, mais que dit-il de notre acceptation résignée de l'individualisme ambiant, qui fait juger totalement utopique des aménagements et une information appropriés sur place ? Enfin, plus trivialement, l'information de localisation des toilettes est certainement utile, mais l'idée que dans une ville inconnue on trouvera des toilettes quand nécessaire grâce à une signalisation appropriée sur place (voire en demandant aux gens) est-elle devenue si utopique que l'on veuille s'assurer de n'en pas manquer à l'avance, grâce à la cartographie numérique ?

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

Edit 1er avril 2024, après le désastre évité de xz – voir par exemple ce post, juste pour qu'on se rende compte à quel point on est dépendants de choses assez compliquées.

A chaque fois qu'on discute blockchain/NFT/web 3/... et maintenant IA avec des informaticiens ou non, j'ai envie d'ajouter un argument qui me vient de mon passé de recherche sur les systèmes critiques. Pour une analyse approfondie de la famille blockchain je conseille comme toujours Promesses et (dés)illusions. Une introduction technocritique aux blockchains de Pablo Rauzy.

Tous les discours techniquement infondés sur ces objets reposent sur un non-dit, un sous-entendu constant, un imaginaire d'infrastructures numériques auto-entretenues, autonomes, immuables pour le reste des temps, et donc par nature plus fiables que les organisations humaines (et moins coûteuses). Cela peut venir de la science-fiction, mais c'est aussi l'expression profonde d'une position politique qui tend à la défiance envers toute organisation humaine. Promouvoir le numérique partout a évidemment des motivations économiques (qu'on pense à la destruction systématique des services publics sous prétexte de “dématérialisation” qui s'accompagne systématiquement de désintermédiation), mais au fond il y a aussi cet élément de défiance. Et pour finir sur ces imaginaires, c'est assez cocasse que des gens qui n'ont que l'innovation à la bouche défendent aussi fermement l'immuabilité prétendue de solutions à base de blockchains.

Je ne discuterai pas plus politique ici. Pour un regard décidément critique et politique voir No Crypto. Comment Bitcoin a envoûté la planète. de Nastasia Hadjadji.

Voilà quelques arguments techniques sur la (non) possibilité de telles infrastructures auto-entretenues immuables. TL;DR : Cela n'existera jamais.

Développement initial, bugs, sécurité

Le premier argument non technique que j'oppose en général aux adeptes du bitcoin comme système bancaire qui permet de s'affranchir des banques, c'est qu'on déplace sa confiance dans les banques et les états vers une confiance aveugle en des développeurs de code que par ailleurs on ne maîtrisera jamais soi-même. Même sans les soupçonner de malversations délibérées, ils feront comme tous les développeurs de tous les temps : des bugs. En particulier des bugs qui se traduisent par des trous de sécurité. Voir à quelle fréquence les systèmes de ce type sont attaqués avec succès : Web3 is going just great de Molly White.

La mode des smart contracts qui se doivent d'être turing-complets (sinon c'est petit joueur) emmène le domaine à de nouvelles altitudes. Dans mon expérience de validation de systèmes critiques, quand un domaine permet des retours en arrière on saute à pieds joints et avec grand soulagement sur cette possibilité. C'est la différence entre un système bancaire (quand ça se plante c'est très ennuyeux et coûteux mais on peut revenir à un état antérieur correct) et un système de contrôle dans une fusée (quand le bug est détecté c'est trop tard. Voir le vol initial de Ariane 5 pour ceux qui s'en souviennent). L'idée de s'attacher sciemment les mains derrière le dos en inventant un système “bancaire” immuable, c'est... disons curieux.

Et la maintenance ?

Mais il ne s'agit pas que de devoir faire confiance aux développeurs initiaux. Le numérique ne fonctionne que parce qu'on le surveille comme le lait sur le feu, alors même que la maintenance est totalement invisibilisée. Sur ce sujet je conseille l'article The care of things (and Gephi) de Mathieu Jacomy ainsi que le livre qui y est commenté : Le soin des choses – Politiques de la maintenance. De Jérôme Denis et David Pontille. Comment les “solutions” à base de blockchains pourraient-elles échapper à cette règle générale sur le besoin de maintenance ? Et qui s'en occupe ?

[Edit 1er avril 2024 ] : quand on pense que la sécurité des échanges sur internet tient à une brindille quelque part, et à tous les aspects sociaux de l'écosystème du logiciel, l'idée de faire confiance “à du logiciel”, plutôt qu'à des êtres humains, apparaît pour ce qu'elle est : une grosse bêtise totalement dénuée de sens.

Durée de vie effective des solutions numériques

Pensez à tous les logiciels qui vous viennent à l'esprit, en cherchant lequel marche quasiment sans intervention, depuis le plus longtemps. Sur quel matériel tourne-t-il ? Quelle est sa durée de vie ? 30, 20, 10, 5, 1 an ?

Comme exemple récent, les grandes envolées sur la science reproductible avec des articles “exécutables”, tout ça basé sur du Python : As of 2024, this project is archived and unmaintained. While is has achieved its mission of demonstrating that unifying computational reproducibility and provenance tracking is doable and useful, it has also demonstrated that Python is not a suitable platform to build on for reproducible research.

Inversement il existe du code qui tourne depuis longtemps (~ 30 ans), mais dans des contextes très critiques (comme des centrales nucléaires). Ce sont des systèmes fermés, conçus à l'origine avec des méthodes très contraignantes et des contraintes matérielles très fortes, sans prétention à l'extensibilité. Leur durée de vie s'accompagne de la nécessité de stocker des pièces “détachées”, c'est-à-dire les processeurs pour lesquels elles avaient été développées et validées. Je mentionnais récemment ces exemples dans une remise en cause de l'extensibilité ici : Revisiting “Good” Software Design Principles To Shape Undone Computer Science Topics.

La simple obsolescence du matériel nécessaire aux “mineurs” de la blockchain suffit à démonter les arguments d'immuabilité.

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

Le temps des enseignants-chercheurs vu sous l'angle de l'ordonnancement temps-réel

Comment passe notre temps ? Nous sommes toujours “sous l'eau cette semaine, mais la semaine prochaine ça ira mieux”. Que faisons-nous toute la journée pour être tellement conscients du temps qui passe trop vite et qui n'est pas rempli des activités que nous aimerions y mettre ?

C'est quoi votre travail ? que faites-vous toute la journée ?

Quand nous enseignants-chercheurs essayons d'expliquer à notre famille, à des amis, à des partenaires des entreprises ou à nos propres étudiants de quoi sont faites nos journées professionnelles, il y a toujours une incompréhension dans l'oeil de l'interlocuteur qui donne envie de proposer vraiment un exercice vis ma vie de....

Un des aspects les plus importants me semble être la variété des activités. On peut dans la même journée pratiquer 4 ou 5 des activités suivantes (et souvent tout l'ensemble en un ou deux mois) : – Faire un cours très technique, pour lequel il faut être concentré sur le sujet, le discours, les réponses aux questions ; – Répondre à des mails d'étudiants – Participer à une formation professionnelle (rare) – Participer à une réunion de lecture, discussion et classement de dossiers de collègues à recruter ou promouvoir ; – Programmer (pour les informaticiens et les membres de certaines autres disciplines) – Passer 1h à faire des mails, chercher une salle, préparer un sondage de dates pour une équipe X dans le contexte enseignement ou recherche ; – Travailler 1h ou 2 devant un tableau avec un doctorant ou quelques collègues ; – Rédiger ou relire une section d'un article ; – Lire des dossiers d'étudiants à recruter, classer, interviewer, ... – Préparer un cours ou un sujet d'examen, corriger des copies et remplir des tableaux de notes ; – Participer à un jury, une réunion pédagogique, une réflexion de refonte de maquettes – Réfléchir, lire, gribouiller des synthèses, et recommencer – Répondre à des mails de sollicitation pour participer à des comités de recrutement ou autre tâche administrative ; – Orienter des étudiants – Assister à un séminaire recherche bien pointu ; – Lutter avec les outils des différentes tutelles du labo pour réserver soi-même un hôtel et un moyen de transport – Préparer une revue de projet ou une réunion de lancement de projet ; – Remplir les tableaux excel de la soumission à un appel à projet ; – Lire son mail, lire son mail, lire son mail, ... et depuis le COVID : vérifier les 2 ou 3 salons de chat auxquels on est abonné – ... j'en oublie sûrement ...

Le deuxième aspect extrêmement important, c'est que l'organisation du temps pour réaliser toutes ces tâches dans les délais impartis nous incombe presqu'entièrement. Personne n'a d'assistant.e pour tenir son agenda, sauf cas de charge lourde genre direction de structure. Dans la liste ci-dessus, seules les heures devant les étudiants sont imposées de l'extérieur et connues relativement longtemps à l'avance. Il s'en déduit des heures de préparation à placer avant, et des heures de correction à placer après (et avant les jurys), mais la manière de gérer son temps est ensuite tout à fait personnelle. Certains placent toutes les activités pénibles le même jour pour avoir l'esprit libre les autres jours, d'autres les dispersent pour les rendre plus supportables par dilution. Certains préparent leur agenda personnel longtemps à l'avance et essaient de s'y tenir, d'autres remplissent les journées selon ce qui vient, en flux tendu. Certains ont une “todo-list” plus ou moins artisanale où ils notent absolument tout pour s'en libérer l'esprit, d'autres se fient à leur mémoire ou ont pris le parti de rater quelques rendez-vous. Certains sont toujours à l'heure, d'autres systématiquement en retard... toutes les stratégies imaginables ont été essayées par quelqu'un quelque part, un jour.

Le dernier aspect du métier, qui est parfois désespérément énervant, c'est que les tâches récurrentes liées à la structure d'une année universitaire, dont on pourrait penser qu'elles sont aussi réglées que du papier à musique, doivent quand même être ordonnancées dynamiquement et dans l'urgence pour cause de manque de personnes qui devraient être chargées de cette planification en amont. Ces tâches sporadiques — au sens de l'ordonnancement temps-réel — qui ne devraient pas l'être s'ajoutent aux tâches réellement sporadiques. Il y en a en effet quelques-unes qui le sont vraiment, par exemple déménager le personnel d'un laboratoire dont le plafond s'est effondré, essayer de faire quelque chose pour un.e étudiant.e ou un.e collègue qui ne va vraiment pas bien, organiser la visite d'un ministre toutes affaires cessantes, se mettre en ordre de marche pour répondre à un appel à projet qu'on ne peut vraiment pas laisser passer. Quoique... ces deux derniers exemples illustrent bien l'agitation perpétuelle du milieu de l'enseignement supérieur et de la recherche, qui semble capable d'une production illimitée de tâches sporadiques variées et inattendues. On en vient même à penser que le bombardement continu de ces tâches sporadiques fait partie intégrante de l'idéologie du management de l'enseignement supérieur et de la recherche.

De l'effet pervers des outils numériques sur l'organisation du temps

Quand j'ai pris mon poste de professeure au début du siècle (littéralement, c'était en septembre 2000), mon emploi du temps du semestre tenait sur un bristol glissé dans mon agenda papier format A6, il était parfaitement régulier pendant les 12 semaines d'un semestre. Et je le connaissais évidemment par coeur dès la première semaine. L'agenda me servait à noter — au stylo non effaçable — les déplacements de 1 à plusieurs jours, et les réunions exceptionnelles. Aujourd'hui sans emploi du temps partagé en ligne et synchronisé avec mon téléphone, j'aurais du mal à savoir le matin en me levant où je dois aller dans la journée, pour rencontrer qui, et sur quel sujet.

La puissance des outils numériques avec synchronisation quasi-instantanée entre participants pousse à remplir les moindres coins “libres” des journées. On se retrouve à faire 5 ou 6 activités vraiment différentes dans la même journée, sans pause. Quand il fallait plusieurs jours pour stabiliser un créneau de réunion, c'était nécessairement assez loin dans le futur, le remplissage de l'emploi du temps de chacun n'était pas parfait, et il restait des “trous”.

Nos employeurs nous proposent régulièrement des formations gérer son temps et ses priorités. En tant qu'enseignante-chercheuse en informatique, familière du domaine des systèmes d'exploitation et des systèmes dits temps-réel, j'interprète évidemment ces questions de gestion du temps et des priorités comme un problème d'ordonnancement temps-réel de tâches de durées variées et aux échéances plus ou moins proches. Le saucissonnage des activités rappelle que travailler en temps trop hâché n'est pas efficace, toute personne ayant un jour regardé le surcoût des changements de contexte entre processus dans un système d'exploitation vous le dira. L'analogie va assez loin : quand vous passez du travail de recherche au tableau avec un étudiant, à une activité bureaucratique et urgente de remplissage de tableau excel, il vous faut en quelque sorte sauvegarder l'état de la discussion, vider vos registres mentaux de ces préoccupations scientifiques, mettre de côté les questions qui restent en suspens, vous mettre dans l'état d'esprit nécessaire à l'activité bureaucratique, et recharger dans votre mémoire les épisodes précédents de la dite activité (ce qui veut souvent dire fouiller ses mails ou ses fichiers sauvegardés pour retrouver la question à laquelle est censé répondre ce nième remplissage de tableau excel). Les schémas toujours présents sur le tableau sont là pour vous aider à revenir plus facilement aux questions de recherche plus tard, raison pour laquelles les tableaux blancs disponibles dans des espaces partagés sont en général décorés de messages “NE PAS EFFACER !!!” plus ou moins colorés et péremptoires, selon l'urgence de l'interruption excelliforme qui nous les a fait abandonner.

J'ai assisté moi-même à une formation de gestion du temps et des priorités. Ce que j'en ai tiré va beaucoup moins loin que le premier chapitre d'un ouvrage de base sur l'ordonnancement temps-réel. On en ressort avec un principe qui mêle l'algorithme EDF, pour Earliest-Deadline-First et quelques bricolages du genre s'il reste des trous, en profiter pour dépiler quelques réponses pas trop longues par mail. Pourtant si dans les algorithmes d'ordonnancement temps-réel on chasse les trous pour augmenter l'occupation utile du “processeur”, dans la vie professionnelle ces “trous” sont en fait indispensables. Mon algorithme personnel consiste à respecter les échéances (j'ai une horreur maladive d'être en retard) tout en ménageant des plages de temps suffisamment longues où je peux réfléchir. La difficulté majeure n'est pas tant de trouver du temps, que de trouver du temps pendant lequel on a l'esprit à peu près libre.

De l'absurdité des outils numériques sur la mesure du temps

L'organisation par projets de nos activités de recherche (et maintenant aussi d'enseignement) s'accompagne du remplissage de feuilles de temps. Qu'est-ce que c'est encore ? Vous voyez l'avocat d'affaire dans les films américains qui tient dans la main un bidule à cliquet pour décompter précisément les minutes à facturer à chaque client ? Eh bien c'est ça, transposé dans le monde de l'enseignement supérieur et de la recherche, sous prétexte que nos financeurs doivent en avoir pour leur argent de manière vérifiable ! Nous sommes donc censés remplir au jour le jour un genre de tableau excel en ligne où chacun note combien de temps il a passé sur un projet. La granularité varie de la journée à la ½ journée. Tout cela est validé par le chef de projet, puis par le directeur de structure. C'est ensuite revếtu de diverses signatures et soigneusement archivé, à ressortir en cas d'audit par le financeur. Il faut que le tableau complet, pour les 3 ou 4 ans du projet, soit conforme au tableau initial du dépôt de projet, au vu duquel on a obtenu le financement. Il faut aussi éviter de déclarer des ½ journées de travail un jour férié ou un jour de vacances, ou un jour où on était en fait en cours. Mais si vous papotez 10mn avec un collègue en le croisant sur le campus entre le bâtiment recherche et le bâtiment enseignement, si vous réglez une question importante en buvant le café, si vous réfléchissez la nuit à un problème de recherche qui vous a occupé.e toute la journée, faut-il immédiatement noter tout cela sur votre feuille de temps ?

Quelques éléments d'appréciation chiffrés

Pour satisfaire les amateurs de chiffres précis, mais sans prétention à l'étude statistique, voilà quelques éléments de ma vie professionnelle, à comparer avec vos pratiques :

  • Entre 15 et 20000 mails professionnels par an (hors spam, bien sûr). Pour 1607h de travail effectif théoriquement. Mais même en prenant une hypothèse basse de 10000 mails pour une hypothèse plus réaliste de temps de travail de 2000h par an, il reste à traiter 5 mails à l'heure. 1 mail toutes les 12mn si l'on ne fait que ça. Comment cela est-il même possible ? Simplement en laissant filer certains messages sans réaction. Il faut reconnaître que, plus on avance en carrière, et plus c'est facile. La quantité de messages par lesquels quelqu'un sollicite notre attention — et donc reviendra à la charge si c'est vraiment important — excède la quantité de messages auxquels on doit absolument répondre.

  • Environ 4 sondages evento (la version pro de doodle) ouverts en permanence avec des groupes de taille variable, de contextes différents, et qui se chevauchent évidemment. Plus quelques autres planifications de réunions en cours, avec des collègues qui fonctionnent plutôt par mail pour ça. Il arrive un moment où l'on passe plus de temps à ordonnancer nos activités qu'à travailler vraiment. Tout chercheur du domaine de l'ordonnancement temps-réel sait que c'est parfaitement idiot. Là encore, quand doodle est arrivé en 2006, toute personne sensée qui planifiait des réunions en cochant des cases sur un papier d'après les réponses de ses collègues à une proposition de réunion envoyée par mail (en essayant de ne pas se tromper entre les collègues qui donnent leurs disponibilités, ceux qui donnent leurs indisponibilités, et ceux qui hésitent encore), s'est réjouie de l'ergonomie de l'outil. Quel temps gagné, n'est-ce pas ? La réjouissance n'aura pas duré bien longtemps. Il semblerait que le temps ainsi gagné ait été entièrement “consommé”, ou reperdu, par la prolifération des sondages de dates. Effet rebond, quand tu nous tiens... Et comme il devenait difficile de ne pas promettre sa présence à deux endroits en même temps, les outils se sont adaptés pour montrer les conflits. Le choix “peut-être” est apparu en plus de “oui” et “non”, pour représenter des contraintes “molles” et indiquer qu'on veut bien subir un peu de pression pour se rendre disponible si c'est vraiment le seul choix possible. Sans ces contraintes molles, pas de comité de sélection. Quelle personne un tant soi peu impliquée dans l'organisation des activités de son équipe/labo/contexte d'enseignement pourrait aujourd'hui se passer de ces outils de planification en ligne ?

Stratégies de réappropriation du temps

Alors que se passe-t-il dans notre métier ? Si tout ne s'est pas encore effondré, c'est que chacun met en place, avec plus ou moins de succès selon la liberté qu'il a au stade de sa carrière, des stratégies personnelles de réappropriation du temps. C'est parfois inconscient. Essayez de demander à vos collègues proches comment ils construisent l'emploi du temps du mois suivant.

Déconnexion partielle

La première action, relativement simple, consiste à supprimer toutes les notifications (de mails entrants, de messages dans les salons de chat, de réunions à venir, ...). Personnellement j'ai même pris le parti de fermer complètement la fenêtre du mail quand je veux vraiment me consacrer à une activité. J'emporte de moins en moins souvent mon ordinateur portable dans les réunions, je prends des notes dans un carnet. Cela supprime efficacement certains symptômes.

Planifier des blocs inviolables

Une autre stratégie consiste à remplir son agenda d'un nombre raisonnable de blocs inviolables par semaine. Par exemple 4 fois 2h. Et on n'y touche plus, quoi qu'il arrive (à part le déménagement à cause du plafond qui s'effondre). Parfois le reste de la semaine est plein à craquer et ces blocs inviolables se retrouvent n'être que des temps de respiration. Mais parfois la stratégie a permis de refuser un remplissage excessif, et ces trous sont effectivement des temps de réflexion.

De l'espace comme ralentisseur naturel

Avant le COVID je rouspétais un peu d'avoir cours le matin ici, et l'après-midi ailleurs, à 30mn de vélo ou de tram. Pendant le COVID je rêvais de ces trajets à vélo, le nez au vent, l'esprit qui vagabonde. Et maintenant je les recherche délibérément, comme tampons entre activités différentes. L'efficacité terrible des changements de réunions en 2 clics, collés à nos écrans toute la journée, nous a quand même un peu vaccinés contre les journées totalement pleines. J'ai développé une stratégie d'ordonnancement qui accorde de la valeur aux “trous” mentionnés plus haut.

De la rencontre “en vrai” comme mesure de la quantité de travail faisable en groupes

J'ai déjà avancé l'idée plusieurs fois qu'on devrait essayer une solution radicale : plus de mails, mais une réunion physique de 2h tous les 15 jours, vissée en dur dans l'agenda pour toute la durée de l'activité, en commun avec toutes les personnes concernées par un sujet. On se voit, on traite tout ce qui peut être traité dans ce temps, et pas plus. Bien sûr chacun d'entre nous appartient à plusieurs groupes qui devraient travailler comme ça, et chacun a un ordre de priorités tout à fait personnel entre les différents groupes dans lesquels il est engagé. Mais c'est justement l'intérêt de la proposition : la possibilité de réserver des créneaux fixes pour toutes ces activités est une juste mesure de la quantité d'activités diverses dans lesquels il est raisonnable de s'engager, et la durée des créneaux est une mesure de la quantité de travail qu'on peut espérer.

Prétendre qu'une organisation plus flexible ou agile est meilleure, c'est croire qu'on fera mieux ou plus en devant ajouter à tout ce travail qu'on a promis la tâche d'ordonnancement dynamique. Et finir par passer un temps déraisonnable à cette tâche d'ordonnancement, en étant frustré de faire mal tout le reste du travail.

Il est (toujours) urgent de ralentir

Mais lutter vraiment contre l'atomisation du temps qui épuise, nous rend parfois quasiment bête et en tout cas très inefficace, exige d'aller plus loin. Il nous faut prendre conscience de l'effet grisant de ces journées pleines à craquer où on a le sentiment d'être superman ou superwoman sans s'avouer que c'est épuisant, où chaque mail d'invitation (même si c'est à un comité théodule où l'on sait qu'on passera beaucoup de temps) sonne comme une reconnaissance de sa position dans le système, où l'on est trop tentés par des sollicitations de travail en commun sur un cours ou un sujet de recherche pour refuser alors que la barque est déjà trop pleine. Il nous faut admettre que la fuite en avant perpétuelle vers de nouveaux projets à construire nous attire parfois plus que le fait de simplement faire le travail promis dans le montage de projet précédent.

Encore une fois, le diagnostic est le même : il est urgent de ralentir.

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

Sur le niveau d'absurdité stratosphérique des dossiers à remplir pour obtenir des financements qui sont indispensables pour simplement faire le travail pour lequel on a été recruté.e dans l'enseignement supérieur. #resistESR

On lit dans un récent appel à projet de l'ANR (sous-titre : “au service de la science”) les paragraphes suivants (tout petits extraits des 35 pages de dépôt, contenant des consignes de remplissage des formulaires) :

Outline of Research Project
In Form 2-1, Provide an overall description of the research proposal in two or less A4-size sheets (no exceptions). Use 10.5 point or larger font size (If these instructions are not followed, the research proposal might not be accepted). Unlike Form 3-1 (project description), it is not allowed to cite numbers of papers that are shown in the list of achievements (Form 2-2, Form 6, and Form 7).

ou encore des “conseils” pour la présentation d'une liste de publications :

List of principal research papers(within 10 papers)(...) select a maximum of 10 principal research papers by the research project applicant (the Research Director) and list them here (Use the same description and format as from XX Form 6, Item 1)
- Make entries retrospectively from the present to the past years of publication.
- Sequentially number each item with a number at the beginning of each title.

Zut alors, moi qui mettais mes publications en vrac et avec des numéros au milieu des titres ! si j'avais su... Et si l'on veut jouer à la définition stricte des textes acceptables, alors la deuxième ligne (Numéroter séquentiellement chaque article ...) me fait un peu penser à “quelle différence y a-t-il entre un pigeon ?”, ou “mettre un tiret entre chaque nom”).

Et enfin des précisions sur les dates pour lesquelles on demande des prévisions de résultats :

2.Target of proposed research project
(1) Target to be achieved in the middle of the research period (within 60 words)
Describe briefly (within 60 words) the research target in the middle of the proposed research period (for 5.5 years of entire research period, at the time of 3 years later from the start of the project).

Vous imaginez le gestionnaire des programmes de recherche qui s'est levé un jour avec enthousiasme pour aller pondre ces règles détaillées dans lesquelles on estime nécessaire de préciser où se trouve le milieu d'un projet de 5 ans et demi ? Et je vous laisse apprécier le glissement entre le titre Target of proposed research project (ça va encore, en général on sait un peu ce qu'on veut essayer de faire), et immédiatement dessous Target to be achieved in the middle of the research period. Comme d'habitude : si on le savait on l'aurait déjà fait. Et si on ne le sait pas, c'est parce qu'il s'agit de recherche. En s'en tenant aux stricts aléas sur le fond scientifique de la question, personne n'a jamais su dire où il en serait, à 3 mois près, l'année suivante. Alors si en plus on prend en compte les aléas dus à la gestion du projet, ce formulaire nous demande juste d'inventer purement et simplement un planning de résultats.

Enfin il faut bien se rappeler que cela s'adresse à des gens qui ont fait de longues études, et à qui on va distribuer de l'argent pour censément les inciter à faire preuve d'imagination et à faire avancer la science. Quoi que l'on pense de cet objectif, des critères qui devraient présider au choix des sujets de recherche financés ou non, n'y aurait-il pas comme une petite incohérence à préciser au quart de poil les règles de remplissage de dossier, alors qu'on attend de l'imagination, de la liberté de pensée, la capacité à sortir de la routine ? Tout ça pour pouvoir innover et faire des breakthroughs à tour de bras, breakthroughs qui décoreront ensuite très joliment la vitrine de l'université dans sa course aux classements internationaux ? Je n'ose imaginer (ce serait vraiment trop horrible) que c'est parce qu'en fait il ne faut surtout pas sortir de la routine et faire preuve de liberté de pensée.

Tout cela peut paraître naïf et anecdotique, les effets du néomanagement sur la recherche en particulier ayant déjà été très bien étudiés. Cela peut également paraître dérisoire au vu des problèmes globaux, ou de l'état de la France en 2023. Certes.

Mais il semblerait que nos institutions proches ne mesurent toujours pas le mal que ce management débile de la recherche fait aux jeunes chercheurs. Et même aux plus vieux qui maintenant partent en courant avant d'ouvrir le moindre fichier excel. Il ne s'agit plus seulement de “faire avec”, en inventant rapidement de quoi remplir les formulaires de manière vaguement cohérente. Nous sommes nombreux parmi les “vieux” de l'ESR à l'avoir fait, dans notre rôle de parapluie pour les plus jeunes. Je me souviens d'en avoir même plaisanté, en échangeant avec des collègues les astuces de fabrication rapide (voire automatique, puisqu'on est informaticiens) de plannings de résultats cohérents. Mais il y a des limites à la distanciation qu'on peut prendre face à de telles injonctions. L'absurdité atteint de tels sommets qu'il s'agit maintenant de dire simplement stop!

Il est urgent de ralentir à l'université pour plusieurs raisons. Faire la grève des appels à projet me paraît un bon moyen de ralentir tout en préservant sa santé mentale. Il semble de plus en plus évident que le peu qu'on peut encore faire avec les moyens qui restent est 100 fois plus intéressant, motivant et inventif, que ce que l'on aurait fait une fois s'être contorsionné pour entrer dans le carcan des appels à projet avec leur planning de résultats et leurs évaluations par indicateurs.

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

L'université et le changement climatique (texte écrit en juillet 2020, retouché fin août 2020, et plus depuis.)

En plein examen de la LPPR[^1] à l'Assemblée Nationale (merci aux collègues qui supportent le spectacle désolant de cette mascarade pour nous en faire des résumés déjà bien assez déprimants comme ça), le texte qui suit paraîtra peut-être un peu lunaire. Pourtant réfléchir au rôle et à l'avenir de l'université est parfaitement d'actualité au regard des déréglements climatiques et des bouleversements à venir.

Force est de constater que, en ce qui concerne les défis du changement climatique comme sur beaucoup d'autres aspects déjà évoqués par ailleurs, il est difficile d'imaginer une vision de l'université qui soit plus à côté de la plaque que la vision starifiée et précarisée promue par la LPPR. Réfléchir, comprendre et transmettre semble tout simplement devenu ringard.

Nous sommes nombreux, dans le monde universitaire, à être tiraillés en permanence entre deux idées apparemment contradictoires : d'une part le sentiment d'urgence climatique et l'idée que les mesures à prendre pour y faire face ne viennent pas assez vite dans nos environnements de travail, d'autre part le constat que notre métier est devenu complètement fou en s'accélérant au-delà du raisonnable. Nous passons beaucoup de notre temps à faire beaucoup de choses (mal) dans des délais intenables, et avec de moins en moins de moyens, surtout humains. Il s'ajoute à cela une dérive générale vers le management par “indicateurs”. Nous en arrivons parfois à un point caricatural où nous passons un temps considérable à imaginer comment sera mesuré l'impact de travaux pas encore commencés (et que nous savons à l'avance impossibles à réaliser correctement dans le temps imparti). Parmi les chercheurs et enseignants-chercheurs la démarche “slow-science” plait de plus en plus, conduisant à l'idée de sélectionner ce que nous pouvons encore espérer faire bien, avec les moyens à notre disposition, et pas plus. C'est difficile, mais l'alternative est d'y laisser notre santé ou de devenir cynique, ou les deux, et de toutes façons sans avoir pu exercer notre métier de réflexion.

De nombreuses universités dans le monde ont compris que l'urgence climatique devait figurer en bonne place dans leur stratégie, ne serait-ce que pour des questions d'image et d'attractivité vis-à-vis des étudiants. Elles déclarent l'état d'urgence climatique, se retirent de grands projets technologiques jugés inutiles ou néfastes, mettent en place des incitations à limiter les déplacements en avion, réalisent leur bilan de gaz à effet de serre, voire affichent des objectifs de neutralité carbone sur des périmètres variables et parfois avec des échéances aussi proches que 2030. Même si la notion de neutralité carbone n'a pas beaucoup de sens à l'échelle d'une organisation, c'est un signe que les universités commencent à prendre au sérieux les résultats des recherches qui sont faites en leur sein sur le climat.

Dans tous ces plans stratégiques il manque toutefois un objectif absolument essentiel : ralentir et réduire la voilure. Je suis convaincue qu'il est impossible d'atteindre la neutralité carbone, quels qu'en soient le périmètre et l'horizon temporel, sans remettre en cause profondément le fonctionnement actuel de l'université, et en particulier la course folle aux classements, aux financements, etc. L'objectif principal devrait être de ralentir, de faire moins mais mieux, de retrouver le temps de la réflexion, de faire les choses avant d'en inventer les instruments de mesure. Pour préparer l'université de 2030 il nous faut réfléchir à ce que nous voulons et pouvons conserver de notre fonctionnement actuel, tant il est évident que nous ne pourrons pas tout conserver. Il nous faut remettre en cause le globe-trottisme effréné, le pilotage à court terme, les objectifs même de la recherche parfois...

Toutes nos structures académiques sont prises dans ces courses folles dont il est très difficile de s'extraire. Si les objectifs stratégiques liés à l'urgence climatique continuent à s'inscrire dans le fonctionnement actuel des universités, en se coulant dans le moule des appels à projet avec dossiers de 20 pages, livrables à court terme et évaluation par indicateurs, si l'urgence climatique nous conduit à ajouter de nouvelles courses à celles dans lesquelles nous sommes déjà engagés collectivement, alors tout cela est voué à l'échec. Définir dans l'urgence des axes stratégiques liés à l'urgence climatique est en soi un symptôme que l'on ne s'attaque pas aux bons problèmes.

Pour résumer ce qui précède : il est urgent de ralentir, à l'université comme ailleurs. C'est une idée paradoxale. En termes d'urgences liées à notre environnement, nous sommes sans doute tous un peu déformés par l'imaginaire des films catastrophe. Quand l'urgence prend la forme d'une comète qui va percuter la terre dans deux ans, nous nous laissons prendre par le scénario qui montre tous les scientifiques du monde se mettant à travailler vingt heures par jour, en collaboration parfaite et immédiatement dans la bonne direction, pour trouver une solution technologique. Trois minutes avant l'impact la comète est détruite dans un grand feu d'artifice et le monde est sauvé. Cet imaginaire du chercheur qui en cas d'urgence se transforme en acteur à impact immédiat, qui ne se trompe jamais de direction, c'est très tentant, mais peu réaliste. Pour l'urgence environnementale ça ne va malheureusement pas se passer comme ça.

En tant qu'universitaire grenobloise, ayant repris ce texte dans la fournaise de mi-août, je ne peux m'empêcher de penser que lorsqu'il fera 50 degrés à Grenoble en été, il deviendra difficile de se passionner pour le classement de Shanghaï, et qu'avoir passé du temps à définir des indicateurs de verdissement nous paraîtra bien dérisoire. Cet été 2020 est aussi venu après deux mois de confinement total puis deux mois de retour partiel et difficile au rythme d'avant COVID. Les personnels sont épuisés, et cela seul devrait nous faire réfléchir aux illusions de continuité, pédagogique en particulier. Comment croire que nous pourrons maintenir l'activité actuelle des universités dans un environnement bouleversé, ou ne serait-ce que cette année 2020-2021 en cas de nouvelle vague de COVID ? La LPPR qui nous est imposée à marche forcée, en mode TINA, est un bon résumé de tout ce qu'il ne faut pas faire, pour l'université, mais également bien au-delà.

Nous rêvons d'une université qui se poserait en précurseur en proposant, sinon de freiner brutalement toute l'activité, du moins de ménager un espace pour les personnels qui veulent ralentir et réfléchir à ce que nous pouvons et voulons préserver de notre activité. Si la course folle du monde académique est telle que nos grandes universités pluri-disciplinaires construites au prix de tant d'efforts ne peuvent pas se permettre d'accueillir en leur sein la réflexion sur un autre monde possible, si même à l'université on ne peut pas se permettre de freiner la course et de retrouver le temps de la réflexion, alors où cela pourrait-il avoir lieu ?

[^1]: Loi du 24 décembre 2020 de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l’enseignement supérieur

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

Il y a bientôt 3 ans j'écrivais le billet De la paperasse à la numérasse

A la réflexion, je n'y change pas un mot :–)

J'ai l'honneur de figurer dans le magnifique ouvrage Le dico des mots extraordinaires et maintenant aussi dans le dictionnaire amoureux et néanmoins critique de l'université à la lettre B pour “Billet doux”.

Egalement dans quelques articles, comme :

Et aussi dans quelques pompages sans citation et sans vergogne :

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

C'est l'histoire d'un village autrefois prospère, alimenté en eau par une source de petit débit mais toujours fiable. Cela se savait jusque dans les contrées au-delà des montagnes et des océans, des jeunes gens en venaient pour s'installer et remplacer les anciens quand ceux-ci prenaient un repos bien mérité. Petit à petit le climat a changé, la source s'est réduite à un filet d'eau. Il y a maintenant de longues périodes de sécheresse sur une vaste zone, les villageois sont au bord de mourir de soif, les jeunes ne veulent plus rester au village et les anciens ne sont plus assez nombreux pour cultiver toutes leurs terres. Or les colporteurs leur ont narré la légende du Dieu AhAhPé, venue de par-delà les montagnes et les océans, et peu à peu ils ont adopté ses coutumes et préparent avec énergie et ferveur la procession dans les rues du village. Le jour dit, à l'heure Dèdelaïne mentionnée dans les grimoires, ils défilent en psalmodiant les versets d'excellence et en portant la statue d'Heuhère Cé, fille aînée du Dieu AhAhPé et connue pour ses bienfaits en matière liquide.

Quelque temps plus tard après un roulement de tonnerre l'eau tombe d'un coup en trombes, toute au même endroit dans le potager d'une villageoise. Elle invite le village qui s'y rassemble et danse sous la pluie bienfaisante en criant de joie, toutes affaires cessantes. Et puis il faut bien retourner aux occupations en cours, nourrir les bêtes et recueillir lentement et avec délicatesse les fruits cultivés depuis longtemps. Mais les villageois se rendent compte, désemparés, qu'il est impossible de ne pas perdre toute cette eau, il n'y a pas de seaux pour la stocker durablement, seulement des passoires à trous fins qui laissent l'eau s'enfuir. Il faut lui trouver un usage tout de suite. Mais il y a une limite à la quantité d'eau qu'on peut boire, même à tout un village. Le conseil des anciens se réunit et décide en urgence d'inviter des amis et des inconnus venus de pays où il ne pleut pas pour boire avec les villageois, à toute allure. Il se perd quand même une certaine quantité d'eau que les villageois regardent tristement filer dans la rivière, hors d'atteinte. Et puis ils se rendent compte qu'ils ont délaissé leurs autres occupations pour s'occuper de cette eau miraculeuse, il y a des choses qui ne marchent plus très bien dans le village, certains fruits amoureusement cultivés se sont gâtés. Ils se disent qu'on ne ne les y reprendra plus. Mais quand ils recommencent à sentir la soif ils se remettent à implorer le Dieu AhAhPé de bien vouloir faire pleuvoir par chez eux.

Et tout ceci est bien sûr agravé par le changement climatique.

@flomaraninchi@pouet.chapril.org

A propos des algorithmes qu'on a dans la tête

On lit beaucoup sur mastodon que l'absence d'algorithme (à part le tri par ordre chronologique) permet d'éviter toutes sortes de défauts observés dans la mise en avant de contenus au détriment d'autres, comme cela se passait sur l'autre plateforme.

Encore faudrait-il être sûrs qu'on ne reproduit pas inconsciemment le fonctionnement ou au moins l'effet des dits algorithmes. On est aidés en cela par l'absence d'informations détaillées ou facilement accessibles sur qui suit qui, combien de likes et de re-pouets un message a déjà eus, etc. Mais on n'est pas totalement à l'abri de tous les effets d'amplification. Depuis environ 9 mois, date de la création de mon compte mastodon non anonyme @flomaraninchi@pouet.chapril.org, j'essaie de réfléchir à l'algorithme que j'ai dans la tête pour reconstruire mon réseau[^1]. Comme ce sont des réflexions un peu décousues pour le moment, voici un essai de résumé.

Prenons un exemple : un mastodonien X (je le mets au masculin par vraissemblance statistique) a 20k abonnés, auxquels je n'appartient pas. Mais je suis abonnée à Y1, Y2, ..., Yn qui eux ou elles sont abonné-e-s à X. X fait un message m intéressant, ou au moins pile dans les sujets du jour, bref un message qui attire l'attention. Un certain nombre des Y1, ..., Yn relaient ce message m. Je le vois donc passer plusieurs fois. Est-ce que je me dis “X a dit m, il a l'air intéressant, je vais m'abonner” ? Ou bien au contraire, en constatant que de toute façon je ne “rate” pas les messages populaires de X, je décide que je n'ai pas besoin de m'abonner ? Eh bien c'est là que je regarde combien d'abonnés X a déjà, pour m'en servir d'anti-critère. Si je constate qu'il a déjà de très nombreux abonnés, je me dis que c'est bien suffisant. Si au contraire il a quelques centaines d'abonnés ou carrément moins, je me dis que je suis tombée pile au moment où son message a été relayé, que c'est un peu le hasard, et que je vais me donner une chance de le lire directement. Donc je m'abonne (sauf s'il n'y a aucune info sur le compte, auquel cas je passe mon chemin).

J'essaie donc depuis le début d'aplatir en quelque sorte la structure du graphe dans lequel je me trouve, pour éviter d'être trop près des hubs qui cachent le reste. Je m'abonne presque systématiquement aux petits comptes qui viennent de naître et qui ont fait l'effort d'un ou deux pouets de présentation. En revanche les pouets du genre : “OMG, @trucmuche est là, suivez-le !”, et quand on va voir le profil de Trucmuche il y a très peu d'information et déjà 10k abonnés, comment dire... c'est un peu un repoussoir.

Ce matin, j'ai répondu à @marie_peltier@mastodon.social (qui s'inquiétait, à juste titre je crois) du risque de “reproduire l’horrible proportion twiterienne (3 hommes pour une femme)“[^2].

J'ai dit : Personnellement j'applique une règle simple pour choisir à qui je m'abonne ici, par exemple quand je vois passer une liste de journalistes nouvellement arrivés : je m'abonne aux femmes seulement. Je fais le pari que je verrai les contenus les plus intéressants des hommes de toute façon, relayés par qq'un d'autre. C'est une expérience de rééquilibrage.

Je prends volontiers le “risque” de m'enfermer dans une bulle féminine et féministe. Ce serait peut-être reposant, à l'abri des diverses formes de pénisplication[^3] ! Mais je crois que dans le monde tel qu'il est, de toute façon on ne risque pas de passer à côté de ce que disent les hommes. Les efforts à faire sont dans le sens inverse : donnons de la visibilité aux femmes (et à toutes les minorités). Et essayons collectivement de construire un graphe plus “plat”.

Récemment je me suis abonnée à : quelques bibliothécaires, une ou deux femmes en politique, des femmes journalistes, des femmes scientifiques, quelques Grenoblois-e-s, un raton laveur, des écrivains mexicains, des coopératives diverses, un gardien de parc au Yellowstone qui poste de spendides photos d'animaux, plusieurs photographes qui participent au #BridgesOfMastodon, ...

[ Edité le 26/12/2022 : je regarde ce que me donne l'outil followgraph et ça me conforte dans mon “algorithme” ci-dessus : – Au début j'ai des gens à quelques milliers d'abonnés, et déjà suivis par une centaine de mes contacts. Donc ça ne sert vraiment à rien que je m'abonne. – A la fin de la liste il y a des comptes encore gros, et une trop grande proportion d'hommes et d'informaticiens (ou journalistes tech...). Donc des gens dont on ne risque pas de rater les messages. ]

[ Edité le 30/12/2022 : il y a une autre caractéristique très importante de mon algorithme personnel, que j'appliquais déjà sur cuicui : ne pas m'abonner, ou alors seulement après très mure réflexion, à un compte qui a par exemple 1000 abonnés et 20 abonnements. Ce que je cherche ici, c'est la variété des contenus et des voix, et quelqu'un qui n'a que 20 abonnements n'a pas grand chose à relayer à part sa parole personnelle. Encore une fois, s'il a 1000 abonnés, je ne risque pas de rater cette parole, à supposer qu'elle vaille la peine qu'on s'y attarde plus que sur une autre. ]

[^1]: Je suis sûre que les chercheurs et chercheuses dans ce domaine ont des cadres théoriques pour réfléchir à ce sujet. Si vous en faites partie et passez par ici, je veux bien des pointeurs sur des choses à lire. [^2]: Cf. le message d'origine. [^3]: Merci aux Québécois pour cette magnifique francisation du Mansplaining

@flomaraninchi@pouet.chapril.org