Le long du fleuve

Récit d'une tieffeline dans Baldur's Gate 3.


Première image du journal, sur trois. Le journal est posé sur une couverture, éclairé par une lumière chaude, l'ombre d'un bras traverse le cahier. Deuxième image. Dernière image.

J'ai passé une nuit très étrange, rêvant qu'un gobelin me tranchait le ventre, mais à la place du sang c'était du vin qui se déversait. J'en étais couverte. Il était magique car il me protégeait du feu, alors je me suis mise à courir en cherchant Karlach pour pouvoir l'étreindre avant de mourir, mais je ne la trouvais pas parmi les corps. Oh non, Karlach ! Je devais absolument m'excuser pour mon comportement. J'ai fait un autre rêve, où j'étais dans un autre plan, sur un roc en suspension dans le vide, et un homme se tenait face à moi. Il m'a dit que c'était lui qui m'avait sauvée de la chute du vaisseau et du contrôle de la larve, qu'une guerre avait lieu dont l'issue se répercuterait dans tous les plans, puis que je devais apprendre à utiliser les pouvoirs de la larve.

J'ai ouvert un œil, le deuxième était collé. Les rayons du soleil me perçaient le crâne. J'ai cru voir une fumée noire dans le ciel. J'ai poussé le sol pour m'assoir, ma tête refusait de tenir droite. Astarion était assis en tailleur un peu plus loin. “La déesse de la débauche et du vin nous fait l'honneur d'une apparition !” “Hmmm.” “Tu avais plus de répartie hier soir ma chérie.” “Hmmm.” J'ai regardé autour de moi. “Mnndéparfi ?” Astarion m'a dévisagée en levant un sourcil, j'ai baillé et éclairci ma gorge. “Tout le monde est parti ?” “Bien sûr ! Tes congénères infernaux ont repris leur route, et notre joyeuse bande d'excentriques s'est rendue au bosquet pour rencontrer Halsin.” “Et toi ?” “La diplomatie avec les sauvageons ne fait pas partie de mes intérêts. Oh, j'en aurais bien profité pour m'éclipser, mais j'ai été encouragé à attendre que tu daignes émerger de ta stase.” “Hein ?” “Karlach a juré de me couper en deux s'il t'arrivait quelque chose.” “Désolée d'être un fardeau !” “Ne t'excuse pas pour ça voyons, depuis que nous faisons équipe tu as su rendre chaque combat plus amusant que le précédent.” J'ai tourné la tête pour tenter de l'ignorer. “Oh allez, où est passé ton répondant ? Ce n'est pas drôle si tu me laisses faire.” “Fiche-moi la paix.” “C'est de bonne guerre pourtant, tu n'as pas été tendre hier.” “Je te rappelle que tu as mis une dague sous ma gorge quand on s'est rencontrés.” “C'était de la légitime défense.” “On avait accepté de t'aider !” “C'est... Oublie ça.” “Mais non, dis-moi, explique-toi ! Tu crois que tout t'est dû ? Tu crois vraiment que je n'ai pas déjà eu à faire à des bourgeois dans ton genre, qui se servent des autres comme bon leur semble ?” Il s'est levé brusquement, son visage n'exprimait plus la moindre désinvolture. C'était... De la douleur ? “J'ai rempli ma mission, maintenant que tu es réveillée je suis libre à nouveau.” Il a glissé ses dagues à sa ceinture et a quitté le camp.

Je suis restée interdite quelques minutes, puis j'ai péniblement réussi à me traîner jusqu'au fleuve pour m'y laver. Ma céphalée se calmait à mesure que j'entrais dans l'eau froide. En me séchant, je me suis inspectée : j'avais maintenant deux cicatrices bien visibles, une vilaine croix à côté du nombril, et un grand trait qui traversait ma cuisse. Je revoyais mon sang couler sur la lame ébréchée. J'ai secoué la tête. Peut-être que je m'en sortirais mieux si je m'investissais davantage dans les entrainements à la rapière. Mais d'abord, un thé. J'ai tenté de raviver les petites braises sous la bouilloire, puis j'ai relu mes écrits d'hier soir en sirotant mon infusion froide, et en essayant vainement d'ignorer la honte qui grandissait alors que les souvenirs revenaient. Je devais aussi des excuses à Wyll, je n'avais pas réalisé la gravité de ce qu'il m'avait annoncé. Wyll est le fils unique de l'archiduc Gardecorbeau, l'un des personnages les plus influents de la Porte, et celui-ci a été enlevé par les cultistes de l'Absolue. Que peut bien lui vouloir ce maudit culte ? Quel est le lien avec les flagelleurs mentaux et nos larves ? Quelle relation a Wyll avec son père ? Je réfléchissais à ces questions en pratiquant mes estocs sur un mannequin de paille.

“Votre pied gauche est trop avancé, vous tomberiez au moindre coup.” Surprise, je me suis retournée en me mettant en garde. Lae'zel, bras croisés, a levé les yeux au ciel et m'a projetée à terre d'un coup d'épaule. “J'espère que le reste de votre tribu s'en sort mieux au combat.” “Ma... Tribu ?” ai-je demandé en me dépoussiérant, vexée. “Votre meute. J'ignore comment qualifier un groupe de votre espèce.” “Groupe, c'est bien.” “Vous devez me suivre à la crèche si vous voulez survivre. Appelez les autres.” “Je ne peux pas les invoquer comme ça, nous devons attendre leur retour. Mais, que fais-tu là ? Je croyais que tu y étais déjà partie ?” Elle a froncé les sourcils. Son regard à la fois carnassier et sincère me déstabilisait, j'ai baissé les yeux. J'ai alors vu que ses bras étaient parcourus de veines noires. “J'ai commencé à subir les premiers effets de la sélémorphose avant d'atteindre la crèche. Cette nuit, une apparition m'a indiqué que je devais vous retrouver afin d'arrêter le processus. J'ignore par quel prodige vous détenez ce pouvoir, mais il semble qu'elle disait vrai.” “Oh... J'ai eu une apparition similaire cette nuit. Elle disait qu'elle me protégeait, mais que je devais apprendre à utiliser les pouvoirs de la larve.” “Chk. J'espère que ce n'est pas un piège des ghaiks.” “Tu penses que ce sont les larves qui nous ont donné ces rêves ?” “C'est une possibilité. Mais je ne comprends pas pourquoi elles empêcheraient le processus. Nous devons nous rendre à la crèche pour trouver des réponses.”

Halsin accompagnait la tribu de retour au camp. Ombrecœur a pesté en pointant Lae'zel : “Qu'est-ce qu'elle fait là ?” J'ai expliqué sa situation, Ombre était déconcertée. “Alors vous aussi vous avez fait ce rêve ? On en parlait ce matin, pendant que tu roupillais.” “Ce sont donc bien les larves ?” “Aucune idée, mais c'est probable.” Gayle réfléchissait : “Maints ouvrages détaillent le processus de sélémorphose, mais aucun ne mentionne de rêve partagé. Ces vers sont pour le moins atypiques.” “En effet,” a ajouté Halsin, “j'ai examiné certains d'entre vous. Il y a une magie à l'œuvre dont j'ignore tout. Il serait trop dangereux de tenter une extraction, la procédure pourrait vous tuer.” Lae'zel s'est avancée. “Alors vous devez vous joindre à moi. Toute crèche githyanki possède un Zaith'isk. Par le commandement de notre Vlaakith, tout individu infecté peut prétendre à la purification. Je me porterai garante pour vous.” “Hélas, je connais mal votre peuple, mais j'ai bien peur que cette opération n'ait de conclusion plus favorable.” “Oui, vous avez raison. Vous connaissez mal mon peuple.”

Selon Halsin, les cultistes ont emmené l'archiduc aux Tours de Hautelune, et nous y décrouvrirons certainement l'origine de cette histoire d'Absolue, ainsi que ce qui nous lie à cette entité soi-disant divine. La région a été maudite par un fervent de Shar, Ketheric Thorm, lorsque les druides ont mis fin à son joug il y a un siècle, et elle est depuis plongée dans un voile d'ombre mortel. Je n'ai pas entendu le reste, le croassement d'un corbeau m'a fait sursauter. On aurait dit le cri du gobelin qui m'a attaquée hier. Je revoyais son visage qui changeait sous mes coups. Combien de fois l'ai-je frappé ? Je ne m'en souvenais pas. Est-ce que j'aurais dû m'en souvenir ? Est-ce que ça faisait de moi une mauvaise personne ? “Hey soldat ! Pas trop compliqué ce matin ?” J'ai mis un moment à sortir de ma spirale. “Hum, un peu. Merci d'avoir, euh, convaincu Astarion de rester avec moi.” “J'aurais tellement aimé que tu sois avec nous. Tu aurais vu Halsin engueuler Kagha, c'était jouissif. Elle va devoir reprendre toutes les bases du druidisme en tant qu'apprentie, ça va lui faire les pieds. Ça ne va pas ma belle ?” “Si ! J'aurais aimé voir ça ! Mais je... Je suis désolée. Pour hier.” “Désolée de quoi ? J'espère bien que personne ne te reproche d'avoir lâché la bride hier soir, surtout avec ce que t'as subi !” “Je crois que je me suis un peu emballée, j'ai lu des choses dans mon journal.” “Je sais, t'es partie d'un coup en disant qu'il fallait que t'écrives.” “Oh non... Pardon, je t'ai vraiment dit que je voulais te... toucher ?” “Ha ! C'est ce que t'as écrit ?” “J'ai pas dit ça ?” “Non ma belle, t'as dit que tu voulais me goûter.” J'ai enfoui ma tête dans mes mains. Karlach s'est penchée. “J'ai répondu que j'adorerais ça.” “Oh... Oh. J'ai aussi écrit qu'on était ensemble...” “Et t'as changé d'avis ?” “Non ! J'ai peur de l'avoir imaginé.” “Écoute, quand t'es venue me parler j'avais l'impression de fondre, et pour une fois c'était pas à cause de mon engin. C'est moi qui t'ai demandé si ça signifiait qu'on était ensemble. Mais t'inquiète pas, si c'est l'alcool qui parlait je t'en veux vraiment pas !” “Non ! Non, promis. Je craignais d'avoir mal interprété.” “Dieux que j'aimerais t'embrasser maintenant.” “On peut essayer ? Foi de tieffeline, je n'ai pas peur du feu.” Elle s'est penchée doucement, j'ai fermé les yeux en m'approchant. Je sentais sa chaleur rayonner sur mon visage. Nos lèvres se sont touchées, et j'ai ignoré la douleur pour prolonger cet instant. Elle m'a repoussée. “Fais gaffe ! Ça va ? Je t'ai pas blessée ?” “Non, tout va bien !” J'avais les lèvres douloureuses et le bout du nez noirci, mais je m'en moquais bien. C'était un instant merveilleux. Elle m'a souri, ses iris étincelaient d'un bleu électrique. “C'était magique ma belle. Merci.”

Capture montrant Mel de profil, assise sur sa paillasse à proximité du feu de camp, les jambes en W. Un peu plus loin, Gayle est debout et a le regard nonchalamment tourné vers les mains de Mel qui ne le voit pas, occupée à écrire.

(Bonus) Image supplémentaire du journal. Sur la page de gauche, il est écrit en gros et souligné "Cérémorphose", puis une deuxième fois en décomposant le mot pour bien le retenir, et encore après, "Pas sélémorphose". Enfin, tout en bas, il y a écrit : "Merci Gayle de lire mon journal par-dessus mon épaule", avec un trait énervé pour souligner "mon journal". Sur la page de droite, il y a un portrait dessiné de Karlach avec un petit cœur ajouté en bas de la page.

Cérémorphose Cé-Ré-morphose Pas sélémorphose Merci Gayle de lire MON JOURNAL par-dessus mon épaule.

Autre capture du même jour. Mel est toujours sur sa paillasse, cette fois allongée sur le ventre, une main soutenant son menton. Elle sourit en regardant vers le bas. Karlach est allongée sur le flanc un mètre plus loin, elle appuie son coude par terre et elle regarde Mel en riant.

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Première page sur trois du journal d'aujourd'hui. Les feuilles sont éclairées par une lumière froide et distante, l'ombre de Mel couvre presque tout le cahier qui repose sur ses genoux. Deuxième page. Petite spécificité absente dans le texte qui suit, Mel a écrit "sélémorphose" puis a barré le mot pour écrire au-dessus "cérémorphose". Dernière page.

Je revenais du fleuve en essorant mes cheveux quand j'ai entendu la dispute. “Cet artéfact est une relique githyanki. Il appartient à mon peuple !” “Votre peuple l'a probablement volé pendant un de vos habituels pillages. Estimez-vous heureuse que je l'aie. Vous n'avez pas encore de tentacules qui sortent de votre bouche, que je sache. Mel, explique-lui !” “Hein ?!” Ombrecœur et Lae'zel se faisaient face, prêtes à en découdre. Je ne m'attendais pas à être prise à parti de la sorte ! J'avais l'impression d'être tombée dans une arène, coincée entre une bête éclipsante et un chien esquiveur. “Je, euh... Lae'zel, Ombrecœur a raison. Nous avons besoin de cet objet pour garder le contrôle sur nos larves. Il te reviendra dès que nous en aurons fini avec cette histoire.” “Mel ! Tu connais ma mission !” a protesté Ombrecœur. “Tu voulais mon avis, oui ou non ?” “Pff. Très bien. Je ne m'attendais pas à cette réaction... Je suppose que nous aviserons quand nous n'aurons plus à nous soucier de nos vers.” “Chk. Ne vous avisez pas de me leurrer, elfe.” “Demi-elfe. Continuez comme ça, gith, je meurs d'envie de vous donner une bonne leçon.” “Vous n'auriez pas la moindre chance.”

“Eh ben, on ne va pas s'ennuyer avec ces deux-là !” Karlach a attendu que les rivales se soient éloignées pour me rejoindre. “Je suis impressionnée, t'as tenu tête à Ombre ! Mais tu es sûre que c'est une bonne idée d'inviter Lae'zel ?” “Mais je n'ai rien choisi ! Pourquoi d'un coup tout le monde a l'air de vouloir que je décide tout ?! Je ne sais rien faire, je suis bonne à rien ! Vous êtes tous tellement sûrs de vous, tellement experts, moi je ne comprends même pas pourquoi je suis encore vivante ! Pourquoi personne ne demande à Wyll de décider ? C'est le fils du commandant des Poings Enflammés non ? Ou Gayle, il connait tout ! Ou Lae'zel tiens, elle sait où aller elle au moins !” “... Merde, j'aurais dû le voir avant ma belle, je suis désolée. Ça t'a démolie, cette bataille, hein ?” J'ai tenté d'essuyer des larmes naissantes, mais j'ai éclaté en sanglots. Karlach a tendu ses mains, puis a serré les poings. “Bordel je peux même pas te serrer dans mes bras. Rhâ !” “C'est rien... Pardon.” “Non c'est pas rien. C'est la merde, voilà ce que c'est. Quand mon ancien boss m'a vendue à Zariel, j'ai rien compris de ce qui se passait. On m'a enlevé mon cœur, on m'a mis une arme dans les mains et on m'a envoyée tuer ou être tuée. J'avais personne pour en parler, ça m'a détruite. Je veux pas te voir traverser la même chose, je veux qu'on en parle.” “C'est juste que... J'ai peur. Je ne veux pas m'habituer à tout ça. Je veux rentrer chez moi.” “Alors je te fais deux promesses : tu rentreras chez toi, et tu t'habitueras jamais à tout ça. On a l'air à l'aise au combat, Ombre, Wyll, tout le monde, mais en réalité on dissocie totalement dans l'action, on se laisse juste porter par l'adrénaline. Enfin, moi en tout cas c'est comme ça que je fonctionne. Bon p't-être pas Ombre. Et j'imagine que Gayle doit rester concentré. Mais bref, on a chacun notre technique, mais personne n'est habitué. Astarion il est à part. Et y'a Lae'zel, euh... Bon sang, je suis pas douée pour les discours.” J'ai gloussé. “Ha ! J'aime mieux ça. Mais je te jure, parles-en aux autres, demande-leur. Tu verras.” Un silence paisible s'est installé, que seuls des chants d'oiseaux rompaient. “Dis ?” “Hm ?” “C'était qui ton ancien boss ?” “Un sale type, un vendeur d'armes. Gortash, il s'appelait. À l'époque j'enchainais les petits boulots pas toujours propres, il m'a proposé de devenir sa garde du corps personnelle, un job stable et bien payé, tu penses bien que j'ai accepté. J'étais loyale, efficace, je lui faisais confiance, je voulais mériter ma place auprès de lui. Et puis un jour, sans prévenir, il m'a vendue à Zariel. J'avais pas vingt ans. La veille je m'imaginais acheter une maison à la Porte, le lendemain j'étais enchaînée aux enfers pendant qu'on me retirait mon cœur pour faire de moi un bon petit soldat.” “Oh Karlach... Je suis désolée, c'est affreux.” “Ouais, c'était pas le pied.” “Dis ?” “Ouais ?” “Tu voudras une maison sur les quais quand on rentrera ?” “Tu sais quoi ? Ça pourrait bien me plaire.”

Gayle a fait remarquer que, d'après ce qu'il savait de la cérémorphose, nous aurions déjà dû ne plus être nous. Ça confirmait que l'artéfact nous protégeait de la transformation. A priori, tant que cet objet est en notre possession, nous n'aurions donc pas à lutter contre le temps qui passe. Ça nous fait un ennemi de moins, et pas des moindres. Alors que je m'attelais à préparer des poissons assaisonnés aux herbes pour le repas, je réalisais que les quantités nécessaires pour nourrir tout le monde devenaient sérieuses. Nous étions maintenant neuf en comptant Gratouille ! Gayle a proposé de m'aider, ce n'était pas de refus. “Zut, tu crois qu'Halsin mange de la viande ? On devrait peut-être préparer d'autres plats ?” “Je ne m'inquiéterais pas à ta place : sa forme animale est l'ours. Je te parie qu'il va apprécier !” “C'est un peu cliché, non ? Je ne veux pas qu'il se sente mal à l'aise. Oh, et Lae'zel ? Les giths mangent ?” “Oui, ils mangent. Beaucoup, même. Ils n'ont pas besoin de manger dans le plan astral d'où ils viennent car le temps n'y existe pas, donc leur système digestif est atrophié. Lorsqu'ils viennent dans notre plan, ils ont les mêmes besoins nutritionnels que nous, alors pour combler la faible capacité d'assimilation de leur organisme, leur régime ici bas est principalement composé de viande.” “Hum. Je vais rajouter deux poissons. Merci !” “C'est un réel plaisir de partager mes lectures à une oreille attentive.” “À propos d'oreille attentive, je n'ai pas tout suivi hier... Halsin reste avec nous ?” “Absolument, il souhaite nous accompagner aux Tours de Hautelune. Il veut profiter de notre expédition pour y chercher un moyen de lever la malédiction des terres environnantes.” “D'accord. C'est bien qu'on l'ait avec nous. Mais on va vraiment aller là-bas ?” “Ce n'est pas comme si nous avions le choix. Cependant, il nous faut toujours décider du chemin qu'on empruntera pour s'y rendre.” “Il y en a plusieurs ?” “Par les dieux, où étais-tu hier ? Pour résumer, deux solutions s'offrent à nous. La première est de chercher un accès aux Tréfonds Obscurs. Ces cavernes souterraines qui sillonnent le monde ne sont pas toutes reliées entre elles, mais il y aurait ici-bas un accès à un ancien temple proche de la Tour, ce qui nous éviterait de devoir traverser les terres maudites.” “Je ne veux pas aller dans les Tréfonds...” “L'autre choix, qui, en toute logique, nous ferait à terme traverser les terres maudites, est de passer par le col de la montagne au Nord-Ouest. Lae'zel nous enjoint à préférer cette alternative, car cette montagne abrite une crèche gityanki.” “Je ne veux pas traverser les terres maudites...” “Il y a toujours une troisième option.” “Oh ? Laquelle ?” “... Elle implique des tentacules.” “Ah non ! Arrête ça, c'est pas drôle !” “Hélas, ce n'était pas voulu pour l'être. Nous devons choisir une des premières alternatives si nous voulons éviter la troisième.” “Tu préfères laquelle, toi ?” “J'ai une préférence pour le choix de Lae'zel. Passer par les Tréfonds me semble tout au plus hasardeux, les galeries s'y étendent comme dans un labyrinthe pour qui ne s'y est pas familiarisé depuis la naissance. Et puis, je dois reconnaître que l'opiniâtreté de notre gith force le respect et suscite ma curiosité. J'aimerais visiter cette crèche. Nos connaissances sur les githyankis sont très limitées, et leur peuple a une expérience plurimillénaire pour ce qui est de lutter contre les illithids.” “Les quoi ?” “Illithids. C'est le nom que les peuples des Tréfonds Obscurs donnent aux flagelleurs mentaux, et c'est plus ou moins devenu le nom savant de cette espèce. Je te l'épellerai pour ton journal.” “Hum, merci... Je reviens, je vais demander à Halsin pour le poisson.”

Tout le monde s'est régalé, y compris Halsin. Wyll a dit que ça lui rappelait les banquets de patriars auxquels son père l'emmenait parfois, je crois qu'il exagérait mais ça m'a fait plaisir. Je me sentais mieux. Utile, même. J'avais l'impression que des fées qui s'amusaient à tirer tous mes muscles depuis une éternité s'étaient enfin lassées. Cet artéfact nous offrait le répit sans lequel je n'aurais pas pu continuer. Nous avons entrepris de fumer la viande et de confire les fruits pour les emporter, puis je me suis entraînée avec Wyll. J'entends les autres discuter de nos options d'itinéraires, j'ai l'impression que ça nous prendra une partie de la nuit.

Je reverrai mes amis de la Porte, Karlach me l'a promis. J'espère que Firion n'en fait pas trop maintenant que je ne l'entends plus.

Capture montrant Mel assise sur un tronc couché, sous le ciel étoilé. Au deuxième plan, Wyll, Gayle, Ombrecœur et Halsin discutent autour d'un brasero. En fond, une chute d'eau est éclairée par la lune.

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Première page, sur deux. Le journal est éclairé par une lumière chaude et proche, l'ombre d'un bras est partiellement visible dans le coin inférieur gauche de l'image. Deuxième page.

Nous avons passé la matinée à préparer nos bagages. Nous allions devoir abandonner le plus encombrant. J'aurais dû mieux profiter du bureau qu'on avait récupéré au camp des pêcheurs tant que je le pouvais. J'ai vu Ombrecœur pester en donnant un coup à la fermeture de son sac, puis s'éloigner du camp. Elle voulait traverser les Tréfonds Obscurs, mais la majorité en a décidé autrement. Je l'ai suivie jusqu'à une petite plage entourée de végétation dense. Elle était assise sur un tronc couché et me tournait le dos. “Fiche-moi la paix.” J'ai fait un pas hésitant vers elle. “Va préparer tes affaires au lieu de m'ennuyer.” “J'ai fini...” Je suis restée immobile pendant de longues secondes. “Ne reste pas là, tu me stresses. Viens t'asseoir ou retourne au camp.” Je me suis assise à côté d'elle. “Eh bien ? Tu voulais me parler, non ?” “... Ombre, je suis désolée. J'ai l'impression que je fais tout de travers pour toi en ce moment.” “Tu aurais pu commencer par me soutenir un peu, tu ne crois pas ?” “Mais qu'est-ce que je devais dire ? On m'a seulement demandé quel chemin je préférais. Même si j'avais menti, ça n'aurait rien changé, tout le monde veut passer par la montagne.” “On court à notre perte. Les giths vont s'emparer de l'artéfact, et s'ils ne nous tuent pas ensuite, les larves s'en chargeront.” “Je ne pense pas que Lae'zel nous trahisse. Elle est trop fière pour ça.” “Je ne parle pas de Lae'zel. Ils la tueront probablement aussi.” “J'ai confiance en nous. Si ça chauffe, on s'en sortira.” “Sans moi. Hors de question que je mette les pieds dans cette crèche.” “Même si je suis en danger ?” Je l'ai vue masquer un sourire. Oui ! “Tu te débrouilleras. Tu es plus coriace qu'une bulette.” Nous avons écouté le tourbillonnement de l'eau dans le coude que traçait le fleuve face à nous. “Il y a une autre raison pour laquelle je voulais passer par les Tréfonds... Est-ce que je peux te montrer quelque chose ?” “C'est au camp ?” “Non, c'est... Dans ma tête.” “Je ne tiens pas à utiliser les pouvoirs de cette larve...” “Mel, fais-moi confiance.” J'ai fermé les yeux. Je n'avais aucune idée de ce que je devais faire. Me concentrer ? Fermer les yeux plus fort ? Soudain, j'étais projetée au beau milieu d'une forêt, en pleine nuit. Une enfant courait, effrayée. C'était Ombrecœur. Elle s'est arrêtée, et a entendu un grognement derrière elle. Un loup qui s'approchait s'est mis en position d'attaque, mais il était aussitôt cerné par des lances pointées sur lui. Une femme vêtue de noir et portant un masque s'est agenouillée devant Ombrecœur, et l'a prise par la main pour l'emmener loin du loup. J'étais brusquement de nouveau assise sur le tronc. “C'est le seul souvenir que j'ai de mon enfance. Ma Mère Supérieure m'a sauvée ce jour-là, et m'a entrainée au sein de son enclave depuis. Je dois ma vie à Shar, et je veux lui montrer ma gratitude. Mère dit que nous ne devons pas nourrir d'ambition, mais je t'avoue que j'ai l'espoir d'un jour devenir un Tribun de la nuit. C'est le plus grand honneur qu'un disciple de Shar puisse atteindre, hormis diriger une enclave bien sûr. Les Tribuns gagnent leur titre en suivant des épreuves, la dernière consiste à trouver une relique appelée Chantenuit. Je crois que cette relique se situe au temple que les Tréfonds nous permettraient de rejoindre.” “Je comprends mieux. Je suis désolée. Mais j'ai cru comprendre que ce temple était à côté des Tours de Hautelune, qui sont notre destination dans tous les cas. Nous pourrions y aller même en passant par le col, non ?” “Peut-être, mais ce ne sera pas nécessaire de le traverser si nous ne passons pas par les Tréfonds. Je doute que les autres acceptent de perdre du temps si je ne leur force pas la main.” “Tu rigoles ? On va escalader une montagne et s'éloigner de notre route pour accompagner Lae'zel à cette crèche ! J'espère bien qu'on t'accordera ce temps. Moi en tout cas, je viendrai avec toi, que ça leur plaise ou non.” “Merci. On verra. Je vais retourner au camp, je dois encore trouver un moyen de fermer ce fichu sac.” Je suis restée seule un moment, sur cet arbre mort, à observer la forêt de l'autre côté du fleuve. Cette broche qu'Ombrecœur portait dans son souvenir, c'était un bijou sélunite ?

Le village en ruine était désert, les gobelins restants ont semble-il plié bagage eux aussi. Halsin était rassuré, cela faisait une menace de moins qui pesait sur le bosquet. Wyll redoutait qu'ils soient allés grossir les rangs de ce qui nous attend aux Tours, quoi que ce soit. Nous en avons profité pour récupérer les provisions qu'ils avaient abandonnées, et j'ai trouvé un collier d'osselets étonnamment élégant. Nous avons longé le fleuve jusqu'à un immense pont de pierre qui traversait un ravin, au-delà duquel on pouvait déjà voir le paysage accidenté qui nous attendait. J'aurai de ces mollets en rentrant, les autres vont m'envier. Après plusieurs kilomètres de pente raide, mes jambes étaient en feu. Elles bougeaient toutes seules, pourtant j'appréhendais chaque pas. J'ai souffert en silence durant un temps car j'étais visiblement la seule à avoir dépassé mes limites, mais j'ai commencé à avoir des vertiges et je me suis écroulée. Wyll s'est empressé de dire : “On va s'arrêter là pour la nuit, il y a suffisamment d'espace près de ces ruines.” J'ai cherché Astarion, m'attendant à une pique de sa part. Il me fixait en silence. J'ai frissonné.

Capture montrant une partie de l'équipe : Ombrecœur est assise sur des roches stratifiées au pied d'une falaise, Karlach est posée par terre au pied d'un mur couvert de végétation, Wyll est debout, bras croisés, et semble faire le guet, et Mel est affalée sur une paillasse près du feu. De la végétation cadre toute l'image.

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Première page sur quatre. Le cahier est posé sur des briques irrégulières, calé entre deux briques saillantes. Il est éclairé par une lumière pâle et froide qui projette une grande ombre longiligne sur le coin supérieur droit. Deuxième page. Troisième page. Dernière page du jour.

Pardon mon journal, je t'ai un peu délaissé ces derniers jours, mais j'étais occupée à ne pas mourir d'épuisement. Parfois, Ombrecœur lançait discrètement des sorts de guérison pour rétablir mes petits muscles endoloris, pour autant je m'endormais dès qu'on décidait d'une halte pour la nuit et je me réveillais chaque matin avec des crampes. J'aurais dû choisir les Tréfonds. La route elle-même devenait dangereuse, nous avons dû en franchir une portion dont le chemin de terre, large de quelques dizaines de centimètres, était incliné vers le profond ravin qu'il surplombait. Je l'ai parcouru à quatre pattes... J'arrête de me plaindre, car je dois aussi mentionner le positif : la vue ! Quel décor incroyable ! La vallée descend littéralement à perte de vue, les nuages couvrant les étages inférieurs que les rayons du soleil n'atteignent jamais, et les pics de roche qui percent la brume ressemblent à de gargantuesques obélisques flottant dans l'air. Nous avons aperçu le temple dans lequel la crèche githyanki se serait établie, une merveille architecturale inscrite dans la roche et couverte de végétation. J'ai reconnu le symbole de Lathandre, dieu de l'aube et du renouveau, que brandissait une gigantesque statue au bord du vide. Il semblait y avoir de l'activité à l'entrée du temple, mais nous étions trop loin pour discerner le moindre détail.

Un peu plus loin, nous avons dû faire un choix difficile : allonger la route de quelques jours, ou emprunter une ancienne plateforme en bois suspendue à un câble pour rejoindre le pic voisin. Impossible de savoir depuis combien de décennies l'engin n'a pas été utilisé. J'ai tiré de toutes mes forces pour actionner le levier de verrouillage sans pouvoir le faire bouger. “Besoin d'un coup de main ma belle ?” Karlach s'est approchée en faisant rouler ses épaules et en bombant le torse. Elle a fait craquer ses doigts, a craché dans ses paumes pour les frotter l'une contre l'autre, puis avec un sourire en coin, a tiré le levier d'une main sans grand effort. Libérée, la plateforme a oscillé en grinçant. “Frimeuse...” Nous avons traversé le ravin en deux fois pour ne pas trop éprouver la solidité de l'installation, en nous allongeant pour répartir le poids, sauf Wyll qui faisait tourner la roue, et Karlach qui est restée accroupie par peur de mettre le feu au bois sec.

Nous avons trouvé un endroit idéal pour établir le campement. À seulement quelques kilomètres de la crèche, un plateau ceint de ruines nous offrait un panorama magnifique. Je suis allée voir Gayle, qui semblait cette fois-ci en plus piteux état que moi. “Tout va bien ?” “J'ai connu mieux.” Ses yeux étaient rivés sur mon collier d'osselets. “Puis-je te demander un service ? J'aurais besoin de ce colifichet à ton cou.” “Oh... Mais je l'aime bien, désolée ! On t'en trouvera un autre au temple je suis sûre !” “Si charmant soit-il, ma requête n'a nulle fin esthétique. C'est urgent. Vital, même.” “Qu'est-ce que ça veut dire ?” “Vous tous... Je suppose qu'après tout ce que nous avons traversé, il serait inapproprié de vous celer plus longtemps ma condition. Voyez-vous, je ne suis plus que l'ombre du magicien prometteur que j'étais autrefois. J'étais ce qu'il est convenu d'appeler un prodige. Dès mon plus jeune âge, j'étais capable non seulement de contrôler la Trame, mais d'en jouer comme tu joues de ton violon. Mon talent était tel que cela finit par me valoir l'attention de la Mère de Toute Magie, Dame Mystra. Elle s'est révélée à moi et est devenue ma mentore, puis ma muse, et finalement mon amante.” Wyll a manqué de s'étouffer en recrachant l'eau d'une gourde qu'il buvait. “Tu es en train de nous dire que tu avais une relation avec une déesse ?” “Oh, oui. Nous adorions la compagnie de l'autre, que ce soit sur le plan mental, physique, ou spirituel. Mais quel que soit le talent que nous montrons pour la pratique de la magie, nous autres mortels ne faisons qu'effleurer la surface de la Trame. Mystra nous empêche d'aller plus loin, en nous imposant des limites qu'elle nous interdit de franchir. Et pourtant, chaque fois que j'étais en sa présence, je me tenais au bord du précipice, contemplant les merveilles qui s'étendaient hors de ma portée. Dites-moi, connaissez-vous l'histoire de ma déesse Mystra ?” J'allais lever la main pour répondre, je me suis contentée de poser les doigts sur mon menton en me rappelant que nous n'étions pas dans un cours magistral. “J'ai appris que c'est sa mort au siècle dernier qui a causé la Magepeste, provoquant la chute de nombreuses divinités au statut d'exarques, dont Sh...” Oups. Karlach me jetait un regard inquisiteur tandis qu'Ombrecœur me faisait un sourire complice. Heureusement, Halsin n'a pas relevé : “Je m'en souviens, c'était quelques années après la chute de Ketheric Thorm. Cet évènement a privé de pouvoirs les mages de Bâton Noir qui étaient restés pour nous aider à contenir la malédiction des ombres, et a grandement réduit nos moyens de lutte contre la propagation de ce fléau.” “Absolument. Les bardes chantent encore les louanges d'Elminster restaurant ses pouvoirs à Mystra. Mais ce dont je veux vous parler est bien antérieur à cette sombre histoire, plus d'un millénaire auparavant, et concerne une précédente incarnation de Mystra, du temps où elle se faisait appeler Mystryl. En ce temps, un puissant seigneur vivait dans une tour volante. Il chercha à usurper la place de la Dame de la magie afin de devenir lui-même un dieu. Dans sa folie, Karsus n'envisagea pas que Mystryl et la Trame ne fassent qu'une. Le sort qui priva Mystryl de ses pouvoirs pour les conférer à Karsus ne pouvait exister sans Mystryl. Ce paradoxe ravagea l'empire du Néthéril, pendant que Karsus se changeait en pierre. La quantité de magie libérée ce jour-là fut... Phénoménale. Presque égale à celle du chaos primordial.” Gayle a marqué une pause pour nous laisser imaginer l'ampleur de la catastrophe. “La Trame elle-même ne put supporter un tel déferlement et se fissura avant d'exploser en morceaux. Toute magie disparut alors des royaumes mortels jusqu'au retour de Mystra, qui porte ce nom depuis lors. Elle rassembla tous les fragments éparpillés de la Trame pour la reformer. Mais au détour de mes recherches, j'appris l'existence d'un ouvrage du Néthéril dans lequel un fragment avait été scellé hors de sa portée. Et si, pensais-je, après tout ce temps, je pouvais rendre à la déesse cette partie d'elle-même qu'elle avait perdue ? J'étais certain que cette preuve de puissance drapée de romance suffirait à convaincre Mystra de m'ouvrir son royaume interdit.” Ombre l'a raillé : “Tu te voyais remplacer Kelemvor ? C'est audacieux.” “Tu te trompes, je n'avais nullement l'intention de devenir un dieu. Je voulais simplement... En savoir plus. Accéder à ces connaissances inédites. Je me suis donc procuré le mythique ouvrage. Mais en l'ouvrant, le fragment de la Trame que j'y trouvais était le plus noir qui soit. Il est entré en moi, comme déchiquetant ma chair à coups de griffes acérées. Depuis, cette corruption originaire du Néthéril, cet orbe, faute d'un terme plus approprié, exige que je le nourrisse de la Trame émanant de sources magiques. Si cet équilibre venait à se rompre totalement...” “Tu mourrais ?” m'inquiétais-je. “J'exploserais. J'ignore quelle serait la violence de la déflagration, mais ayant longuement étudié la magie du Néthéril, je pense que même un si petit fragment pourrait aisément raser une cité comme Eauprofonde.” Un silence glaçant s'installait. Ombrecœur lui a lancé un regard méprisant. “Ce désagrément va nous coûter cher. Ce n'est pas comme s'il suffisait de se baisser pour trouver des objets enchantés.” “Croyez-moi, j'en ai bien conscience, tout comme je mesure le danger que je peux représenter pour vous. Soyez assurés que si je venais à ne plus pouvoir satisfaire la faim dévorante de cet orbe, je partirai aussi loin que possible de toute civilisation.” J'ai silencieusement détaché mon pendentif pour le tendre à Gayle, qui a posé sa main dessus. Une vive lumière a parcouru son bras jusqu'à son torse. Quand il a retiré la main, un petit tas de poussière s'est envolé avec la brise. “Je te remercie du fond du cœur. Et je te prie d'accepter mes plus sincères excuses.”

Après mon entrainement avec Wyll, Karlach est venue s'assoir à côté de ma paillasse. “Hey soldat. Dis-moi, c'était quoi cette histoire d'exarque tout à l'heure ?” “Euh, c'est...” “Si tu veux pas me le dire, il n'y a pas de souci ma belle. Je suis juste curieuse d'en savoir plus sur toi.” “J'ai envie de t'en parler, c'est juste que j'ai pris l'habitude de garder ça pour moi.” Elle a posé son menton dans ses mains, l'air intéressé. “C'est un truc gênant ?” “Eh bien, comme tu le sais, mes parents sont... étaient... originaires d'Elturel. Ma mère a subi des complications alors que j'étais sur le point de naître, un soigneur lui a expliqué que c'était à cause de la lumière éternelle du Compagnon, ce soleil magique sur la cité qui a récemment causé la Descente aux enfers. Le cycle de sommeil de ma mère était perturbé, et mettait sa grossesse en danger. Mon père et elle ont pris le risque de voyager jusqu'à la Porte de Baldur, mais je suis née lors de la première vraie nuit qu'ils ont connue sur la route. Selon mon père, je dois ma vie à Tymora, qui nous a conféré un temps clément et des rencontres généreuses. Alors quand, il y a cinq ans, je me suis intéressée à la déesse de la passion et du plaisir, mon père n'a pas supporté que j'abjure la déesse de la chance pour une exarque, une simple divinité mineure selon ses mots.” “Pff, l'écoute pas, c'est normal que les enfants cherchent une autre foi que celle de leurs parents. Mais c'est qui cette exarque ?” “Sharess. Tu connais son sanctuaire sur la voie du Dracosire ?” “La Caresse de Sharess ? J'y suis jamais allée, pas mon truc, mais je passais devant pour les affaires. Et puis je connais de réputation bien sûr, la plus célèbre maison de joie de la Côte des Épées !” “C'est là que je vivais, et que je travaillais avant de me faire enlever.” “C'est plutôt prestigieux comme endroit, non ? Ça te plaisait ? C'est à cause de ton père que t'es gênée d'en parler ?” “Ça me plaisait, oui, toute l'équipe y est adorable, même si Amira ne parle que d'or. Mais de façon générale, ce n'est pas très bien vu d'honorer une exarque.” “Pff, on s'en fout. Tous ces noblions qui ne jurent que par la grandeur de Heaum ou la mansuétude de Tyr n'ont aucun répit à te juger, mais je parie qu'ils sont bien contents de te trouver quand ils veulent. Avec tout le respect que j'ai pour tes parents de t'avoir mise au monde, tu fais un beau métier, tu honores une belle déesse, et tu ne dois rien à personne.” Comme d'habitude, en quelques minutes avec elle, je retrouvais le sourire. J'ai si hâte de vous la présenter !

Les repas n'étaient pas aussi plaisants que quand on pouvait s'approvisionner en produits frais. Je me contentais ce soir de haricots ramollis quand Wyll m'a apporté de la viande séchée. “N'hésite pas, il nous en reste largement assez pour la descente, et les giths nous laisseront peut-être leur acheter quelques rations. Je ne voudrais pas te voir tomber d'anémie devant nos hôtes demain.” “C'est gentil, mais j'ai de quoi faire !” “Je te vois picorer ces derniers jours, alors que nous marchons à longueur de journée. Pardonne mon insistance, mais je m'inquiète. Mon père disait toujours que si le général a faim, la bataille sera désordonnée, mais si les soldats ont faim, elle est déjà perdue.” “Je ne picore pas, je me remplis la panse de haricots et d'oranges confites ! C'est juste que... Depuis que j'ai appris à lancer le sort de communication avec les animaux, je n'arrive plus vraiment à avaler de la viande. Je me contente de pommes de terre au fromage quand je vous fais du poisson, de chou et de carottes quand je vous sers du rôti. Je pensais être discrète.” “J'avais entendu parler de druides qui ne se nourrissaient que de plantes, mais ça restait pour moi un exotisme. Tu soulèves une question intéressante. Difficile d'égorger un porc qui nous supplie.” “C'est bien le problème : ils ont toujours supplié. La seule chose qui a changé, c'est que maintenant, je suis capable de les comprendre.” “Voilà qui va hanter mes réflexions nocturnes. Si tu m'assures ne manquer de rien, je ne t'importunerai pas plus longtemps.”

Après le repas, nous avons affûté nos lames. Enfin, j'étais en charge d'huiler les pierres et de tenir les sangles, j'apprendrai l'affûtage sur du matériel plus dispensable. Lae'zel nous observait, bras croisés, puis a fini par s'occuper de ses propres armes.

Capture du jeu, montrant le camp de nuit. Le groupe est installé entre une falaise et la façade en ruine d'un bâtiment dont des colonnes sculptées tiennent encore debout au bord d'un gouffre. Gayle bouquine, Astarion regarde vers la falaise, Lae'zel observe le feu bras croisés, Ombrecœur est assise sur un tronc couché, Mel est accroupie sur un muret près des ruines, Wyll observe la lune hors-champ en s'approchant de Karlach, et Gratouille semble s'intéresser à quelque chose plus loin.

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Première page sur cinq. Le journal est posé sur les genoux de Mel, éclairé par une lumière froide et distante. Deuxième page. Troisième page. Quatrième page Dernière page.

J'ai été brusquement tirée du sommeil en pleine nuit, par le bruit d'un violent choc à quelques centimètres de mon visage. Karlach était debout à côté de moi, en position d'attaque. Astarion gisait à terre en se tenant le flanc. Tout le monde s'était réveillé. “Qu'est-ce qui se passe ?” “Ce salopard a essayé de te mordre. C'est un vampire !” “Non, non ! Ce n'est pas ce que vous croyez. Je ne suis pas un vampire. Je n'en suis qu'un rejeton.” Wyll se levait lentement en prenant sa rapière. “Je n'ai pas pour habitude de discuter avec les meurtriers de ton engeance avant de les achever.” “Je n'allais pas la tuer, je vous le promets ! Je n'ai jamais tué personne... Enfin, pas pour me nourrir, je bois du sang d'animaux. Mais ça ne suffit pas si je dois me battre ! Je suis trop faible. Compte tenu de ce qui nous attend certainement, j'ai pensé faire d'une pierre deux coups : si j'avais un peu de son sang, je serais plus rapide, plus agile, plus endurant, et notre mascotte serait restée au campement le temps de se remettre d'une fatigue passagère.” Je me suis indignée : “Tu voulais me mettre de côté ? Je ne suis qu'un poids mort pour toi ?” “Eh bien...” Karlach a interrompu sa détestable hésitation. “Tu crois t'en tirer comme ça ? Dégage de ce camp et ne reviens jamais, avant que je décide de séparer cette affreuse tête de ton corps.” “Karlach, attends.” “Mel ! Il allait te croquer ! Je sais que tu veux être sympa avec tout le monde mais y'a des limites, merde !” “S'il te plaît, fais-moi confiance.” Elle m'a dévisagée, la mâchoire serrée, puis ses traits ont fini par se détendre. “Peuh ! J'espère que tu sais ce que tu fais.” J'ai aidé Astarion à se lever, et j'ai gardé ses mains glacées dans les miennes. Il fixait le sol. “Tu n'es pas vraiment un magistrat, n'est-ce pas ?” “Je l'étais... Il y a plus de deux cents ans. Mais un vampire a fait de moi ce que je suis.” Ses yeux balayaient le sol sans arrêt. Le seul fait de mentionner ce vampire semblait le terroriser. “Je ne veux pas que tu partes.” Son regard a trouvé le mien, il était plus surpris que soulagé. “Mais tu ne boiras pas mon sang. Tu te trompes, je ne suis pas un poids mort. Je ne suis pas forte, mais je suffis, et toi aussi. Je m'en fiche que tu puisses devenir meilleur, tu es bien assez compétent pour qu'on s'en sorte si on reste tous ensemble.” Il m'a fixée quelques temps, décontenancé. “Si vous voulez bien m'excuser, je dois trouver de quoi me nourrir.” Il a tourné les talons, et je l'ai regardé s'enfoncer dans l'obscurité, jusqu'à ce qu'un cri de corbeau effarouché me fasse sursauter. “Tsk'va ! Je ne vous pensais pas inconsciente au point de garder ce monstre à nos cotés.” “Pourquoi pas ? On vous a bien gardée, vous.” J'ai lancé un regard implorant en direction d'Ombrecœur et Lae'zel. Ce n'était pas le moment !

Ombre a finalement décidé de nous accompagner, mais Halsin préférait rester au camp : il n'était pas concerné par notre quête de purification. Il a tout de même puisé dans sa magie pour nous revigorer. Nous avions l'impression d'avoir fait une nuit complète ! Quand nous sommes arrivés devant la somptueuse porte en bois sculpté du temple, nous avons entendu une voix nous déconseillant d'aller plus loin. C'était la voix du visiteur que j'ai vu dans mon rêve. Lae'zel a conseillé de l'ignorer, puis a annoncé prendre les devants pour parlementer avec les gardes de la crèche. J'ai cru comprendre que nous étions ses esclaves ? Du moment qu'ils ne nous attaquent pas... On nous a indiqué l'emplacement de l'infirmerie où se trouvait l'appareil de purification. En passant devant leur salle d'entraînement, j'ai vu un jeune gith à genoux alors que son mentor exigeait qu'un autre apprenti l'achève. J'ai voulu intervenir, mais Lae'zel m'a violemment tirée par l'épaule. “K'chakhi ! Vous voulez nous faire tuer ? Contentez-vous de me suivre.” “Mais vous avez vu comme moi ? C'est terrible !” “Jhe'quith dvenzir. Les faibles sont éliminés, pour que seuls les forts subsistent. C'est ce qui fait notre grandeur. J'ai moi-même abattu quatre de mes camarades alors que K'liir ne comptait encore qu'une centaine de révolutions autour de Toril.” “La vie n'a donc aucune valeur pour les githyankis ?” “Toutes les vies ne se valent pas. Les lâches n'ont pas leur place parmi nous. Les recrues que j'ai tuées étaient soit trop faibles pour endurer l'enseignement de Vlaakith, soit assez arrogantes pour provoquer un combat qu'elles ne pouvaient pas gagner. Leurs vies ne valaient rien. Elles n'étaient qu'une erreur en attente d'être corrigée.” Sa froideur m'a laissée coite. Avait-elle la moindre intention de me sauver, ou est-ce que ma vie ne valait rien non plus ? Finalement, c'était une erreur de venir ici.

Nous avons franchi la porte de l'infirmerie. Une scientifique observait une larve sous une lentille grossissante, en commentant à voix haute. “Incision verticale de l'œil pinéal jusqu'à l'extrémité de la notochorde. La coloration intestinale correspond aux échantillons deux-cent-trente-et-un à deux-cent-cinquante-neuf. Avez-vous une question, ou bien comptez-vous rester là bouche bée ?” Lae'zel s'est emportée : “Je suis une enfant de Gith, pas de la chair de rat putréfiée. Je mérite le respect !” “Très bien, mais faites vite. Mon travail est d'une importance capitale.” “On nous a implanté des larves de ghaik, et ce il y a plusieurs jours. Et pourtant, nous ne montrons aucun symptôme. Nous devons utiliser le zaith'isk.” “Vous dites que vous êtes infectée mais que vos fonctions cérébrales ne sont pas altérées ? Fascinant. Soit votre parasite est spécial, soit c'est vous qui l'êtes. Il va nous falloir le déterminer. Installez-vous dans le zaith'isk. Je veillerai à ce que votre parasite soit extrait.” Le zaith'isk était une hideuse machinerie, faite de chairs tendues par une armature métallique grêlée. La structure formait un siège à notre hauteur. Lae'zel s'est empressée de s'y asseoir. L'engin s'est immédiatement mis en branle, projetant un rayon lumineux sur son front. J'ai soudain ressenti une violente douleur me vriller le crâne. Sa larve me transmettait sa souffrance. Son esprit se déchirait. Wyll ressentait la même souffrance, les veines de ses tempes semblaient sur le point d'éclater. “Lae'zel, sortez d'ici ! Cette machine va vous annihiler !” “Non ! Vlaakith ! Protège-moi de ce fléau !” Karlach a empoigné sa hache en menaçant la scientifique. “Arrêtez ça, vous êtes en train de la tuer !” “Chk. Le zaith'isk fonctionne comme prévu.” Les pupilles de Lae'zel blanchissaient. Elle n'allait pas y survivre. “Je... Je... Je le sens. Il déchire tout mon être. Ça brûle ! Rhâ !” Elle s'est dégagée de l'étreinte du zaith'isk qui s'est mis à grincer, vibrer, puis a volé en éclats. Lae'zel était effondrée. “Non ! J'ai suivi le protocole ! Pourquoi ? Je suis une githyanki, je ne serai pas un ghaik ! Quelqu'un a dû trafiquer le zaith'isk. Où est la ghustil ?” “Hum... Je crois qu'elle nous a insultés dans ta langue, puis elle est partie.” “La hshar'lak ! Venez, nous devons informer le ch'r'ai de sa traîtrise.” Je ne croyais pas à un sabotage. Nos larves étaient protégées d'une magie trop puissante, même pour leur technologie, comme le craignait Halsin. À moins que cette machine n'ait eu le comportement attendu, et que ces histoires de purification n'étaient qu'un moyen d'inciter les giths infectés à réclamer leur mise à mort. Voilà que j'envisageais le pire.

Nous avons parcouru les catacombes du temple, jusqu'à une immense salle souterraine où nous attendaient l'inquisiteur gith et sa compagnie. “Ah, approchez. Mes Ardents m'ont informé qu'une de nos congénères avait réussi à s'évader d'un vaisseau ghaik.” Lae'zel s'est inclinée, je l'ai imitée. “Ô noble ch'r'ai, bras justicier de Vlaakith.” “Vous avez fait du chemin, mon enfant. Je suis ravi de vous rencontrer enfin. Mais parlons affaires. Je vous soupçonne d'avoir dérobé quelque chose de précieux, à bord du vaisseau des ghaiks. Une relique qui nous revient de droit. Donnez-moi cette arme.” Une sensation de danger m'étreignait. L'artéfact me communiquait sa crainte. Lae'zel s'est tournée vers Ombrecœur. “Donnez-lui cette relique. Ne désobéissez pas à l'inquisiteur.” Le visage crispé, Ombrecœur lui a jeté un regard haineux. “Je ne vois pas de quoi vous parlez. Débrouillez-vous avec votre supérieur, ce n'est pas le mien.” “Ne me cherchez pas. Remettez-lui l'artéfact, ou vous périrez de mes mains.” “Comment osez-vous ? Vous mourrez avec nous si cet objet nous est pris ! Tu vois Mel, sa prétendue intégrité n'était qu'un leurre pour nous attirer dans son piège !” J'étais paniquée. Lae'zel était aveuglée par son inconditionnelle loyauté envers sa reine et son peuple. Les quatre giths qui cernaient la pièce ont commencé à dégainer leurs armes, Ombre et Astarion ont fait de même. Gayle a levé les mains en signe d'apaisement. “Lae'zel, croyez-vous vraiment que cet inquisiteur est digne de confiance ? Vous devez vous douter que le zaith'isk n'a pas été saboté, sa fonction était d'extraire la larve de votre cadavre.” “Le zaith'isk... ? Tsk'va ! Ce magicien dit-il la vérité ? Avez-vous jamais eu l'intention de me purifier ?” “Notre ambition est d'éradiquer les ghaiks. Votre seule vie a bien peu de valeur face à cet objectif, vin'iisk, et vous seriez insensée de croire le contraire.” “Hshar'lak ! Vous m'avez leurrée ! Guide-moi, ô Mère Gith !” Lae'zel et l'inquisiteur ont empoigné leurs épées. “Soit, nous prendrons la relique sur vos corps. Hta'zith !” Alors qu'il criait, une onde de choc pourpre s'est propagée depuis son corps. J'avais le crâne dans un étau, et ma vision se troublait. J'ai pris mon violon pour contrer son sort, et permettre à mes camarades de parer les assauts des giths. L'inquisiteur a chargé dans ma direction, mais Lae'zel a stoppé sa course en le forçant à esquiver. “Ton ver aurait-il déjà rongé ta cervelle, kainyank ? Tu es prête à renier Vlaakith !” “Je sers Vlaakith. Vous ne servez que des mensonges !” J'ai dégainé ma rapière alors qu'un gith m'attaquait de flanc. J'ai frappé dans le vide, il était bien trop agile pour que je puisse espérer le toucher. Il m'a désarmée en m'entaillant la main, j'ai tenté de prendre mon violon mais j'étais trop lente. Une dague lui a alors traversé la nuque, il s'est effondré à mes pieds. Astarion a lancé son autre dague vers un deuxième adversaire qui l'a déviée avec son épée. J'ai ramassé ma rapière en hâte, puis j'ai projeté ma voix juste derrière l'oreille de notre assaillant, lui murmurant : “Je te tiens.” Surpris, il a fendu l'air en se retournant, et Astarion en a profité pour l'achever. Wyll et Karlach affrontaient les deux autres gardes, tandis qu'Ombrecœur parait les puissants coups de l'inquisiteur dont le bouclier magique était éprouvé par les assauts répétés de Lae'zel et les salves de projectiles de Gayle. Je me suis concentrée pour percevoir les harmonies de sa magie protectrice, et j'ai tenté de l'affaiblir en jouant en opposition. Un missile de Gayle l'a frappé de plein fouet. Ça a marché ! Alors qu'il était déséquilibré, Ombre lui a asséné un violent coup de bouclier qui l'a projeté en plein sur la pointe de l'épée de Lae'zel. C'était terminé.

À peine son corps a-t-il touché le sol qu'une puissante voix a résonné depuis le centre de la salle. “L'inquisiteur W'wargaz était puissant. Tes talents sont prometteurs.” Dans une lumière aveuglante, une gigantesque gith à la peau rouge est apparue devant nous. Lae'zel s'est agenouillée. “Ma reine... Shkath zai.” Nous étions face à Vlaakith. La projection planaire de l'immortelle reine gith nous a toisés. “Je vous autorise à me contempler. Et je vous invite à vous prosterner.” Nous avons posé le genou à terre, y compris Ombrecœur qui avait pleinement conscience que nous n'avions aucune chance face à une monarque au statut quasi-divin. Vlaakith s'est penchée, son immense visage nous surplombait. Elle observait Lae'zel. “Ces sbires qui t'accompagnent, tu les as bien formés, mon enfant. Urlon de K'liir a une très haute opinion de toi, Lae'zel. Tout comme Al'chaia avant lui. Tu recherches la pureté. Je peux te l'offrir.” La reine a ensuite posé les yeux sur Ombrecœur. “Istik. Tu as en ta possession un objet qui m'appartient. Reste à savoir si tu m'es fidèle, ou si tu cherches à me voler.” Ombre me cherchait du regard. Elle n'exprimait pas de colère, mais de la résignation. C'était terminé. J'ai hoché la tête, elle a sorti l'artéfact de son sac. Vlaakith lui souriait. “Toi et les tiens avez la réputation de vous défier des étrangers. Et pourtant, te voici devant moi. Lae'zel, donne-moi une ultime preuve de ta loyauté, et ta récompense surpassera tout ce que ton esprit mortel peut imaginer. Cette arme que vous me remettez, le prisme astral, est corrompu.” “Je me fais fort de le purifier pour vous, ô ma reine. Dites-moi ce que je dois faire.” “Il y a quelqu'un à l'intérieur. Une entité impure doublée d'un esprit malfaisant. C'est un agent du Grand Dessein chargé de saboter le prisme, notre dernier rempart contre le retour de l'empire ghaik. Tue cette personne, et je vous purifierai, toi et tes alliés. Tue-la, et je t'offrirai l'ascension.” “L'ascension ? Ma reine, ce serait un honneur.” Le prisme s'est mis à briller et tournoyer dans la paume de Vlaakith. Ses facettes se sont peu à peu détachées de son cœur flamboyant, dont la lumière nous a enveloppés. L'instant suivant, je me tenais sur un roc flottant, sous un ciel violacé couvert d'étoiles. C'était l'endroit dont j'ai rêvé. “Alors vous êtes venus.” Le visiteur de mon rêve se tenait face à nous. Lae'zel a sorti son épée. “Vous servez le Grand Dessein des ghaiks. Traître !” “Lae'zel. Ombrecœur l'ignorait, mais c'est moi qui lui ai permis de voler l'artéfact à Vlaakith. La reine-liche est prête à tout pour le récupérer. Vlaakith craint que je ne révèle son secret, un secret si inavouable que si les githyankis l'apprenaient, ce serait la fin de son règne et de son existence. Ce même secret dont je me sers pour vous protéger de l'Absolue.” “Balivernes. Le règne de Vlaakith est éternel.” “Je suis de votre côté depuis le début. Tu dois me croire.” Il s'est mis à genoux devant Lae'zel. “Chk. Relevez-vous ! Je ne frapperai pas un adversaire qui m'offre son cou.” “Je me livre à ton jugement. Mais sache ceci : je n'étais qu'un aventurier, comme vous. Mon seul but est de vous aider à résister contre l'Absolue et ses fidèles. Si je servais le Grand Dessein comme l'affirme ta souveraine, gith, aurais-je cherché à te convaincre de trouver tes compagnons pour te sauver de la cérémorphose ?” Lae'zel tenait fermement sa lame, mais ne bougeait plus. Elle était tiraillée. “Tsk'va ! Je ne comprends pas.” “J'ai conscience de l'inconfort de ta position. Vlaakith ne te le partonnera pas, mais je te promets que tu fais le bon choix en m'épargnant. Tu le réaliseras lorsque tu en sauras plus. La reine-liche ne craint rien tant que de perdre son empire. Or, c'est précisément ce qui se passera si les informations que je détiens à son sujet venaient à se répandre.” “Surveillez vos mots, je peux encore vous trancher le cou.” “C'est pourtant la vérité. Vlaakith te ment. Elle prétend savoir comment les giths ont anéanti l'empire illithid, mais en réalité, elle n'en a pas la moindre idée. Si cet empire renaissait, elle serait incapable de l'arrêter. Le pouvoir de résister au contrôle des illithids, celui dont Vlaakith prétend détenir le secret, c'est précisément celui qui m'a permis de vous protéger.” “Vos paroles sont pure hérésie !” “Et pourtant, tu ne me frappes pas. Tu en sauras plus en remontant la piste de l'Absolue, je t'en fais le serment. Vous êtes sur la bonne voie. Rendez-vous aux Tours de Hautelune. Et préparez-vous à affronter la colère de Vlaakith. Bonne chance.” Il a ouvert un portail pour nous permettre de retourner dans notre plan, puis s'est éclipsé. J'ai attendu Lae'zel qui restait immobile tandis que nos camarades franchissaient le portail. “Comment te sens-tu ?” Elle m'a ignorée, et a suivi les autres d'un pas déterminé.

Nous avons rebroussé chemin jusqu'à l'entrée du temple. Le temps que les résidents de la crèche découvrent notre méfait, nous serons déjà loin. Les rayons dorés du soleil s'approchant de l'horizon réchauffaient nos visages. Astarion m'a fait un petit signe de tête avant de partir vers le camp. Je crois qu'il me remerciait pour mes mots de ce matin. Ombrecœur a refermé la plaie sur ma main. Elle a remarqué avec une pointe de satisfaction que je ne m'en étais même pas plainte. Elle aurait pu nous sermonner, elle avait prédit tout ce qu'on venait de traverser, mais elle ne l'a pas fait.

Capture en jeu montrant Mel, assise seule sur un rocher arrondi près d'un arbre, au bord d'un précipice. Devant elle, des sommets montagneux coiffés de nuages blancs s'étendent à perte de vue sous un immense croissant de lune.

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Première page sur trois. Le cahier est posé sur une couverture, éclairé par une lumière chaude proche du sol. Deuxième page. Dernière page

Je croyais que la descente serait plus facile que la montée ! Pourquoi personne ne m'a prévenue ? C'est affreux ! J'ai les talons en miettes, le bas du dos brûlé par le ballottement de mon sac, et Ombrecœur a dû me soigner deux fois : la première après un faux mouvement qui m'a infligé une douleur atroce au genou quand j'ai voulu repositionner mon sac, la deuxième quand je me suis ouvert le coude en glissant sur des graviers. Au moins, une merveilleuse occasion de faire une pause s'est présentée, car nous avons croisé un vieil homme qui marchait dans l'autre direction. C'était d'ailleurs en le saluant que j'ai dérapé... Une piètre première impression, d'autant qu'alors qu'Ombrecœur venait me guérir, Gayle s'est exclamé : “Elminster ?” Je suis entrée en apnée. Comment ça Elminster ? Elminster le plus grand magicien de tous les temps ? Elminster le héros de la moitié des ballades que j'ai apprises ?! “Lui-même, Gayle. Et je dois dire que je suis de fort mauvaise humeur pour avoir dû massacrer ma plus belle paire de bottes à votre recherche sur ces routes rocailleuses.” “Vous étiez à ma recherche ? Mais pour quelle raison ?” Aussitôt rétablie, je me suis dressée devant Gayle en me dépoussiérant, et en m'exclamant d'une voix beaucoup trop aigüe : “Vous êtes Elminster ?!” “En effet, comme je viens de le confirmer à votre partenaire dont je...” “Je n'aurais jamais imaginé pouvoir un jour vous rencontrer ! Et encore moins dans ces circonstances !” “Oh, cette conjoncture n'est pas au seul crédit du hasard, car voyez-vous...” “Toutes ces histoires sur vous sont vraies ? C'est comment les Cimes de Valbise ? Est-ce que vous avez trouvé la lance de Krynn en empruntant le portail caché d'Anauroch ?” “À vrai dire, ce prétendu portail n'a...” “Mel !” Gayle s'impatientait. Je me suis excusée en reculant. Rhâ, que j'ai été sotte ! “Elminster, vous dites que vous avez fait toute cette route pour me voir ?” “J'ai reçu pour instruction de ne pas ménager mes efforts pour vous retrouver, Gayle. C'est elle qui m'envoie. Vous savez de qui je veux parler.” “Mais pourquoi ? Venez-en au fait, Elminster. S'il vous plait.” “Jeune homme, votre séjour loin d'Eauprofonde vous aurait-il fait perdre toute votre bonne éducation, en plus de votre patience ? Songez que j'ai passé près de dix jours sans le moindre repas digne de ce nom en buvant juste l'eau que le ciel jugeait bon de m'offrir. Au point où j'en suis, un bout de pain, un peu de fromage et une coupe de vin me sembleraient un véritable festin. Vous ne me refuseriez tout de même pas un peu de repos et un petit repas avant que je vous parle, si ?” Wyll a ouvert son sac. “Hélas, j'ai bien peur que le festin doive attendre, nous ne mangeons plus que des haricots et de la viande séchée depuis quelques jours.” Devant la mine dépitée de l'archimage, Ombrecœur a soupiré. “Il me reste une bouteille de vin. Je comptais la garder, mais j'imagine qu'on aura l'occasion d'en trouver d'autres.” “Oh, par pitié...” se lamentait Gayle, toujours dans l'expectative. Nous avons allumé un feu, et j'ai tenté de préparer quelque chose de convenable.

“Ma chère, vous avez su faire de ces maigres provisions un repas digne de ce nom ! Je déteste parler le ventre vide. Cela rend mes paroles frivoles, alors que le sujet qui m'amène est des plus graves. Et cela fait beaucoup à digérer, je vous le concède. Alors je ne vais pas vous faire mariner plus longtemps, mais savourons tout de même l'instant, afin de goûter pleinement la conversation qui s'annonce. Dites-moi, jeune fille, où donc avez-vous trouvé ces herbes aromatiques ?” J'ai ouvert la bouche pour répondre, mais Gayle était à court de patience. “Elminster !!” “Bon, bon, d'accord. Donc, voyez-vous, c'est que... Comment dire... Gayle, mon garçon, je suis là pour vous parler d'une affaire pressante. Je vais donc m'exprimer sans détour, ni chichi futile. C'est Mystra qui m'envoie. Le message et la tâche que je vous apporte, elle me les a confiés spécialement pour vous. Vous savez pertinemment l'erreur que vous avez commise, Gayle, inutile de revenir là-dessus. Mais vous allez vous voir offrir une chance de rédemption.” “Mystra envisage... De me pardonner ?” “Elle pourrait en effet considérer, eh bien, ce qu'elle considère comme un pardon. Mystra est au fait des mésaventures qui vous arrivent, et elle sait pour le différend qui vous oppose à l'Absolue, mal insidieux s'il en est. Figurez-vous que c'est la raison de ma présence ici, même si cela va devoir se faire de manière quelque peu détournée. Vous devez savoir que l'Absolue est bien plus dangereuse que vous ne pouvez l'imaginer. Elle menace en effet tout ce qui vit... Y compris ce qui ne peut pas mourir. C'est un péril pour les dieux, la Trame, le tissu de la réalité lui-même. C'est pour cette raison que je suis ici, Gayle. Pour vous charger de la destruction de l'Absolue. Mystra pense que vous êtes le seul à pouvoir la vaincre.” “Moi ? Comment... ? Oh. L'orbe.” “Précisément. Mystra m'a conféré le pouvoir de stopper les aiguilles de l'horloge, pour ainsi dire, d'empêcher l'orbe d'échapper à votre contrôle. Au lieu de cela, vous pourrez déclencher son explosion quand vous le souhaiterez. Vous allez devoir trouver le Cœur de l'Absolue, où qu'il puisse se trouver, puis faire de votre corps le catalyseur qui excisera cette peste de notre monde.” J'étais scandalisée : “Mais c'est monstrueux ! Mystra lui demande de se suicider !” “Cela ne me procure aucun plaisir de vous le dire, mon ami, mais telle est la volonté de Mystra. C'est vous qui allez devoir consentir le sacrifice grâce auquel il sera possible de vaincre l'Absolue. Et cela vous permettra de vous racheter aux yeux de Mystra, telle est la promesse qu'elle vous fait par mon entremise. J'ai dit ce que j'avais à vous dire, il ne me reste plus qu'à lancer le charme sur vous.” Sur ces paroles, Elminster a levé une main en récitant des incantations. Ses yeux s'illuminaient de pourpre tandis que des glyphes volaient autour de son bras et s'insinuaient dans la poitrine de Gayle. “C'est fait. La charge, comme le charme, sont maintenant confiés à vos soins. Quant à vous, ma jeune amie aux talents culinaires insoupçonnés, je confie Gayle à vos bons soins. Veillez à ce qu'il arrive sain et sauf à destination dans ce bien étrange voyage.” “Je... Je resterai à ses côtés. Mais je refuse qu'il...” La mine sombre, Gayle a posé une main sur mon épaule. “Nous aurons tout le temps de prendre une décision réfléchie.” “Telles les lunes causant le flux et le reflux des marées, les dieux influencent le destin des mortels. Et pourtant, lorsque certaines âmes infortunées se retrouvent seules face à elles-même, il peut arriver qu'une notion singulière naisse dans leur esprit : pourquoi ne pas devenir sa propre lune ? Car même les vagues du destin finissent par se briser sur les plus robustes des volontés. Adieu, mon ami.” “Adieu, Elminster. Je suis heureux que ce soit vous qu'elle ait choisi.”

Alors que le héros de mille épopées s'éloignait en maudissant ses semelles trop fines, je restais aux côtés de Gayle. “Tu vas bien ? Pardon, ma question est probablement idiote...” “Rassure-toi, une audience avec Elminster laisse toujours une certaine impression. J'espérais pouvoir te le présenter dans des circonstances plus favorables, mais elles se font rares ces temps-ci. Pour que Mystra le dépêche de la sorte... Sa volonté, et son désir de la voir se réaliser, ne pourraient être plus clairs à mes yeux. Ni plus pesants. C'est un bien étrange sentiment que de réaliser le peu de temps qu'il nous reste.” “Nous trouverons une autre solution. J'en suis convaincue.” “Il nous a pourtant offert la plus simple d'entre toutes. Il ne me reste qu'à choisir le bon endroit, le bon moment, et à lâcher prise...” “Ne dis pas ça !” “Il va bien falloir se faire à l'idée. S'il existait un autre moyen, je pense que la Dame des mystères et le plus grand magicien de Toril l'auraient trouvé. Hélas, une seule solution nous est offerte. Mais occupons-nous déjà de découvrir où se trouve ce fameux Cœur de l'Absolue !”

Je suis dépitée, et en colère contre les dieux. Et j'ai mal aux pieds. J'espère que ça ira mieux demain.

Mel est allongée sur sa paillasse, s'appuyant sur son coude pour faire face au petit feu de camp à côté d'elle. Au second plan, on distingue les silhouettes de Wyll et Gayle qui se tiennent au bord d'un dénivelé, observant le paysage montagneux éclairé par la lumière de la lune.

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Première page sur trois, le cahier est posé sur de la terre jonchée de feuilles et d'herbe. Deuxième page. Dernière page.

“La chute de Vlaakith ? Hshar'lak ! Je devrais vous éventrer sur place pour l'avoir seulement évoqué.” C'était Lae'zel ? Il faisait encore nuit. Je la discernais dans la pénombre, aux côtés d'Ombrecœur. Elles faisaient face à un groupe de giths. Pendant un instant, j'ai eu peur qu'on se fasse attaquer, mais l'un d'eux était à genoux et avait posé son épée. Ils étaient apparemment venus parlementer. Karlach s'est accroupie à côté de moi en me demandant discrètement ce qui se passait, j'ai haussé les épaules. Au loin, Ombre a surenchéri : “Sachez qu'il est hors de question que je vous remette le prisme astral, si c'est ce que vous voulez.” Le gith désarmé a parlé : “Ce n'est pas ce que je désire. J'ai reçu des nouvelles de la Crèche Y'llek. Vous êtes infectées, et pourtant, celui qui se trouve à l'intérieur du prisme a décidé de vous accorder le bénéfice de son pouvoir. Cet être a la capacité de mettre un terme au joug de Vlaakith. Cela fait des siècles que j'œuvre secrètement dans ce but, et quand vous avez subtilisé le prisme, j'ai cru que tout était perdu. Mais c'était tout le contraire, car vous m'avez offert l'opportunité que j'attends depuis si longtemps. Il ne nous manque plus que la clé permettant de le libérer, et je pense avoir trouvé une personne capable de nous la procurer. Apportez le prisme à la Porte de Baldur, dans un endroit appelé la Caresse de Sharess. C'est là, dans cet établissement, que se jouera l'avenir de mon peuple.” Karlach a pouffé de rire, je l'ai poussée du pied pour la faire tomber. Le gith à genoux nous a lancé un regard outré et a poursuivi : “Lae'zel. Ensemble, nous briserons nos chaînes. Nous ne serons plus les esclaves de Vlaakith.” “Je ne suis l'esclave de personne, kith'rak jhe'stil. La reine éternelle est toute la liberté dont j'ai besoin. Elle me purifiera et m'octroiera les honneurs de l'ascension.” “Ce n'est qu'un tissu de mensonges, Lae'zel. La purification, l'ascension... Rien de tout ça n'est vrai. Le zaith'isk n'a aucun pouvoir purificateur, il permet uniquement d'extraire les souvenirs des infectés avant de les tuer. Quant à la reine-liche, les élus qu'elle est supposée honorer de sa bénédiction suprême sont, en réalité, dévorés dans le seul but d'accroître son pouvoir et de la rapprocher du statut divin auquel elle aspire.” “C'est de la démence. Cette hérésie est insupportable ! Je refuse d'en entendre davantage. Je... Toute ma vie, j'ai servi Vlaakith. Je connais son credo par cœur, j'ai livré toutes les batailles qu'elle m'a assignées ! ... Et pourtant, elle m'a nommée hshar'lak. Vos paroles sont chargées de vérité. Je vous retrouverai à la Porte de Baldur. J'espère pour vous que je ne le regretterai pas.” “Lae'zel. Je vois une T'lak'ma Ghir en vous. Ma sœur dans la liberté. Ensemble, nous aiderons notre peuple à voir la lumière. Je ferais bien d'y aller. Le regard de Vlaakith est assez perçant pour traverser les mers et les cieux. Elle me croit loyal, elle ne doit surtout pas découvrir la vérité me concernant. Veillez précieusement sur le prisme astral, ne laissez personne s'en emparer et tuez quiconque ose s'y essayer. Maintenant, mettez-vous en route pour la Caresse de Sharess. Je vous y attendrai, Lae'zel.” J'ai pouffé... Évidemment, ça a encouragé Karlach qui s'esclaffait. Je voulais me retenir, mais elle ne m'aidait vraiment pas. Lae'zel et Ombrecœur semblaient pour une fois d'accord : elle voulaient toutes les deux nous tuer. J'ai agité les bras pour m'excuser et, incapable de me mettre debout à cause de mes pieds endoloris, j'ai demandé à Karlach de tirer ma paillasse pour nous éloigner et les laisser tranquilles. Ça n'a pas vraiment aidé, je me suis mise à crier quand la paillasse a pris feu, et Karlach hurlait de rire. Le gith s'est relevé lentement en concluant : “... Si tant est que vous y arrivez vivante, avec cette... Compagnie.” D'un geste de la main, il a ouvert un portail que lui et les autres giths ont franchi.

Lae'zel était plus remontée que jamais. “Que signifie cette agitation ?!” “Excuse-nous Lae'zel, c'était de la nervosité.” Je me redressais péniblement en m'appuyant sur un muret. Mes pieds étaient vraiment dans un sale état, je ne voyais pas comment j'allais pouvoir reprendre la route. “Chk. Ne vous avisez pas de me déshonorer de la sorte une deuxième fois. C'était le kith'rak suprême Voss, le plus éminent des chevaliers githyankis.” “Je suis... Désolée. Ça ne se reproduira plus, promis. Alors, tu vas vraiment tourner le dos à ta reine ?” “Vlaakith'ka sivim hrath krash'ht. Seule Vlaakith nous permet de trouver la lumière. Ce sont là les tout premiers mots que j'ai lus sur une ardoise en tir'su. Cette phrase n'est pas un simple aphorisme, elle est la loi. Notre credo. La base sur laquelle sont ancrés nos dix mille postulats. Renier un postulat, c'est renier Vlaakith. Et ceux qui renient Vlaakith se condamnent à finir dans la panse d'un dragon. Si Voss dit vrai... Si l'ascension est un mensonge et la purification une simple fable, alors je n'ai commis aucune faute envers Vlaakith... C'est elle qui m'a trompée de la plus ignoble des façons.” “Tu es la personne la plus loyale que je connaisse. Elle ne mérite pas ta dévotion et ta force.” “Vlaakith était la source de ma force, et j'étais l'instrument de sa volonté. Une guerrière. Une championne. Une arme destructrice. Mais si l'ascension n'est qu'une condamnation à être absorbé par Vlaakith... Alors je n'ai rien d'un prédateur. Je ne suis que du bétail, élevé dans le seul but d'être dévoré un jour. Les githyankis ne sont que des esclaves, dont l'unique raison d'être n'est pas de combattre les ghaiks et de prévenir le Grand Dessein, mais de permettre à Vlaakith de s'élever au divin. J'ai besoin de réfléchir. Nous devons rejoindre le kith'rak Voss à la Caresse de Sharess.” “Pffrt...” “Karlach !!”

Tout le monde était d'accord pour prendre une journée de repos. Nous n'étions plus qu'à quelques heures des terres maudites, et la végétation se faisait plus dense. Wyll a trouvé des myrtilles et des noix ! Je me sentais revivre ! J'en ai mis dans un tissu pour les emmener avec moi, et j'ai boîté jusqu'à une petite clairière où je me suis assise dans l'herbe humide pour jouer du violon. Je n'étais pas très adroite, mes bras tremblaient, mais j'ai quand même pu retrouver l'air de la composition d'Alfira. “Hey soldat. Je ne voulais pas t'interrompre.” Karlach s'approchait doucement, je l'ai invitée à s'assoir à côté de moi. “Il faut absolument qu'on arrive avant Voss, je veux voir sa tête quand il réalisera !” “Je te parie qu'il ne se rendra compte de rien, l'entrée ressemble à un bar classique.” “Ne ruine pas mon espoir ! Ah, en tout cas ça m'a fait du bien de rire.” “Pauvre Lae'zel, on l'a vraiment embarrassée !” “Bah, va falloir qu'elle s'y habitue avec nous. T'en fais pas pour elle. Dis-moi plutôt comment tu te sens !” “Honnêtement, à chaque fois que j'essaie de penser à autre chose qu'à mes talons, ils me rappellent cruellement leur triste état.” “T'inquiète pas, tout le monde avait besoin de s'arrêter. Demain tu seras comme neuve !” “Hum, je n'irais pas jusque-là.” J'ai approché ma main de la sienne, je sentais mes doigts chauffer. “J'aimerais tellement pouvoir te toucher.” “Ah ouais ? Et tu t'y prendrais comment ?” Je lui ai fait un sourire malicieux. “Je prendrais ta main pour qu'on aille se balader toutes les deux.” “Ha ! Ça pourrait être chouette.” Elle masquait très mal sa déception, c'était craquant ! “Et une fois qu'on serait suffisamment loin de tout pour ne pas se faire embêter, un peu comme ici, je t'enlacerais pour goûter tes lèvres.” “Hum...” “Je dessinerais tes hanches du bout des doigts, puis je t'allongerais et je déferais lentement tes vêtements sans m'arrêter de t'embrasser...” “Ok, là ça me plait !” “Je sentirais les détails de ton cou, de ta gorge, de tes seins sur ma bouche. Mes doigts parcourraient doucement le creux de ton dos...” Ses iris étaient devenus bleu vif. “Huhu, arrête-toi ma belle, c'est trop cruel ! Bon sang, partons maintenant, je ne veux pas perdre un jour de plus avant que Dammon répare mon engin !” Je me suis mordu la lèvre pour ne pas continuer. Elle s'est légèrement penchée vers moi en souriant. “... Mais merci, tu m'as donné beaucoup à réfléchir toute seule.” “Hum ? Pourquoi toute seule ?” “Ben, toute seule... Tu vois, non ?” “Oui, mais tu n'es pas obligée d'être toute seule.” “Oh, tu... Tu veux dire... ?” Je me suis allongée en plongeant mes yeux dans les siens, et j'ai glissé une main sous mon pantalon en riant. Elle s'est allongée à côté de moi, et j'ai pu finir mon histoire.

Capture montrant Mel et Karlach allongées par terre, entourées de fleurs et d'herbes hautes. Mel est endormie sur le flanc, Karlach est derrière elle et l'observe en s'appuyant sur son coude. Des branches feuillues pendent depuis le haut de l'image. Une lumière pâle éclaire le fond, devant lequel un petit chemin de terre s'enfonce jusqu'au coin supérieur droit où des rochers bordent une rivière.

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Première page sur quatre du journal d'aujourd'hui. Le cahier est posé sur un bureau en bois sombre, à côté d'une pile de livres et d'un encrier. Sur la droite du cahier repose le coin d'un parchemin illisible, légèrement déroulé de son tube métallique sculpté. Une lumière blafarde provenant du haut de l'image éclaire le tout. Deuxième page. Troisième page. Dernière page.

Nous y sommes arrivés... Les terres maudites. Les Ménestrels et les druides ont marqué la délimitation en construisant un portail sur la route pour dissuader le tout-venant. De l'autre côté, la forêt verdoyante laissait place à un paysage désolé d'arbres morts, plongé dans une nuit éternelle. La température était glaciale. Halsin nous y a préparés : “Prenez une torche ou n'importe quelle autre source lumineuse, et ne vous en séparez jamais. Vous rejoindriez les ombres.” Karlach s'est glissée à mes côtés. “Ne t'éloigne pas, je te tiendrai chaud. Cet endroit nous avalera tout entier si on se laisse disperser. Reste auprès de maman K.” “Hé, on n'a que six ans d'écart !” J'ai dégainé ma rapière en sifflant pour en faire scintiller la lame. La lueur était bien plus vive qu'à la forge, mais ma petite fierté n'a pas duré quand Ombrecœur a brandi sa masse pour la faire briller de mille feux. Elle a appelé Gratouille pour qu'il reste à ses côtés. En allumant une torche, Wyll a frissonné. “Quelle ambiance mortifère. Pas un cri d'animal, pas même de vol d'insecte. Et cette sensation d'oppression...” Ombre n'était pas aussi anxieuse. “Il y a une grande puissance dans l'ombre ici, je le sens. Elle est ancienne, familière. Mais à vous écouter, elle ne semble pas m'affecter. Pas aussi gravement, du moins. Je crois que... J'ai sa bénédiction. Dame Shar me protège, quand les autres doivent affronter son courroux.” “Et nous alors ?” boudais-je. “Ne me regarde pas comme ça ! C'est une bonne nouvelle, cela va me permettre de vous aider. Shar attend probablement de moi que j'accomplisse quelque chose. Nous devons trouver ce temple.”

Nous avons progressé prudemment. Parfois, des bruissements se faisaient entendre à proximité, ou peut-être était-ce des murmures. J'avais l'impression que nos pas sur la terre nue s'entendaient à des kilomètres. Plus le temps s'écoulait, plus notre solitude nous semblait illusoire. Après ce qui m'a semblé une éternité à suivre un chemin bordé de racines et de failles béantes, des lueurs et des voix nous sont parvenues. Nous avons dégainé nos armes en nous approchant. “Resserrez les rangs ! Restez dans la lumière. Qui va là ?” Halsin s'est approché en levant les mains. “Nous sommes des amis. Je viens du Bosquet d'Émeraude, et ces personnes m'accompagnent.” Alors que nous commencions à discerner les visages des personnes qui venaient à notre rencontre, j'ai aperçu un mouvement derrière celui qui était le plus loin, et qui ne portait pas de torche. “Attention !” Trop tard. Il a chuté, tiré par les pieds, et a disparu en un clin d'œil. “Yonas !” Nous avons formé un cercle avec l'autre groupe, brandissant les torches pour dissiper les ténèbres environnantes. Je n'entendais que le faible crépitement du tissu imbibé de pétrole. “Yonas ? Tu ne vois pas nos torches ? Suis ma voix. Reviens vers nous ! ... Yonas ?” Leur compagnon était de retour... Mais ce n'était plus lui. Son corps et la moitié de son visage étaient couverts d'une tourbe verdâtre qui lui rongeait les chairs. L'orbite de son côté défiguré n'était plus occupé que par un grain de lumière pâle en son centre. “Suis ma voix... Rejoins... Nous...” La cheffe du groupe reculait d'effroi, Wyll s'est mis en travers du chemin du revenant. “Son âme... Les ténèbres l'ont dévoré.” “Ménestrels ! Aux armes !” Alors que Wyll repoussait la créature, les ombres se sont mises à tourbillonner autour de nous. Des torches se sont éteintes, et des mains éthérées sortaient du sol. L'une d'elles a saisi ma cheville pour me faire tomber, et m'a brutalement tirée loin du groupe. Je ne trouvais aucune prise dans la poussière du terrain. J'ai aperçu le visage terrifié de Karlach qui me voyait partir, puis en quelques instants, même la lueur des torches a disparu. J'étais plus isolée que jamais, et les présences autour de moi n'arrangeaient pas ce sentiment. “Ombre ? Wyll ? KARLACH ?!” Je n'entendais rien. Ils ne pouvaient donc pas m'entendre non plus. Des choses me frôlaient, me murmuraient de les rejoindre. J'ai discerné un petit trait blanc dans l'obscurité qui m'étreignait. Je me suis instinctivement ruée dessus. C'était ma rapière ! Je l'ai saisie, puis je me suis retournée en la brandissant. À quelques centimètres de moi, un visage déformé, aérien et menaçant s'est aussitôt dissipé. Les présences s'éloignaient. Cette fois, j'étais bel et bien seule. Je tournais en rond, cherchant les traces de ma traction, en vain. Je n'osais pas me déplacer, de peur de m'éloigner des autres. J'ai planté mon arme dans le sol, et je me suis assise à l'abri de sa lumière.

“Meeel !” Je me suis redressée vivement. “Ici !!” “C'est elle ! Mel ! Tu m'entends ?” J'ai couru dans leur direction. “Bande d'inconscients ! Vous avez bien vu ce que ces ombres font à ceux qui s'éloignent de la lumière.” “Si vous touchez à un de ses cheveux, je vous embroche à la chaîne.” Je me suis approchée prudemment, les mains en l'air. Un des ménestrels a braqué son arbalète sur moi, Karlach l'a projeté à terre d'un coup de poing. “J'avais prévenu ! Mel, tu n'as rien ?” “Tout va bien, j'avais ma rapière... Mais j'avais si peur de ne pas vous retrouver !” “J'ai eu peur aussi ma belle. Viens, ce sont des ménestrels, ils connaissent un endroit sûr.” Le ménestrel qui se relevait en massant sa joue a jeté un regard noir à Karlach. Leur cheffe me dévisageait, elle avait du mal à croire que je n'étais pas devenue un de ces monstres. “C'est exact. Je suis Lassandra, je dirige cette équipe. Nous résidons dans une auberge protégée par magie. C'est le seul endroit de la région qui n'a pas été englouti par la malédiction. N'avancez surtout pas plus à l'Ouest, les ombres y deviennent si denses que même la lumière de vos torches ne vous protège plus. Si vous voulez reprendre votre souffle, l'auberge est le seul endroit où aller. Suivez-moi.”

La brume noire s'interrompait brusquement alors que nous traversions un pont de pierre menant au refuge. À mon étonnement, il faisait encore jour. Non... C'était le matin. Lassandra a échangé quelques mots à voix basse avec une garde à l'autre bout du pont, qui nous a fait un signe de tête pour nous intimer de la suivre. Elle s'est approchée de la fontaine tarie au centre d'une petite place, où se tenait une personne qui nous tournait le dos. “Jaheira !” J'ai entendu Karlach émettre un couinement. La Jaheira ? L'héroïne du Trône de Fer ? Si Elminster occupait la plus grande part du répertoire des bardes de la Côte des Épées, Jaheira n'était pas en reste ! La druide aux cheveux blancs tressés nous a fait face. Son autorité était incontestable. Elle a fait un signe à la garde qui a sorti son arme, puis a levé une main vers nous. Des lianes se sont soudainement enroulées autour de nos jambes. Ombrecœur perdait patience. “Un simple bonjour, est-ce trop demander ?” Jaheira lui a adressé un sourire narquois. “Bonjour.” “On a sauvé vos soldats, et c'est comme ça que vous nous remerciez ?” “Une habile manœuvre pour nous infiltrer. Vos acolytes ont déjà prouvé leur ingéniosité, âmes éveillées.” Elle a sorti de sa poche un petit bocal contenant une larve. Une larve illithid. “C'est une espèce mystérieuse qui dissimule de nombreux secrets, mais s'il y a une chose dont nous sommes sûrs, c'est qu'elle reconnaît les siens. Vous n'auriez jamais dû venir ici, serviteurs de l'Absolue.” “Attendez !” Une jeune tieffeline courait dans notre direction. “Qu'est-ce que vous faites ? Ils nous ont sauvé la vie !” “Quoi ? Ce sont eux qui ont protégé le bosquet ?” “Ouais ! Ils ont massacré les gobelins qui nous attaquaient. Et puis, ils sont sympa ! Même qu'ils ont avec eux le gentil druide qui s'était fait enlever.” Jaheira a jeté un regard aux jambes de Karlach, les lianes qui les enserraient s'étaient flétries sous la chaleur. Karlach s'est excusée en essayant de les renouer sans grand succès. “Des âmes éveillées qui n'ont pas cédé à l'Absolue ? Comment est-ce possible ?” Gayle lui-même n'avait jamais entendu ce terme. “Voilà deux fois que vous nous qualifiez d'âmes éveillées, puis-je vous demander ce que cela signifie ?” “C'est comme ça que se font appeler ceux qui entendent l'Absolue... Ceux qui ont cette chose dans le crâne. Vous êtes à ma connaissance les premiers à échapper à son contrôle. Mais j'ai assez d'expérience dans les situations désespérées pour reconnaître une lueur d'espoir quand j'en vois une. Dites-moi ce qui vous amène dans ces terres. J'imagine que ce n'est pas pour bronzer.” Une fois les lianes dissipées, Wyll est allé à sa rencontre. “Nous cherchons à nous débarrasser de ces parasites... Et je souhaite sauver mon père que ce culte a emmené aux Tours de Hautelune.” “Dans ce cas, nos intérêts convergent. Les cultistes ont fait de nombreux prisonniers. Nous devons tous en finir avec la peste galopante de l'Absolue. Vous trouverez de quoi manger dans cette auberge, là-bas. Il y a aussi des lits, si vous voulez vous reposer. Vous semblez en avoir besoin.” Jamais de ma vie je n'avais entendu des mots aussi doux. Elle a poursuivi : “Venez me trouver quand vous serez prêts à repartir, que nous trinquions. Mon instinct me souffle que vous pourriez bien être le don du ciel que j'espérais.” Karlach faisait des petits pas en serrant ses poings sur sa poitrine. “Oh bon sang. C'est Jaheira. C'est Jaheira ! Ma mère me racontait ses histoires !”

Astarion semblait assez mal en point, je suis allée le voir alors qu'on se préparait à se coucher après un repas de fête. “Dis, je suppose que dans cette région, tu ne dois pas trouver beaucoup d'animaux pour satisfaire ton appétit...” “Oh, chérie, ne t'en fais pas pour moi. J'ai la chance de pouvoir survivre sans devoir goûter à ta cuisine populaire.” J'ai levé les yeux en souriant. Au moins il n'a pas perdu son piquant. “C'est juste que... Comme on est à l'abri ici... Si tu as besoin, tu peux boire un peu de mon sang.” Son rictus narquois s'est effacé, il semblait tout à coup beaucoup plus sérieux. “Je pensais ce que j'ai dit l'autre fois. Je ne voulais ton sang qu'en prévision des combats qui nous attendaient. J'ai survécu des mois sans me nourrir, je peux bien attendre quelques jours. Aussi appréciable soit ton offrande, bien sûr !” “Des mois ?!” “Disons que mon ancien geôlier aimait expérimenter sur ma personne.” “Tu parles du vampire qui t'a changé ?” “Cazador... C'est son nom. Cazador Szarr.” “C'était comment ? Si tu veux en parler... Excuse-moi, c'est indiscret.” “Eh bien, connais-tu le pouvoir d'un vampire sur ses rejetons ?” J'ai secoué la tête. “Il est absolu. Quand Cazador me disait de ne pas bouger, je restais immobile jusqu'à ce qu'il annule l'ordre. Une nuit, il en a profité pour graver un poème sur mon dos, avec une dague. Ça lui a pris quelques heures, il fredonnait pendant que j'endurais silencieusement.” J'étais sous le choc. Je ne trouvais pas les mots. “Oh, je n'étais pas pressé de le retrouver à la Porte. Mais avec les pouvoirs de cette larve qui me protège du soleil, qui préserve mon libre arbitre... Avec votre aide, je pourrais bien obtenir ma vengeance.” “Tu veux qu'on s'attaque à un vampire ?!” “Et pourquoi pas ? On a bien un chasseur de monstres avec nous, je suis sûr qu'il serait ravi d'ajouter un vampire à son palmarès !”

Je n'ai pas vraiment envie de m'attaquer à un vampire... Mais Astarion n'a pas tort, notre groupe a déjà remporté de belles victoires, il se pourrait qu'on puisse relever ce défi. Et puis, on a déjà aidé Lae'zel, et je compte bien accompagner Ombrecœur à ce temple. Il serait injuste qu'on abandonne Astarion à cette vie effroyable une fois débarrassés de nos parasites.

Capture du jeu. Mel a le regard perdu dans le vide en s'appuyant sur un bureau, face à une fenêtre bordée de lierre. Quelques faibles rayons de soleil éclairent les feuilles de droite, le reste est plongé dans une pénombre froide. Derrière Mel, deux lits sont occupés par Wyll et Ombrecœur.

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